LES ENNEMIS DE LA REVOLUTION
Le plus grand, le plus irréconciliable ennemi de la Révolution Communiste de novembre 1917, c’est l’opportunisme international. Le gouvernement des Soviets, dans une lutte héroïque sans précédent, avait
écrasé les armées contre-révolutionnaires des dix-huit gouvernements, ainsi que les hordes de Semenoff, Judenitch, Denikine, Wrangel, soutenus par les Lloyd George, les Millerand et leurs domestiques Savinkof, Hervé, Bourtzef et autres porte-plume de la réaction. Mais le premier gouvernement communiste n’a pas pu désarmer les opportunistes de la fraction menchevik et du Parti socialiste révolutionnaire , qui se dressent, toujours et partout, contre le communisme au pouvoir, farouches et intraitables.
On comprend aisément que la « Deuxième » ait voué une haine féroce à la première révolution communiste. Presque tous les chefs de cette Internationale, morte déshonorée, ont cyniquement et ouvertement passé à l’ennemi. Ils sont devenus ministres et hauts fonctionnaires des monarchies et des républiques capitalistes. Ils sont l’espoir suprême, la planche (planche pourrie !) de salut de MM. les capitalistes. Jamais on n’a vu les chefs d’un mouvement aussi grandiose que le mouvement socialiste du xix siècle finir d’une façon aussi lamentable. La dignité humaine se révolte à la pensée que des hommes de la valeur d’un Vandervelde, d’un Branting, d’un Huysmans aient pu sacrifier leur avenir et celui de leur Parti aux ignominieûses combinaisons de sauvetage d’un régime finissant dans le sang et dans la boue.
L’expiation a commencé pour eux. Aucun socialiste resté fidèle au socialisme ne les prend plus au sérieux. Et les capitalistes eux-mêmes, après les avoir vidés et usés, les rejettent dédaigneusement. Les Branting, les Vandervelde, les Renner, ainsi que les
Scheidemann et les Noske sont obligés de rendre leurs tabliers et, après avoir sauvé le Régime, au moment le plus critique, de céder leur place aux domestiquesnés sans passé socialiste compromettant.
Ces hommes sont condamnés à la haine du communisme. Ils ne pardonneront pas au Parti de Lénine- Zinovief-Trotzky d’avoir exécuté, mot par mot, rengagement que toute l’Internationale avait pris au Congrès de Stuttgart, à savoir que, en cas de guerre, les Partis socialistes de tous les pays ont un double devoir : i° de hâter la fin de la guerre ; 2° de profiter de la guerre pour étrangler le régime capitaliste. La « Deuxième » a profité de la guerre pour étrangler non le capitalisme mais le socialisme et pour hisser ses chefs au pouvoir de la bourgeoisie. La trahison ne pardonne pas à la fidélité.
Même la Freiheit , organe des Indépendants de droite, qui ont coupé en deux leur propre Parti pour ne pas se soumettre à la discipline révolutionnaire de l’Internationale Communiste, déclare, aujourd’hui, par la plume d’un de ses leaders que la « Deuxième n’existe pas » et qu’il n’y a qu’une Internationale : celle de Moscou. ( Freiheit , n° 466, du 2 novembre).
La lutte de cette usine ministérielle qu’est devenue la « Deuxième » contre la Révolution Communiste est un titre d’honneur, une nouvelle preuve ajoutée à tant d’autres de la vitalité de l’Internationale Communiste et de son triomphe assuré. Les bulles d’excommunion de ces papes détrônés et déchus ne provoqent qu’un éclat de rire — même chez leurs propres partisans.
Mais la lutte des « socialistes-révolutionnaires »
russes et des « mencheviks » (minoritaires), a une autre valeur morale et politique. Les « socialistesrévolutionnaires » se vantent d’avoir réussi à soulever contre la Révolution Communiste de nombreux paysans. Cela est, malheureusement, possible. Aux élections de la Constituante, les « socialistes-révolutionnaires » avaient réuni une vingtaine de millions de voix. Même en réduisant notablement ce nombre, on ne peut pas contester l’influence de ce parti dans les campagnes ; et il a pu faire beaucoup de mal à la Révolution.
Les paysans, si heureux, au début de la Révolution, d’avoir pu mettre la main, grâce à la Révolution Communiste, sur les terres des seigneurs et de la Couronne, doivent fatalement nourrir quelques inquiétudes de ce fait que le gouvernement communiste, malgré son prétendu opportunisme, n’a jamais consenti à transiger avec les principes communistes et à légaliser la propriété privée des terres, qui, comme toute propriété, est un vol à la société.
Le gouvernement communiste, dans l’intérêt supérieur de la défense révolutionnaire, laisse la jouissance des terres aux paysans. Il ne songe pas à les enlever aux cultivateurs. Mais il ne peut pas mentir à sa conscience communiste en accordant la possession éternelle de ces terres à une partie de la nation. Ce qu’il donnerait ainsi aux paysans, il le volerait aux ouvriers, qui ont les mêmes droits que les paysans. De là des résistances possibles des campagnes.
La continuation de la guerre avec son cortège de misères imposées à la Russie révolutionnaire par les bandits de l’Europe capitaliste, les réquisitions au
profit des habitants des villes et pour les besoins de l’armée rouge ne peuvent que renforcer le mécontentement des larges masses paysannes. Et les « socialistes-révolutionnaires » en profitent.
À côté des socialistes-révolutionnaires se rangent les mencheviks qui, incapables de prendre eux-mêmes le pourvoir, ne se décident pas à pardonner, par amour-propre de parti et de fraction, aux "bolcheviks leur victoire et leur durée.
Et voilà le point tragique de la situation. Des socialistes et des révolutionnaires — ou se croyant tels — se condamnent eux-mêmes à combattre la première grande révolution sociale parce qu’elle s’accomplit en dehors de leurs organisations et selon d’autres plans que les leurs.
C’est la tâche de tous les amis sincères de la Révolution russe de ramener les hommes comme Martof, tête révolutionnaire d’une fraction opportuniste, et Tcbernof, chef ambitieux d’un ex-grand parti, à de meilleurs sentiments et de leur démontrer qu’en combattant les bolcheviks qui, en ce moment, portent victorieusement le drapeau de la Révolution mondiale, ils travaillent pour le capitalisme et le tsarisme mondiaux.
Si les Martof et les Tchernof s’obstinent dans leur action néfaste pour la Révolution mondiale, tant pis pour eux. Nous aimons sincèrement des hommes comme Martof (ainsi que ses amis : Longuet, Paul Faure et Pressemane), parce que nous n’oublions pas les services rendus et leur sincérité. Mais nous aimons encore mieux la Révolution. On n’a pas le droit de
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nuire à une révolution, même si elle ne se fait pas à sa mesure et selon ses convenances. Le salut de la Révolution est la loi suprême !
8 novembre 1920.