‹ La Révolution Pénale en 1791 et ses précurseursChapitre 16 sur 54 · INTRODUCTION X VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION X VII

cette importante matière (1) ». En 1777, la Société économique de Berne proposa comme sujet de concours pour un prix de 1.200 fr. la question suivante : « Composer et rédiger un plan complet et détaillé de législation criminelle sous ce triple point de vue : 1° des crimes et des peines proportionnées qu'il s’agit de leur appliquer ; 2 de la nature et de la force des preuves et des présomptions ; 3° de la manière de les acquérir par la voie de la procédure criminelle, en sorte que la douceur de l'instruction et des peines soit conciliée avec la certitude d’un châtiment prompt et exemplaire, et que la société civile trouve la plus grande sûreté possible pour la liberté et l'humanité ». Les lauréats furent deux écrivains allemands, nommés Helster et von Globig. Marat avait également envoyé un manuscrit qu'il remania ensuite et fit imprimer en 1780, à Neufchâtel, sous le titre de Plan de législation criminelle (2). D’äutre part, Voltaire, qui avait envoyé anonymement 50 louis destinés à l'augmentation du prix ou à la création d’accessits, répondit aux questions posées, dans un ouvrage intitulé : Priæ de la justice et de l'humanité. Un autre concours fut ouvert en 1780, par l’Académie de Châlons-sur-Marne, sur «les moyens d’adoucir la rigueur des lois pénales en France, sans nuire à la sûreté publique ». Des prix furent décernées à Brissot et à Bernardi, avocatau

(1) Observations sur les lois criminelles de France, p. 8.

(2) Dans ce livre, Marat fait montre d’une sensibilité — disons d'une sensiblerie — qui, on ne le sait que trop, devait plus tard se changer en folie furieuse.

XVHI INTRODUCTION

Parlement d'Aix. L'année suivante, lamême Académie ayant ouvert un second concours, Brissot fut encore couronné pour un écrit intitulé : Le sang innocent vengé. La question posée était celleei : « Lorsque la société civile, ayant accusé un de ses membres par l'organe du ministère public, succombe dans cette accusation, quels seraient lès moyens les plus praticables et les moins dispendieux de procurer au citoyen reconnu innocent le dédommagement de ce qui lui est dû de droit naturel ? » — En 1783, ce fut le tour de la Société royale des Sciences et des Arts de Metz de mettre au concours le sujet suivant : « Quelle est l’origine de l'opinion qui étend sur tous les individus d’une même famille une partie de la honte que subit un coupable ? Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile ? Et, dans le cas où l’on se déciderait pour l’affirmative, quels seraient les moyens de remédier aux inconvénients qui en résultent ? » Mais aucune des réponses n'ayant été jugée satisfaisante, le concours fut remis à l’anuée suivante et la question précisée davantage. Cette fois, deux mémoires furent couronnés, ceux de Lacretelle, avocat au Parlement de Paris, et de Robespierre, avocat à Arras. — Enfin, l’Académie de Marseille posa cette question : « L’extrème sévérité des lois tend-elle à diminuer le nombre et l’énormité des crimes chez une nation dépravée? » Le lauréat fut un nommé Eymar, dont le mémoire fut imprimé en 1789.

En face du mouvement réformateur, un contrecourant se forma, faible, il est vrai, et par la valeur des hommes qui le dirigeaient et par le peu de

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