XX INTRODUCTION
courant réformateur qu’une résistance purement passive, les autres tentèrent de défendre le régime existant. Lelivre de Beccaria attira leurs foudres. Jousse est relativement modéré : il affiche un dédain complet. Pour lui, l'ouvrage ne vaut «presque pas la peine d’être critiqué à cause des paradoxes et des erreurs dont il est rempli... En effet, ce Traité des délits et des peines, au lieu de répandre quelque jour sur la matière des crimes et sur la manière dont ils doivent être punis, tend au contraire à établir un système des plus dangereux et des idées nouvelles qui, si elles étaient adoptées, n'iraient à rien moins qu'à renverser les lois reçues jusqu'ici par les nations les plus policées, et donneraient atteinte à la religion, aux mœurs et aux maximes sacrées du Gouvernement » (1). Ce mépris ne suffit pas à Muyart de Vouglans, incarnation de la routine et de l’endurcissement de l'homme de robe, profondément imbu des « vieux principes d’inquisition, de rigueurs, de tortures » (2).
I s'attaque à Beccaria avec une passion incroyable ; et, sous prétexte de la réfuter, «ildit de belles et bonnes injures », déclare Lacretelle. Il lui reproche tout d’abord de vouloir fonder un sysième de criminalité sur « les sentiments ineffables du cœur ». Puis, après avoir attaqué violemment un certain nombre des théories du philosophe
(1) Traité de la justice criminelle de France Préface, p. 62.
(2) Dupin dans son édition de la Profession d'avocat, de Camus. Il ajoute qu'il indique les œuvres de Muyart, (pour que l’on connaisse et que l'on abhorre à jamais la procédure criminelle qui avait lieu avant la Révolution. »