XXII INTRODUCTION
ne peut déshonorer davantage nos lois que cette rouille de barbarie qui les couvre ou le sang des innocents dont elles dégoûtent ». L'écrit avait paru sous le voile de l’anonyme, mais l’auteur en fut bientôt connu. C'était Dupaty, ancien président au Parlement de Bordeaux, quiavait dû abandonner ses fonctions à la suite des tracasseries et des intrigues sourdes que son esprit large et ennemi de la routine avaient attirées contre lui de la part de ses collègues. Le mémoire fut déféré au Parlement de Paris, ce qui fournit à l’avocat général Séguier, l’occasion de répondre aux attaques dirigées contre la magistrature etla législation. Certaines théories hardies du mémoire lui sont prétexte à beaux mouvements oratoires. Dupaty blâmait le Juge qui «fait exécuter une loi que sa conscience reconnaît contraire à la loi naturelle ». Eh quoi ! s'écrie Séguier, le magistrat se rendra Juge de la loi qu'il a juré de garder et d'observer ? Il ne craindra pas de citer au Tribunal de sa conscience la loi dont il a fait vœu d’être le Mi-
nistre ! Il se permettra d'opposer son opinion par-
ticulière à la volonté publique de la loi !...» Cette indignation semblera bien factice, sil’on songe que, loin d’être lié par la loi, le Juge avait alors des pouvoirs d'Appréciation à peu près illimités. Mais Séguier va encore beaucoup plus loin ; il se livre à une véritable apologie de la procédure secrète et de l’ordonnance de 1670 en général... Tant d’élo- ‘quence ne pouvait manquer d’eftet : le 41 août 1786; le Parlement condamna le livre à être lacéré et brûléparla main du bourreau. Mais le mémoire, lui aussi, avait produit son effet ; l'opinion publi-