I. — CRIMES DE LÈSE-MAJESTÉ DIVINE
Sous la dénomination générique de crimes de lèse-majesté divine, l’ancienne jurisprudence et les criminalistes rangeaient tous les faits qui portaient une atteinte directe ou indirecte à la relision catholique. C’étaient notamment: l’hérésie, l’apostasie, le sacrilège, la magie, le blasphème.
Ici comme ailleurs, au reste, l'arbitraire le plus large régnait quand à la détermination des faits délictueux.
Muyart de Vouglans, celui de nos anciens criminalistes dont l'esprit est le plus scientifique, distingue deux catégories de crimes de lèsemajesté divine : les uns sont au premier chef, les autres au second chef. Nous laisserons de côté cette division qui ne présente qu'un intérêt très faible, et nous passerons en revue les plus importants seulement des crimes contre la religion.
Sor'cellerie, magie, sortilège. — Parmi eux, la sorcellerie mérite une mention importante, tant à cause de la place considérable qu’elle occupe dans l’histoire judiciaire, que parce que, là plus que partout peut-être, se révélèrent les vices de la procédure inquisitoire, les conséquences terribles de l'emploi de la torture, l’esprit de superstition et de fanatisme de l'époque (1).
Nous ne remonterons pas aux beaux jours de sorcellerie, au Moyen-Age, au temps de ces grandes hécatombes où un seul bücher réunissait parfois un nombre plus ou moins considérable de prétendues sorcières (2). Le dernier de ces autodafés collectifs fut allumé en 1609 dans le Béarn ,où sévissait une véritable épidémie de démonomanie.
On raconte que l’assesseur criminel de Bayonne lui-même avait organisé un sabbat chez lui. Le conseiller de Lancre, envoyé par le Parlement de Bordeaux, renouvela les exploits du grand-juge
(1) On lira avec intérêt, sur le Crime de sorcellerie, un article de M. Marcel Théaux, Revue du Palais du 1 septembre 1897.
(2) Michelet, qui, dans son livre La Sorcière, a reconstitué une scène de sabbat d’après les récits du Moyen Age, traite de « sorcelle*ie de décadence » celle des époques postérieures.
LES INFRACTIONS fl
Boguet à Saint-Claude, en faisant brüler en quatre mois 80 sorcières et 3 prêtres.
En dépit de toutes ces rigueurs, Le Lover estime qu'au commencement du xvr° siècle il y a encore en France plus de 300,000 sorciers et sorcières.
.Malgré ce chiffre, qui, au reste, semble être
très exagéré — l’âge héroïque de la sorcellerie est passé. La crédulité publique, qui a diminué, ne prête plus le même concours au fanatisme.
Au xvu® siècle, plusieurs scandales éclatent dans des couvents de femmes : il s’y passe des faits étranges : des religieuses poussent des hurle-
ments, profèrent des injures contre la religion et
en tournent en dérision les cérémonies. — En 1610, deux religieuses des Ursulines d'Aix déclarent au Père Domptius et à Michaëlis qu'elles ont été ensorcelées par le prêtre Gaufridi. Celui-ci mis à la question, avoue sous l'empire de la douleur, avoir fait pacte avec Belzébut et avoir été au sabbat avec Magdeleine (procès-verbal de l’interrogatoire) ; il est condamné et brûlé vif, le 30 avril 1611, sur la place des Prêcheurs à Aix. — C'est
ensuite le procès d’Urbain Grandier, trop connu
pour que nous le rapportions ici (1). — Quelques années plus tard, en 1643, éclate l’affaire de Louviers, à peu près oubliée aujourd'hui, mais qui eut à l’époque un tel retentissement que la cour
dut intervenir. Les faits, de même nature que -dans le scandale d'Aix, s'étaient passés dans le
(1) En 1749, un prêtre, nommé de la Ménardaie, prétendit prouver dans un Examen des diables de Loudun, que Grandier
- avait mis quatorze diables dans le corps des 14 nonnes, et qu'il
mourut possédé du quinzième.