‹ La Révolution Pénale en 1791 et ses précurseursChapitre 5 sur 54 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

général se trouve exprimé d’une manière frappante dans ce vœu d’un laconisme énergique, formulé par un cahier du Tiers: « Que la Bastille s'écroule et s’abîme..…. )

Ainsi, l'arbitraire substitué à la loi est le caractère essentiel de l'Ancien régime en général et de la législation pénale en particulier.

Le mouvement d'opposition est lent à naître, plus lent encore à prendre vigueur. Des siècles entiers s'écoulent dans le silence, l'indifférence absolue : on ne peut s'expliquer tant de patience que par le respect prosterné, fruit de l'ignorance et de la crédulité, qui caractérise le Moyen-Age.

C’est seulement après cette époque que des voix s'élèvent, rares, isolées encore. Des esprits auda-

cieux font entendre des protestations contre la

rigueur des lois et des juges. « Combien, dit Montaigne, ay-je déjà veu de condemnations plus crimineuses que le crime ! » (1) — Notre grand jurisconsulte Dumoulin critique ouvertement certains points de l'ordonnance de 1539. — Mais c’est surtout contre la torture qu'on s'élève: Robert Estienne, Charondas même, Montaigne encore qui écrit: « Estes-vous pas injustes qui, pour ne le . tuer sans occasion, luy faictes pis que le tuer ? (2) » — Le célèbre criminaliste Pierre Ayrault combat lui-même l'usage de la question.

(1) Essais, liv. III, chap. 13.

(2) Op. cit. liv. II, chap. 5.

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