‹ La Révolution Pénale en 1791 et ses précurseursChapitre 6 sur 54 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

Mais leurs voix demeurent sans écho ; le peuple lui-même ne les entend pas. L'esprit public est encore si fermé aux idées d'humanité et de réforme qu'aux Etats-Généraux de 1614, la dernière fois que la parole est donnée à la nation avant 1789, elle se plaint de l’abus des grâces et réclame plus de sévérité dans la répression de certains crimes, du faux et du vol domestique notamment.

Le dix-septième siècle n’apporta aucun adoucissement dans la pénalité. « Quand tout s'élevait et se polissait, dit M. Villemain, la législation pénale parut s’endurcir ; c'est que le despotisme croissant apportait plus de rigueur dans les lois que le progrès de la société n’introduisait d’humanité dans les mœurs. Voyez le Code pénal écrit sous la dictée de Richelieu. Les dispositions sanguinaires y sont multipliées.. On sent que ce pouvoir a voulu être terrible... » (1).

A la même époque, il semble que le silence absolu se passe parmi les écrivains et que le faible mouvement qui avait paru se dessiner s'arrête complètement. Les écrivains du « grand siècle », cette brillante pléiade de littérateurs, éblouis par le roi-soleil, n'ont pas souci de ce qui se passe dans la vulgaire réalité. S'ils songent aux lois criminelles, c’est pour y trouver une occasion de louanges. L’ordonnance de 1670 est couverte de fleurs; c'est un monument admirable de la sagesse et de la bonté (2) du roi. Ce prestige

(1) Cours de littérature (tableau du xvurr* siècle) t. II, p. 83.

(2 Ce mot de bonté caractérise bien l’ancien régime Le roi daigne octroyer des lois à son peuple. C’est pure condescendance de sa part.

Page 1