LES ECRITS DES APOTRES
Danaûs et de Dircé ; et, après avoir subi les derniers outrages, elles sont mises à mort. Saint Pierre meurt à son tour au milieu de son troupeau fauché, au lieu même où ses successeurs ont fixé leur demeure ; le palais des Papes s'élève dans les jardins ensanglantés du Vatican ^
La fondation des premières églises n'a pas épuisé leffort des Apôtres ; leur œuvre propre dépasse le temps oi^i ils ont vécu. En sauvant de l'oubli les traits principaux de la physionomie de Jésus, ils ont déterminé pour jamais le modèle que les chrétiens de tous les âges s'efforceront de reproduire. La vie du chrétien est-elle autre chose que l'imitation de la vie de son Maître ? Les Evangiles synoptiques sont-ils autre cliose que la vie de Jésus racontée par ses Apôtres ?
Cette vie de Jésus, telle que les Apôtres l'ont fixée,
' La venue et la mort de saint Pierre à Rome ne sont plus, aujourd'hui, sérieusement contestées. — Sur saint Pierre, voir les encyclopédies ; Lightfoot dans Clément.. Il, 481 (1890) ; A. Dufourcq : Etude sur les gesta Martyrurn romains, I, 101 (1900): Esser : des h. Petrus Aufenthalt... zu Rom., 1889: Thomas dans Rev. Quest. hist., 1889-1890. Sur l'incendie de Rome par Néron, qui voulait la reconstruire, voir A. Profumo : Le fonti ed i tempi delV incendio neroniano, Roma, 190.5. D'après Cuq [Mélanges... Ecole de Rome, 1886], les chrétiens furent accusés alors de mali earminis incantatio, crime puni de mort par les Douze Tables [voir aussi Paul : sentent. 17]: d'après Profumo, on leur applique l'institution de Tibère relative aux trois accusations : délit somptuaire, sacrilège, lèse-majesté. Cf. aussi Klette : Die Chrislenkalastrophe unter Xero. Tiibingen, 1908.
fut parlée avant d'être écrite ; ils rendaient témoignage à leur Maître en disant ses préceptes et ses miracles, sa mort expiatrice et sa résurrection glorieuse. Ils parlaient et /'ecnAwre n'était pour eux que V auxiliaire de la parole .Ws, ne savaient peut-être ni lire, ni écrire, et la presque totalité de leurs auditeurs était aussi peu lettrée ; ceux-ci n'avaient guère l'idée do leur demander des textes, ils ne s'occupaient pas de leur en fournir. Ils comptaient les uns et les autres avec leur mémoire et ne comptaient guère qu'avec elle.
Lorsqu'ils écrivaient, ce n'était pas pour consigner dans un livre la somme des vérités à croire et toute l'économie delà Rédemption; c'était pour répondre aux exigences d'une situation donnée ou pour confirmer leurs frères, d'une façon générale, dans la foi en Jésus. Quelques mois avant sa mort, saint Pierre écrit de la sorte à ses frères du Pont et de la Galatie, de la Cappadoce et de la Bithynie afin de les affermir dans la foi et dans la vertu, de les préparer à la persécution et de les animer à se rendre dignes du ciel par une vie parfaite ^
* La première épître de Pierre a l'allure d'une homélie. Après avoir béni « Dieu, Père de N.-S.-J.-C. qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts » [1, 3-5J, l'auteur exhorte les chrétiens ix la joie afin que cette manifestation de leur foi glorifie Jésus, l'auteur du salut, annoncé par les Prophètes [6-1:2]; à la sainteté, puisqu'ils ont été rachetés par le sang dun Agneau sans tache et régénérés par le Verbe de Dieu[l, 13-2, 12] : à l'obéissance envers les rois, les préfets, les maîtres, les maris [2, 13-3. 7] ; à /a charité [3, 8-12]; et surtout au courage dans les souffrances |3, 13-4, G], car la persécution gronde et « la fin de toutes choses approche )> [4, 7-11]. — Ici conmience,
l'épître de pierre 241
Saint Jacques prodigue aussi à ses frères les exhortations morales touchant la vanité des richesses et la nécessité de la patience; mais il insiste sur certaines vérités particulières : on ne doit pas se flatter de se
après une doxologie [4, 11 b], une sorte d'appendice [4, 12-5, 11] : courage et joie dans la persécution si c'est « comme chrétien « [4, 16] qu"on souffre ; recommandations aux o presbytres » de la part de leur « confrère n [h, 1] et aux « jeunes u humilité, sobriété, fermeté dans la foi.
Loriginede ce texte est très mystérieuse. Ses premières lignes [1. 1-2 : Pierre, apôtre de J.-C, aux étrangers de la dispersion de Pont, de Galatie, de Cappadoce, d'Asie et de Bithynie, élus selon la prescience de Dieu le Père, dans la sanctification de l'Esprit, pour l'obéissance et l'aspersion du sang de Jésus : grâce et paix], ses dernières lignes [5, 12-14: C'est par Silvain... frère très fidèle que je vous écris... L'élue qui est à Babylone vous salue ainsi que Marc, mon fils] s'accordent parfaitement pour marquer qu'il a été écrit à Rome par saint Pierre [il s'agit sans doute de l'auteur du second évangile ^ Actes, 12, 12.25 ; Il Tira.. 4, M ; Phil ; et Papias)]. Mais notre auteur n'a pas un mot qui rappelle qu'il a été le compagnon, l'ami, l'élu de Jésus! En revanche, il parait bien connaître certains textes d'Isaïe 53, [voir Actes]: 40. 6:8, 12 [lPe/..2. 22-2.3: 3, 14]. desP>'ore>'6e.s. 24.21 : 10.12. et, cJiose plus grave, de saint Paul [Rom., 8. 29 : 9. 33 : 12, 6-8 : £»/<.. 6, 5 ; 5, 25 : Héb., 12. 24] et de saint Jean [17, 19 : 14, 16 : 19, 36 : 1, 29 : 17, 24; 12, 41 : 20. 19 : Apoc. 5. 6 : 1. 6 : 14, 8. et peut-être même de saint Jacques. 4. o-7. Et comment l'a pôtre Pierre peut-il, s'il veut donner du poids à ses recommandations, prendre le litre de... presbytre, ô ^-jv-pe^oj-coo:;? Et comment expliquer que saint Polycarpe, lequel fait grand usage de la lettre, ne cite jamais son auteur saint Pierre ; dans une circonstance analogue, il nomme saint Paul [contra voir Haslings, III, 781]. La seconde épltre de Pierre et saint Irénée donnent les plus anciennes attestations de l'attribution de notre texte à saint Pierre. Ne semble-t-il pas qu'il ait été écrit à Rome, vers la fin du premier âiécle et que ce soit l'auteur de la Secunda Pétri qui ait ajouté, outre l'appendice, le début et la salutation finale et soit ainsi seul responsable de l'attribution du texte à l'Apôtre Pierre ? — Mais, d'autre part, commet expliquer que l'église de Home, et avec elle toutes les autres, n'aient pas fait difficulté pour l'accueillir, et pour l'intro-
242 ^AINT PIERRE ET LES APUTRES
sauver si Ton néglige les œuvres du salut. Saint Jacques, ici, a en vue certaines circonstances spéciales : il vise les hommes présompteux, d'après lesquels, pour avoir part à l'héritage du Christ, il n'était besoin pour personne, ni de changement de vie, ni de bonnes (Ouvres; il aurait suffi, à les entendre, dadhérer aux oracles divins et d'en avoir Tintelligence : en cela seul aurait consisté le mérite aussi bien que la sagesse. Averti du scandale, consulté peut-être, saint Jacques se crut obligé de rétablir la vérité travestie; il répandit l'homélie que nous lisons encore'.
duire dans !e canon ? Voir le témoignage formel dos anciens presbytres [dans Eusèbe, II. E., III, 3-1 [Grapin, 220]: Hippolytc: ùi Dan., IV, 59. Le silence du canon de Muratori se.xplique [Chase : ap. Hastings. 111 780]. Lt quel est le but du faussaire? jamais texte fut-il moins tendancieux que celui quil écrivit, ou remania? Beaucoup d'auteurs le croient authentique et le datent des environs de l'an 60.
La langue du texte est remarquable ; on y trouve un nombre notable de termes philoniens, ou classiques, ou rares.
Voir l'article de Chase, dans Hastings, III, 779-790; llarnack : Chronologie, I, 451 ; Ramsay . the Churck in t/ie Roman empire 279 ; Deissmann : Bibelstudien, 244 : Scharfe : Die petrinische Slrômung der neutesl. Litteratur.. 1893 ; H. Weiss : Der petrinische Lehrbefjriff: von Soden : ber ersle Pelrushrief, dans la Zt. fiir prot. Theol. 1S83, 401 ; Kiihl : Die Brie/'e Pétri und Jiidae, 189G, Gôltingen, et les introductions au ^^ T.
* L'épitrc de saint Jacques soulève des problèmes assez analogues à ceux que pose I Pet. Elle a aussi l'allure d'une homélie, mais d'une homélie désoi'donnée. On discerne sept thèmes j^rincipaux d'exhortation : 1° joie, foi. persévérance dans l'épreuve. 1, 2-8 ; 12-15 et 5. 7-H ; 2° mettre en pratique la parole de vérité, 1, 16-25: 3" ne pas mépriser les pauvres, ni s'enorgueillir de ses richesses, 2, 1-1 o, 5, 1-6 etl, 9-11 ; 4° « la foi sans les œuvres est morte ». 2, 14-20 : b" refréner sa langue. 3, 3-12 et 1, 20 ; G" distinguer les deu sagesses [1, 5], 3, 13-18 [et peut-être 4, 17, jjra"