‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 102 sur 108 · L ÉPÎTRE DE JACQUES · texte numérisé non relu

L ÉPÎTRE DE JACQUES

Une seule fois, lun des Douze se proposa de fixer par

tiquer l'humilité, fuir la médisance]; 1° prières et onctions d'huile pour les malades, confesser ses péchés aux autres, 5. 13-18. Et trois de ces thèmes ipersévérance, mépris des richesses, tenir sa langue), sont rompus en deux ou trois morceaux. — Ils s'entremêlent de divers conseils [1, 27 : la religion pure... devant Dieu... consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, à se préserver des souillures du monde, 2. 11-12 et 4-5, l'2, 19-20]; ils se relient par des transitions artificielles [1. 16-21 : 3, 1-2]. — L'homogénéité du texte paraît suspecte : on dirait d'une collection de maximes, de maschals, plus ou moins adroitement bloqués ensemble. Sans doute, les thèmes 1. 2, 4, semblent se prolonger l'un lautre : ils posent tous trois les principes de la vie chrétienne ; on peut se demander s'il n'y a pas ici une transposition accidentelle, et si les trois thèmes, dans le texte primitif, ne se suivaient pas immédiatement [1, 1-25+2, 14-26]. Les versets 2. 1 et 2. 14. commencent de façon analogue [ào£Àoo({i.oo... — tîoosXo^ àocÀooî li-O'j]. La transposition est très possible : mais elle ne suffirait pas à rétablir l'homogénéité du texte, même si les épreuves dont il est parlé ici et là étaient toujours des tentations morales let non des persécutions sociales), et si, par conséquent, le texte reflétait les conditions de vie d'une même paisible époque.

L'analyse des idées incline de même à penser que le texte n'est pas homogène. On y discerne trois ou quatre courants distincts : 1° un courant purement juif : a. Jésus n'y est nommé que deux fois, 2. 1 : 4 7-8 ; b. l'auteur qui admet, comme l'Apocalypse d'Esdras, l'universalité du péché, 3, 2; 1. 13, parait ignorer absolument la crucifixion, la résurrection, l'incarnation ; à l'entendre, ce qui sauve l'homme du péché, c'est la miséricorde divine. 5,11 ; c. l'auteur ne tire pas ses exemples de la vie de Jésus [contra voir I Pet. , 2, rj-24 ; 4, 12-14], mais s'inspire trrs souvent

de l'Ancien Testament, Deutéronome, Job, livres sapientiaux :

2» un courant chrétien primitif: a. l'homme est engendré à une vie nouvelle par « la parole de la vérité », 1,18-21 ; b. il doit écouter et pratiquer «la loi parfaite, la loi de liberté », 1, 25; c. « l'avénement du Seigneur est proche », 4. 8 ; d. rien qui rappelle le problème judaïsant des Actes, 15; — ci" un courant chrétien plus récent : a. l'auteur s'inspire soit de Mt., soit des Loffia [la tentation vient-elle de Dieu, 3i^, 6, 13 :Jac., 1, 13 ; —Jésus et les riches- 6, 19-21 : 11, 5 : 19, lG-25: — la loi d'amour, Mt.. 5, 43, 22. 39; Jac, 2, 8 : — homicide, adultère, Mt.. 19, 18-19; Jac, 2, 11 : — pardon, Mt., 18, 23-35 ; Jac, 2, 13 ; — ne pas se faire appeler

écrit renseignement de Jésus : Matthieu rédigea en

maiire, Mf.. 23, SiJac, 3, 1] : h. pareillement, rauteur sinspire de saint Paul [épreuves de la foi : Rom., 5, 3, Jac, 1, "2-3 ; — les passions viennent du corps, Rom., 7, 14-24 ; Jac, 4, 1 ; — la convoitise, eod. loco et Jac, 4. 2, 1, 14-lb; — la foi sans les œuvres n'opère pas le salut]. Il n'est pas probable que ces points de contact s'expliquent par l'identité du milieu où seraient nés les deux textes : car Jac, 1, 13, vise moins la fin du Kolre Père qu'une interprétation qu'on en donnait, et qui. évidemment, était de tendance gnostique ; car l'insistance de Jrtc, 2, 14-26, sur la nécessité des œuvres, ne vise pas saint Paul [bien que l'on rétorque expressément les exemples de saint Paul (Abraham ; Rom. 4, 4; Jac, 2. 21-24 ; Rahab : iléb., 11, 31 ; Jac, 2. 25)J, puisque saint Paul oppose à la foi les œuvres de la Loi, non les œuvres de la foi dont parle Jac. ; ici encore, Jac. combat une interprétation de la pensée de saint Paul, qui est encore, évidemment, d'origine gnostique [voir, du reste, Jac. 1, 17 : « le Père des lumières » a une saveur gnostique]. — Et peut-ôt-re pourrait-on discerner aussi un quatrième courant d'idées, plus moderne encore : certains passages rappellent le Pasteur d'IIermas [Jac, 1. 6-'.): combat contre le doute, cî-d/o/o;]. la Doctrine des Douze Apôtres [les deux sagesses, cf. les deux voies ; les commandements de l'amour, ni homicide, ni adultère ; rapport k Mt. : confession : correction fraternelle], lapremière épitrede Pierre [1. 24 ; Jac. 1. 10- 11 ; — 1, 23 : régénérés... par la parole de Dieu ; Jac, 1, 18, engendrés par la parole de vérité ; — 5, 5-9 et Jac, 4, 5-7 : ici et là, on cite Proverbes. 3, 34, humilité et vigilance contre le diable; — courage dans les épreuves ; — proximité de la parousie ; — Ici et là, on s'adresse à des judéo-chrétiens; — ici et là, on connaît saint Paul]. [Mais I Pet. seule insiste sur l'idée de rédemption par Jésus ; seule, elle semble connaître les épltrcs johanniques.]

[>e plus simple, semble-t-il,estd'imaginer un texte primitif juif, lequel aurait été remanié par des chrétiens, sans doute à deux reprises. L'auteur du premier remaniement serait saint Jacques, fils d'Alphée. l'évoque de Jérusalem, martyrisé en 62 [voir p. 236], qu'on appelait le Juste et le frère du Seigneur; l'auteur du second remaniement serait un judéo-chrétien écrivant vers la fin du premier siècle. — Le texte commence par ces mots : « Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans la dispersion, salut ! » Les derniers mots (les douze tribus...) indiquent un judaïsant; or, le frère du Seigneur était le

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araméen les Dits du Seigneur, évangile tout en maxichef du parti judaisant (cf. Actes, 15); c'est sans doute lui qui est désigné par le titre. S'il ne prend pas son titre d'apôtre ou de frère de Jésus, n'est-ce pas en souvenir de ce qu'a dit Jésus de ses frères et du titre de maître ? Paul fait de même, I et II T/iess., 1, 1 ; il s'appelle une fois [Phil., 1., 1] serviteur de Dieu comme Jacques. Que le frère du Seigneur ait retouché, pour le christianiser légèrement, un écrit Juif antérieur, rien de plus naturel chez ce judéo-chrétien par excellence, ^^ote^ enfin qu'on a relevé quelques analogies d'expressions entre notre texte et le discours de Jacques, dans les Actes [Mayor, apud Hastings, II. o43]. Si Jacques peut difficilement avoir rédigé notre épître dans sa teneur actuelle, rien ne soppose à ce qu'il ait fait le t^-avail qu'on dit. — Peut-être même n y a-t-il pas lieu de distinguer un écrit juif antérieur à Jacques, et Jacques aurait-il rédigé une lettre homélie, d'une seule et même teneur — qu'on aurait retouchée plus tard. — L'auteur des secondes retouches aurait vécu dans 'un groupe judéo-chrétien atteint par le gnosticisme. De là, les traits qu'on a notés; de là, le peu de diffusion du texte avant Origène, le premier peut-être qui le cite [Harnack. — Contra Mayor] : de là les hésitations de lÉglise [le canon de Muratori et le catalogue africain de Cheltenham '^339) l'excluent du canon] ; Eusèbe le range encore parmi les écrits contestés [111,-5. 3 ; et II, 23,25] ; il n'est pas sur qu'Hégésippe ait attribué le texte à Saint Jacques.

Voir Feine : Der Jacobusbrief, 1893 : Spitta : Zur Geschichte und LitteraturdesUrchristenthums, II, 1896; Massebieau, dans la iîevue d'Hist. des religions, 1895 : les commentaires de Plummer [Expositor's Bible, 1891]. de Beyschlag[Gôttingen,18S8]. B. 'SN'eiss, 1892, von Soden, 1890. Mayor : Introduction to S. James [et Hastings], Calmes. 1905; Parry : A discussion of the gênerai epistle of S. James, 1903, London ; Holtzmann, II, 318-350.

Des épitres de Pierre et Jacques, il faut rapprocher l'épitre de saint Jude. '(■ Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques » écrit à ses frères afin de les exhorter à lutter pour la foi qu'ont transmise les saints et à se méfier des hérétiques c qui nient notre seul maître et Seigneur, Jésus-Christ ». Il faut craindre le jugement et respecter « les gloires » et se souvenir :< des choses prédites par les apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ ». — Ces derniers mots invitent à penser que l'auteur n'est pas apôtre: on remarque encore qu'il ne fait aucune allusion à la parousie et qu'il utilise deux apocryphes : l'Ascension de Moïse et l'Apocalypse d'He'noch. Aucun trait dogmatique tendancieux. Le plus

mes, en paraboles, en discours, qui commençait à la prédication de Jean-Baptiste* et à la tentation de Satan pour se terminer à la Passion. Matthieu recueille les principales allocutions prononcées dans linlervalle, il les groupe selon de vagues analogies, et il les relie par de courts récits. On conçoit que l'idée soit née de bonne heure de réunir à part les discours de Jésus : les incidents divers de son existence terrestre n'importaient pas au salut, mais ses paroles n'étaient-elles pas le chemin qui y conduisait, « la voie, la vérité, la vie? » D'autres que les Apôtres annonçaient la bonne nouvelle du Messie envoyé par Dieu et ressuscité dentre les morts ; la plupart ne lavaient pas intimement connu ; ils l'avaient entendu quelquefois seulement, ici ou là,

simple est d'admettre qu'un texte authentique de Jude, mentionnant les deux apocryphes et combattant des gnostiques apparentés à ceux que combat saint Paul, aura été retouché dans les mômes milieux que l'épltre de Jacques et les Logia de Matthieu.

Ce texte a été utilisé par l'auteur de l'homélie qui prend le pseudonyme de « Siméon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus- Christ » et qu'on appelle pour cette raison la seconde épHre de Pierre. Il exhorte ses frères à faire effort afin d'unir à la foi la vertu et la science, et afin de rejjousser les faux docteurs qui introduisent les hérésies et insultent « les gloires » [lesévéques?] : M le jour du Seigneur viendra comme un voleur ». Noter (jue l'auteur néglige les deux citations apocryphes qu'il trouvait dans Jude ; qu'il mentionne « toutes les épitres où notre bienaimé frère Paul parle de ces choses u : qu'il semble, 1, i4, connaître Jea/i. 21. t8-PJ, ±2 i^[V Apocalypse 2.14-15: il écrivait sans doute au début du second siècle en Asie [D'après Ladeuze, R. B., I'JOj, 547, lire 3. 1-lG après 2. 3. a : conjecture très vraisemblable]. Voir Calmes : Ep. CalhoL. les articles de Hastings. Vigouroux, Cheyne. llauck.

' A//r. 3. 2-'.t : — Mall/i.. 3, 1-10.

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