LES LOGIA DE MATTHIEU
l'avaient vu accomplir quelques merveilles, avaient cru en lui, et s'étaient faits les semeurs de sa parole. N'étaitil pas naturel qu'ils demandassent aux Douze un a précis », si j'ose ainsi dire, des enseignements fdisdascalies) quils brûlaient de répandre, un petit recueil de discours écrits propres à guider leur prédication orale ? Ils développaient les paroles de Jésus : ne fallait-il pas un thème à leurs développements?^
* Papias, évêque d'Hiérapolis, vivait vers 100-150 : il avait entendu des disciples des Apôtres, et peat-ètre des disciples de Jésus lui-même. Dans l'ouvrage où il raconte ses souvenirs. Aoy'-wv x'jp'.axwv içr^-^r^'yi::; il écrit : « Sur Matthieu voici ce que disait le presbytre Jean : Matthieu écrivit donc les oracles [sentences] dans la langue he'bra'ique ' arame'enne] et chacun les a traduits selon qu il en étaitcapable ». — L'araméen était la langue des Juifs au temps de Jésus: c'est la langue qu'a parlée Jésus [Mt., 27. 46 ; Me, 5, 41 ; 7,34 : 15, 34; Mt., 3, 7 ; 4. 10; 5, 22 ; 6, 24...; les aramaismes abondent dans les évangiles Mt.. 5,
24 ; 25, 27 Voir Dalman : Die Worte Jesu, I, 1898, Leipzig] ;
Matthieu écrivant pour être compris n'a pu écrirequ'enaraméen;du reste l'expression ïozxio: o'.aXÉy.-:qj signifie, non pas l'hébreu par opposition à l'araméen, mais la langue parlée par les Hébreux, donc l'araméen, Le terme ÀOY'.a signifie oracle de Dieu chez Philon et les Septante, c'est-à-dire enseignement de Dieu [voir Rom.. 3, 2 ; Heb., 5. 12; cf. saint Irénée, 1,8, 2j, entendu en un sens général : 'pour d'autres, le terme a un sens plus restreint et plus précis, discours].
La comparaison de Mt. et de Le. témoigne d'une manière frappante que — réserve faite de la guérison du fils du centurion, Mt., 8, 5; Le, 7, 1, et de l'évangile de l'enfance — les passages cornmunsàMt. et à Le. contiennent principalement des discours :}>{{. et Le. ont donc puisé à une source commune. Beaucoup croient que cette source commune est le livre araméen de Matthieu dont parle Papias.
Qu'était au juste ce livre ? Un recueil de discours reliés, croiton, par quelques courts récits [ainsi, dit B. 'Weiss, ceux qui sont propres et communs à Mt. et Le. : type Mt., 8. .5, et Le, 7. 1]. On croit encore, très généralement, que Mt. a groupé les sentences
Toutefois, ici encore, le texte écrit n'est qu'un complément de la parole : on ne prétend point y suppléer. Il est aussi dangereux que facile de prêter nos habitudes d'esprit à des hommes qui vivaient sans beaucoup voir ^'écriture. Un évêque dllierapolis, contemporain de Polycarpe, le disciple de saint Jec\n, exprime nettement leur pensée. « Je ne ferai, dit-il, aucune difficulté
analogues d'après leur nature, tandis que Le. les a laissées dans leur cadre historique ; dans le livre araméen, étaient-elles dispersées, groupées d'après les analogies de sens, rangées dans l'ordre historiiiue? Mais il y a de fortes divergences entre Le. et Mt. [voir béatitudes : Mt., 5, 3; Le. 6, 20] : aussi croit-on que la forme des Logia araméens n'était pas fixe, que Mt. et Le. en ont eu des versions différentes. — Resch a essayé de reconstituer ce livre écrit, pense-t-il, en hébreu [U'ie LoffiaJesu, 1898, J^eipzig. D'après Harnack : Sp^-iiclie und lieden Jesu. Die zweile Quelle des MattlUius und L</A-rt.ç [Beitriige zur Linl. in das N. T. Leijjzig, 1907], « les commandements de Jésus occupent le premier plan. Us s'adressent à chacun pris individuellement. Nulle opposition de principe au Judaïsme. En revanche, l'attitude de Jésus est ouvertement hostile aux conceptions et aux mœurs religieuses des Juifs contemporains, et sa sympathie pour les Gentils très riiarquée. L'idée du royaume de Dieu se rencontre souvent. Ce royaume est tout ensemble présent et futur. Le point de vue eschatologique, quoique réel, ne doit pas être exagéré. La personne de Jésus tient dans notre recueil et dans sa conception une place importante. La passion n'est pas mentionnée. Le baptême est conçu comme l'onction messianique de Jésus. Dans le discours sur la montagne, Jésus est plus que prophète ». [R. Se. P. T., 1U08, 170.]
A notre connaissance, seuls Pantène et saint Jérôme ont vu le livre araméen [de viris i^/.,.3(); episl. 20 ad Damasuin: « osanna barrama »] : ils n'en ont rien dit de précis.
Un péager, nommé Lévi. fut appelé à l'apostolat par Jésus qui lui donna le nomdeMattija=don de Iahvé = MaOOaTo;[Cf. Simon- Cephas : Saul-Paul] ; le nouvel apcMre offrit au maître qu'il suivit un grand festin dans sa maison, Mt., 9, 9; Me, 2, 14; Le. 5, 27; 6, 15. C'est tout ce que disent les Synoptiques de l'apôtre