LES ETATS ET LES SACERDOCES
les privilèges des sanctuaires traditionnels : Tibère restreint un peu partout les droits d'asile ^ Ils modifient l'organisation séculaire des sacerdoces pour les conformer à leur type national et les subordonner au pouvoir civil : le clergé de l'Artémision perd son mégabyze, ses vierges engagées pour la vie, la gestion de son fameux trésor-. Ils répandent adroitement leurs cultes latins, ou associent aux dieux indigènes les dieux de leurs pères ; parfois même ceux-ci supplantent ceuxlà : le culte de Jupiter Capitolin s'établit à Smyrne^.
' En 22. Voir Annales, III. 30-63. L'Artémision d'Ephèse conserve son droit dasile. Voir Cliapot : La province romaine d'Asie, 406-416.
- Chapot : 39.o-40o et 416-419. C'est dans cette classe de faits que rentre la guerre implacable faite par Rome à la religion celtique, c'est-à-dire au sacerdoce druidique [Suétone : Claud, 25] : il semble que l'on ait opposé consciemment rassemblée de Lyon, réunie autour de l'autel de Rome et d'Auguste, à l'assemblée traditionnelle du pays carnute, que présidaient les druides. Les druides disparaissent au ii« siècle.
' Chapot : 419 sq. Nous connaissons beaucoup de faits de ce genre, en Gaule notamment. Voir ma Christianisation des foules, 3« éd., p. 24-23. Nous connaissons des ApoUo Boruo ou Grannus, Mercure Moccos ou Artaios, etc. Etudier surtout l'autel de Mavilly. près Beaune : les douze dieux sont-ils romains ou gaulois? [Lesnel: /îeZi;7ton5...G«?//e,236].Voir.sw/)mp.l3n.2etl4.— Antonin le Pieux [138-161], « le Numa de l'empire ». remet en honneur les villes saintes de la religion romaine et les comble de privilèges : Lavinium, Pallantium, Ilium. C'est à cette politique de l'empire qu'il faut évidemment rattacher le crédit persistant des sanctuaires latins d'Antium. de Tibur, de Préneste et d'Aricie [Lacour-Gayet : op. laud.] et la diffusion dans le monde du culte des Lares. — L'empereur est grand-pontife: il se fait parfois suppléer par un vicaire, promagister, dès Antonin, peut-être dès Hadrien [eodem loco]: nouvelle preuve de l'attention que prête l'empire aux choses religieuses.
24 LA RKVOLUTION RELIGIEUSE
Enfin et surtout iis créent et propagent le culte de Rome et d'Auguste.
Le culte de la déesse Rome apparaît à Smyrne dès le début du second siècle avant le Christ ; il se répand peu à peu en Asie; il est savamment exalte et transformé par Octave. Héritier de César, maître du monde, Octave veut réorganiser sa conquête et l'affermir : il travaille donc à fortifier et à surveiller la vie religieuse de ses sujets, pour assurer la maîtrise de Rome sur le monde et la maîtrise des Jules sur Rome. Il rebâtit les temples ^ il complète les sacerdoces, il rcmeten honneur les divinités italiotes qui tombent dans l'oubli ; il affecte une dévotion spéciale à l'endroit d'Apollon et lui construit sur le Palatin un temple magnifique; il prend les titres religieux d'(( Auguste )) et de «Pontife Suprême» ; il répand à travers les provinces les vieux sacerdoces romains des pontifes et des augures, grâces auxquels, dès l'origine, la cité patricienne surveillait les choses religieuses dans la plèbe, grâce auxquels, désormais, la cité-reine surveillera les choses religieuses et les divers sacerdoces du monde. Il s'attache encore à développer le culte des dieux Lares. Ces petits protec-
' Sur les réformes religieuses d'Auguslc, en général, voir Boissier : oj). laud. ; Lecky : The history of european morals f'rom Auquslus Lo Charlemagne, 186'J, 2 vol.; Duruy : La religioji d'état sous yhigusle [Revue de l'histoire des religions, 1880, IJ. — On sait comment Virgile [voir infra], Tite-Live et même Horace [Carmen saeculare] ont appuyé l'œuvre religieuse et morale dAuguste. Voir les éludes sur Virgile, Tile-Live. Horace [bibli()graj)l)ie dans IMclion : Uist. de la Utléralure latine. Paris, 18981.