LE CULTE DE ROME ET D AUGUSTE
leurs familiers que sont les Lares reçoivent des honneurs auxquels ils nétaient pas accoutumés; l'empereur leur construit à Rome deux cent-soixante-cinq chapelles, qui chacune a son collège de prêtres-magistrats ; il leur confie la charge de veiller sur la Ville; et il prend soin de faire partout adorer avec eux le génie qui le protège lui-même. Genius Augiisti ! En même temps il s'inspire du culte dynastique tel que Ptolémée Philopator l'a détinitivement organisé en Egypte : il se fait diviniser lui-même, de son vivant, dans sa personne -; et, comme il est maître, la même apothéose transfigure bientôt Livie; et le culte de leurs deux divinités s'enlace de bonne heure au culte de Rome. Lareligion de Rome et dAuguste est fondée : elle rayonne peu à peu sur le monde"'; les cités, les provinces
' Sur la réforme du culte des Lares, voir Chantepie : Irad. fr., 636: les encyclopédies et les ouvrages généraux et Revue EpigrapJi. du Midi, l, 06. Sur les origines du culte des Lares, voir t. I, 161 et une étude de Wissowa dans VArchiv. fur Rel. Wiss., YIl, 42.
- En Egypte, l'empereur romain est adoré comme dieu en tant que roi d'Egypte. [Moret : Caractère relirjieuj- de la royaufé pharaonique]. — Le premier homme qui se soit fait déifier, c'est, avant Alexandre. Lysandre [Gruppe, 1508]. Sur les origines de l'auto-déifîcation d'Alexandre, voir lier. Univ. Midi. 181)5, l'art, de Radet.
■"' Le culte de Rome et d'Auguste, attesté dés l'an 29 avant Jésus, a une double origine : 1. le culte de la déesse Rome mentionné dès 105 avant Jésus, à Smyrne [Tacite : Ann., IV, 06, Chapot, 428]: 2. le culte divin rendu aux rois en certains pays, notamment en Egypte et à Pergame [sur les dieux Attalidcs, voir Chapot, 42i]. [Sur la nais^sance d'un sentiment de cette nature à Rome au temps de Scipion l'Africain et ses progrès au temps de Marius. voir Ïite-Live, XXXVlll, oG : Valére Maxime, VIII, lo.l :
s'empressent de raccueillir pour témoip^ncr à Tcmpcreiir de leur loyalisme. A l'historien, elles témoignent que l'union du sentiment social et politique et du sentiment religieux ne parait pas près de rompre ^
Macrobe : Salurn.. 111,13, 8 : Plutarque : Marias, 27 ; Sén^que : de ira, \U, 18; Toiitain, 1,25]. Avant Octave. César, on le sait, a été divinisé de son vivant. — Les formes du cuke de Rome et d'Auguste étaient variées: 1. on adore la personne de l'Auguste vivant {numen): 2. on adore l'Auguste mort si le sénat lui décerne le titre ilcdivi{s;3. on adore le génie protecteur de l'Auguste vivant : 4. on adore la femme ou le parent, vivant ou mort, de l'Auguste [après Livie, .hilia Domna est déifiée de son vivant, etc.]; 5. on adore la déesse Rome. Ces diverses formes sont diversement combinées suivant les divers pays. — Le culte est essentiellement un culte municipal; il est aussi, secondairement, soit un culte provincial [voir infra], ou régional [la respublica lui coloniariim (Cirta. Rusicade, Chullu, Milieu, etc.], soit un culte corporatif [laniones Petnicorii, CIL. XIII, 941 ; Avgustales, confrères, organisés en collèges, qui adorent Auguste : très souvent, ils adorent en même temps l'Auguste et les Lares. Par là se soude le culte d'Auguste et de Rome au culte des dieux Lares; les deux réformes datent du temps môme d'Auguste]. L'art d'Auguste a consisté en ce qu'il a suscité, plutôt qu'organisé le culte. —La diffusion du culte de Rome et d'Auguste empêcha sans doute de se répandre beaucouj) le culte officiel de l'ancienne république. le culte de la triade Capitolinc : seul le Jupiter Optimus Maximus jouit de quelque prestige hors de Rome [encore faut-il dire que souvent le fait s'explique par l'assimilation de ce Jupiter i\ un dieu indigène ; ainsi sur le Rhin moyen. ïoutain, I, 2\1]. — Voir E. Reurlier : Le ciilLe impérial, son histoire, son orr/anisafion depuis Auguste jusqu'à Justinien, Paris. 1891 : Toutain, I; Baudouin : Le culte des empereurs dans les cités delà Gaule Narf)onaise ; Ilirschfeld : Sacerdozi municipali nell'Africa [Annali deU'Istituto. 18SG. 49]: Jullian : article Flamen, dans Darembcrg-Saglio; Mourlot : Essai sur l'histoire de l'auf/ustalité, Paris, 1895: Toutain : les Ponlarques de la Mésie inférieure [Mém. des Antiquaires, LXII, 126]; Etude sur les Capitules provinciaux de l'empire romain [Annuaire... Section Se. Rélig. Ecole H. E. 1899]; Revue Epigrap/iique du Midi, I, 56, etc. ' « Le gouvernement de la citéétait... associé aune religion » ;