LICENCE DES MÔEL'RS
mains vivent dans un étrange dérèglement. » Les adultères, les divorces, désorganisent la famille. L'esclavage s'étend, le goût du travail se percl, les petits propriétaires disparaissent; à la place de cette plèbe dont l'indomptable ténacité sut briser Hannibal, voici apparaître une canaille misérable, entretenue par l'état : 200 000 Romains reçoivent par mois quarante-quatre litres de blé. Et le mal, pour inégale qu'en soit l'extension, n'est pas limité à Rome : en Grèce, au second siècle, « beaucoup de gens ont plus de dîners que le mois ne compte de jours! » Les prostitutions sacrées auxquelles préside la Vénus de Corinthe sont célèbres de par le monde; et la métropole religieuse de la Cappadoce, Comana, rivalise avec Corinthe d'infamie pieuse. Les Séleucides de Syrie et les Lagides d'Egvpte croupissent dans la crapule au fond de leurs harems, au milieu de leurs concubines, de leurs eunuques et de leurs mignons. Ptolémée Philopator va chercher ses maîtresses parmi les femmes de ses palefreniers ; en sa qualité de fils authentique de Dionysos, il organise de liturgiques soûleries; il est le créateur de « la fête de la bouteille »; cependant que la famille des Agathocle accapare peu à peu le trône et bientôt massacre la reine. Car ce monde en pourriture sait aussi mal se défendre des suggestions sanglantes de Moloch, que des répugnantes imaginations d'Astarté : la luxure appelle le sang ; malgré les lois impériales, les sacrifices humains per.sistent; il faut que des S'iadiateurs s'égorgent pour que ce peuple d'histrions
daigne s'arracher un instant à ses goinfreries. De pareilles mœurs ne laissent pas de favoriser les religions qui les prescrivent ou les tolèrent.
Ces faits sont vrais. Il n'est pas moins vrai quune révolution religieuse ébranle les croyances traditionnelles, surtout parmi l'élite ; il n'est pas moins vrai que, parallèlement à l œuvre de mort qui persiste ou qui progresse, un immense travail s'accomplit silencieusement au fond des âmes, en particulier depuis le temps d'Auguste, et prépare une œuvre de vie. Les croyances païennes, ébranlées peu à peu, se dissolvent^ : beau-
^ Toutain, I, passim. — En 190, la charge de roi des sacrifices reste deux ans vacante à Rome ; en 180, Cn. Cornélius la refuse obstinément [Colin ; op. laud., 338-334]. Cette charge, celles des flamines excluent leurs titulaires des fonctions civiles et militaires [Marquard, I, 78] : en 190, en 131, les grands pontifes veillent à ce que cette loi soit respectée. De 86 à 11 il n'y a plus de flamen dialis. A la longue, pourtant, certains collèges se sécularisent : en 131, le grand pontife Crassus fait la guerre comme consul. La loi Domitia remplace la cooptation par l'élection [104] : ce qui avilit encore les sacerdoces..
Voir le rôle de Jupiter et les réflexions de Sosie dans Ampkitryon, I. 1, 126: et Pseudolus, 111, 2, 50 [Colin: 344J. Caton l'Ancien [23i-14l)] déclare que deux augures ne peuvent pas se regarder sans rire. Lucilius [180-U)3] se raille des « lamies terrifiantes, inventions... des Numa Pompiliiis » [XV, 2, Colin, 582]. L'histoire de Vobnuntiatio et du jus auspiciorum (droit de décider que les auspices sont défavorables) est l'histoire d'une comédie politique où se reflète clairement le scepticisme de tous [vers luO, loi i-Elia et Fufia ; César et Bibulus ; 58, la loi Clodia].