‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 17 sur 108 · CERTAINS CULTES DÉCLINENT · texte numérisé non relu

CERTAINS CULTES DÉCLINENT

coup de dieux s'évanouissent devant les dieux des Romains vainqueurs ; et ceux-ci, à la même heure, sont souvent désertés par ce peuple auquel ils ont donné la victoire. La tradition romaine entourait d"un grand prestige Jupiter et Vesta : à Rome même, voici néanmoins que déclinent les cultes de Vesta et de Jupiter ! Et de même les cultes de Junon, et de Vénus, et de Saturne, et de Janus s'affaissent à leur tour ! Le clereé se recrute avec peine ; les fêtes vénérées tombent en

Juvénal écrit : « Qu'il y ait des Mânes, un royaume souterrain, un nocher armé dune perche et des grenouilles noires dans les gouffres du Styx..., c"est ce que ne croient même plus les enfants » [II, 40. — Voir Diodore. I, 03, ? 0]. Psoter enfin et surtout combien se moquent des dieux traditionnels Ovide [f 18 après Jésus-Christ] dans ses Métamorphoses, et Lucien [123-102 ?J dans toute son œuvre.

Sur Evhémère. l'ami de Cassandre, roi de Macédoine [314-297] et son livre Vlnscrlption Sacrée, voir de Blockh : Evhémère. Mons., 1860, et Nemethy : Evhemeri Reliquiae, Buda-Pesth, 1889. — Ennius [230-160]. — Sur les origines de cette critique religieuse (Xénophane, Heraclite, Euripide, les Sophistesi voir t. I, 133, et Decharme : La critique des traditions religieuses chez les Grecs... Paris, 19ij4.

Une preuve indirecte, mais expressive, de la dissolution des croyances païennes, peut être tirée de certaines inscriptions adressées à Auguste : entre Dieu et l'homme beaucoup d'âmes ne discernent nulle ditïérence. Qu'on en juge par cette inscription d'Ilium [Leb. 1030] : A Antonia, nièce du dieu Auguste, devenue femme de Drusus Claudius, le frère de l'empereur Tibère, fils d'Aug., Aug., mère de Germanicus César et de Tib. Claudius Germanicus, et de la dresse Licia Aphrodite Anchisias, ayant fourni la plupart et les plus considérables des branches de la plus divine famille, Philon, fils d'ApoIlonios. à sa déesse et bienfaitrice, à ses frais [Chapot, 433. — Voiries pages précédentes].

Il n'est pas non plus sans intérêt de noter la mort des cultes gentilices : en 312, les Potitii transmettent le soin de leur culte à des servi publici [Liv. IX, 20, 34 ; Val. Max, I, 1, 17].

32 LA BEVOLUTIOX RELIGIEUSE

désuétude: Varron craint « que les dieux ne périssent, non pas sous les coups dennemis étrangers^ mais par la négligence même des citoyens ». On ne croit plus à rien. La religion grecque sécroule sous la double poussée de la pensée spéculative qui crée la science et de la réflexion morale qui ébauche l'éthique. i\u début du m*" siècle, Evhémère de Messine démontre que les dieux Ouranos, Kronos etZeus ne sont que des hommes, d'anciens rois de laPanchaïe; et quelque cent ansplustard, c'est le chantre même de la vieille Rome, le glorieux soldat de la guerre punique, Ennius, qui traduit en latin le livre d'Evhémère ! Et, comme si ne lui suffisait pas cette première attaque à la religion des ancêtres, il s'occupe bientôt à traduire une autre œuvre grecque : cette fois, c'est une personnification des éléments naturels qu'Ennius croit voir et veut montrer dans les dieux d'autrefois! Au moment d'atlaquer l'ennemi, on annonce à P. Claudius Pulcher que les poulets sacrés ne veulent pas manger : « qu'ils boivent donc », réplique-t-il, et il les fait jeter à la mer. Qu'est-ce donc qui germe au fond de ces âmes, pour quelles rompent ainsi avec le passé?

Parallèlement à l'évolution extérieure qui impose aux peuples méditerranéens, avec l'hégémonie de Rome, l'unité politique, une autre évolution s'accomplit au sein de la société païenne. Les terres conquises par les Romains devenaient à l'origine pro])riété de l'état : une partie était laissée aux anciens propriétaires ou donnée aux colonies ; une seconde était affer-

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