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se découragèrent pas ^ ; ils ne pouvaient pas renoncer à leurs prétentions ; et ce fut leur hostilité qui consacra la chute du gouvernement sénatorial et l'avènement de l'empire-. Le succès de César et d'Auguste, à l'aurore de l'ère chrétienne, marque une décisive défaite de l'égoïsme anti-fraternel dans le, monde: la terre qui fait vivre les hommes cesse d'être accaparée par une petite troupe de spéculateurs avides. Les idées de fraternité humaine sont dès lors plus voisines de la réalité ; les obstacles qui pourraient arrêter le Christianisme sont diminués d'autant.

Cette évolution apparaît comme consacrée par Tédit de 21:2 : Caracalla proclame que les Romains de l'em-

* Les Italiens, notamment, tentèrent de briser par la force le joug oppresseur qui les écrasait : d'où la guerre dite sociale [90-88] qui ne prit fin qu'avec l'octroi de concessions très importantes [lois .lulia et Plautia l'apiria] faites par les Nobles. — Voir Mérimée : Essai sur la guerre sociale.

De l'effort émancipatour des Italiens, rapprocher l'effort parallèle tenté par les esclaves, les guerres ser.iles, Spartacus, 73-71.

* Gouvernées par l'empereur seul [Lusitanie, Tarraconaise, Aquitaine, Lyonnaise, lielgique, Corse et Sardaigne, Alpes Pennines, Maritimes, Khélie, iSorique, Pannonie, Mésie, Dalmatie, Galatie, Cilicie, Chypre, Syrie, Egypte] ou par l'empereur et le Sénat, « il est hors de doute que les provinces gagnèrent beaucoup au régime nouveau ». Elles obtinrent droit d'appel au prince; les gouverneurs avaient de gros traitements. Dans chaque province, en général, se tenait une assemblée annuelle qui rendait hommage à Rome et à Auguste : à l'issue de cette assemblée, les députés délibéraient sur les intérêts du pays, notamment sur la conduite du gouverneur . ils envoyaient une adresse à l'empereur « qui presque toujours tenait compte de leur appréciation ». — Voir d'Hugues : Une province sous la République; Guiraud : Les assemblées provinciales clans l'empire romain, Paris, 4887.

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pire en sont tous au même titre les citoyens^ Elle s'est manifestée peu à peu par le développement extraordinaire des associations de toute nature : l'état sen méfie, il les contrarie parfois^ il les surveille toujours, mais jamais il n'en vient à bout -.

^ Voir Fustel : Cité antique, V, 2, p. 45o. En 89 et en 49, la Gaule Cisalpine a reçu le droit de cité, puis a été incorporée à l'Italie [lois Pompeia. Roscia]. La diversité de situation juridique des divers pays de l'empire — très grande au temps d'Auguste — s'uniformise beaucoup, à partir d'Hadrien notamment : VEdit Perpétuel qu'il fait rédiger impose partout les mêmes principes juridiques quant à la marche des procès, quant aux moyens de droit découlant de la loi et de l'imperium, quanta l'exécution des sentences.

- Noter que les collegia ont été beaucoup plus florissants sous l'empire qui les combat. — que sous la république qui leur laisse pleine liberté. — Voir Boissier : La religioti romaine, II, 238 ; Daremberg-Saglio : art. Collegia ; Waltzing : Les corporations professionnelles sous les Romains: Liebenam : Zur Geschichte und Organisation des rômisc/ien Vereinvesens. 1890 : Lemonnier Etude historique sur la condition privée des a^rancliis Pari^ 1887 ; Wallon : III. 229.

Auguste interdit toutes les associations, sauf celles qui avaient pour objet les funérailles [Mommsen : De collegiis et sodaliciis Eomanorum Kiliaé. 1843. 81]. Ce fut en vain : elles prospéraient et « regorgeaient d'associés, esclaves, vétérans, gens de peu. L'égalité y régnait entre les personnes libres, les affranchis et les esclaves. Les femmes y étaient en grand nombre. Les réunions de la confrérie étaient un délassement pour ces pauvres gens, mais les repas surtout leur étaient une joie sans mélange. L'inscription de Lanuvium nous initie aux petits détails de ces fêtes, fixées à certains jours de fête patronale... Chacun apportait sa quote-part : un des confrères fournissait a tour de rôle les accessoijes du souper, savoir : les lits, la vaisselle, le pain, le vin, les sardines, l'eau chaude. Afin de garder au souper son caractère amical, il était interdit d'y traiter d'aucune affaire étrangère au collège ; et toute parole désagréable était punie dune amende » [Heuzey : Mission arch. en Macéd., p. 71 ; Melchiori e Yisconti : 6illoge d'iscnzioni antiche ined., 1823, 6:

En même temps que la réalité sociale, la doctrine sociale se transforme. Déjà Socrate s'est plu à déclarer qu'il a pour patrie non pas Athènes, mais la terre entière ^ Les maîtres du Cynosarges, Antisthène le bâtard et Diogène le mendiant, proclament qu'ils sont citoyens du monde et que le seul gouvernement digne de leur admiration est le gouvernement de lunivers : ils attaquent les vaines distinctions établies par les lois ^

Le stoïcisme recueille leur héritage et continue leur effort. Zenon et Ghrysippe font de la maîtrise de soi la marque de la vertu et de la raison le titre de l'homme : sont égales toutes les consciences que la raison éclaire et gouverne ; l'étranger, le barbare, le mercenaire, l'esclave peut être un homme et le citoyen peut ne pas en être un. Le principe de l'universelle solidarité des êtres conduit aux mêmes conséquences : l'unité du genre humain n'est qu'un aspect particulier de l'unité essentielle des choses ; toutes les cités particulières doivent disparaître au sein de la république universelle, et tous les hommes doivent se regarder comme autant de concitoyens, comme si « l'humanité était un grand troupeau vivant sur un pâturage commun ^. »

Mommsen : op. laud., 109, 113: Leclercq : article Agape, dans Cabrol : D. A. G. 1, 4, 790].

* Plutarque : de exil., 5; Gicéron : Tuscul, Y, 37, 108. — Euripide et Aristophane en concluent dj; rravTa/o'j ye r.a-p\; t, [iôaxo'jcra yrj [Colin : 343].

- Antisthène était un propre disciple de Socrate.

^ Sur la science et la religions toïciennes, voir infra, p. 44, n.l.

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