LE STOÏCISME
Epictète et Marc-Aurèle développent les deux fécondes idées retrouvées par les Stoïciens et les Cyniques ; et lesclave et lempereur concluent leur philosophie de la conscience et leur philosophie de l'univers par la théorie de la fraternité des hommes. (( Un poète a dit dans une pièce de théâtre : « 0 chère (( cité de Cécrops. )> c< Chère cité de Jupiter », s"écrie le « sage. )) Il reprend le beau motdeTérence : a Homosum et nihil hiimani a me alienum jnito » ; il répète le mot du sage : « Homo res sacra homini ; — omne hoc quod vides, quo divina atque humana conclusa sunt, îcnum est : memhra sumus corporis magni. Xatura nos cognalos edidit... : hœc nohis amorem indidit mutuum et sociabiles fecit ^. »
Cette révolution morale est attestée plus ou moins clairement par tous les écrits de cette époque. Elle
Zenon 336-270. Cléanthe 331-232 [Hymne à Zeus\ Chrysippe 280- 208. Zenon réunissait ses disciples au Portique des peintures dès 308. Il avait été le disciple de Gratès le cynique et du platonicien Polémon ; la lecture d'Heraclite exerça sur son esprit une vive influence. Sur son cosmopolitisme, voir pseudo-Plutarque : Fortune d'Alexandre, I [Fustel : Cité Antique, p. 422]. Panetius répand le stoïcisme à Rome au temps de Scipion Emilien et des Gracques. Son livre du devoir fut imité par Gicéron. Son stoïcisme était pémétré d'éclectisme.
* Epictète [50-125 ?], esclave phrygien, venu à Rome, élève du stoïcien Musonius Rufus, affranchi, se retire en Epire à Mcopolis. 11 nous est connu grâce à son disciple, Arrien de >'icomédie [Entretiens: Manuel]. Ce qu'il vise avant tout, c'est l'affranchissement de l'âme. — Marc Aurèle [121-180] s'absorbe dans la méditation de sa vie [les Pensées]. Voir Croiset. V, 4.57, 695 : Martha : Moralistes sous l'empire romain : Couat-Fournier : les Pensées de Marc-Aurèle, Bordeaux, 1906.
était si jDrofonde quelle acheva l'œuvre commencée par les révolutions politiques, et transforma le Droit. C'est l'honneur de Cicéron que son nom résume, et qu'une de ses œuvres formule ces progrès décisifs de la conscience humaine. Plus vivement que nul autre, il sent la fraternité qu'elle impose. « La nature prescrit « à riiomme de faire du bien à son semblable, quel « qu'il soit, par cette seule raison qu'il est homme (( comme lui. » L'oubli des injures vaut mieux que la vengeance : « n'écoutons pas ceux qui viennent nous « dire qu'il faut en vouloir mortellement à ses
« ennemis ; au contraire, rien n'est plus digne
« déloge, rien ne convient mieux à une âme géné- « reuse que la douceur et le pardon. » Les droits de la guerre eux-mêmes ont leurs limites : « c'est un devoir « d'épargner après la victoire ceux qui n'ont pas été « cruels pendant le combat. » On ne doit pas oublier, du reste, que le courage brutal rapproche l'homme des animaux. Le sage doit s'unir à ses semblables par un lien de charité, et, par ses semblables, entendre tous les hommes; il faut qu'il n'enferme pas ses affections dans les murailles de la petite ville où il est né, mais qu'il les étende au monde entier, « et qu'il se regarde comme « un citoyen de cette grande cité qui contient toute la c( terre. » Aussi l'empire de Rome doit-il être non une domination, mais une protection de l'univers, pairocinium...^ vertus cpiam imperium. « Nous sommes les « membres d'un corps immense, dit-il encore. La « nature a voulu que nous fussions tous parents, en