‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 23 sur 108 · LA PATERNITÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

LA PATERNITÉ HUMAINE

temps que la notion de fraternité, la conscience des hommes retrouve l'idée de paternité divine.

Les influences orphiques^ semblent se propager partout. Les païens cherchent la paix de Tàme, ils se

obsèques des citoyens pauvres: les associations funéraires furent autorisées à recevoir des legs, à posséder des propriétés et des esclaves ».

La situation de l'esclave est notablement améliorée : le tuer « devient un crime. Le traiter avec un excès de cruauté est un délit et entraîne pour le maître la nécessité de vendre le malheureux qu'il a torturé. L'esclave, enfin, ressortit aux tribunaux, devient une personne, membre de la cité. Il est propriétaire de son pécule ; il a sa famille ; on ne peut vendre séparément l'homme, la femme, les enfants... Marc Aurèle va plus loin (encorei et reconnaît, dans une certaine limite, des droits aux esclaves sur les biens du maître. Si personne ne se présente pour recueillir l'héritage du testateur, les esclaves sont autorisés à se faire adjuger les biens ; qu'un seul ou que plusieurs soient admis à Tadjudication, elle a pour tous le même résultat. » Renan : Marc-Aurèle, 24-26 ; Paul Guiraud : Histoire ancienne^ passim; Wallon : Histoire de l'esclavage dans l'antiquité. IIL passim ; Em. Costa : La filosofîa greca nella giurisprudenza romana, Parma, 1892.

« L'assistance publique, fondée par Nerva et Trajan, développée par Antonin, arriva, sous Marc-Aurèle, au plus haut degré qu'elle ait jamais atteint. Le principe que l'Etat a des devoirs en quelque sorte paternels envers ses membres... a été proclamé pour la première fois dans le monde au ii« siècle. L'éducation des enfants de condition libre était devenue... une des grandes préoccupations des hommes d'état. On y avait pourvu, depuis Trajan, par des sommes placées sur hypothèque et dont les revenus étaient gérés par des procurateurs. Marc- Aurèle fit de ces procurateurs des fonctionnaires de premier ordre ; il les choisissait avec le plus grand soin parmi les consulaires et les préteurs. et il élargit leurs pouvoirs... 11 créa lui-même un grand nombre de caisses de secours pour la jeunesse des deux sexes. L'institut des jeunes Faustiniennes remontait à Antonin. Après la mort de la seconde Faustine, Marc-Aurèle fonda les Xouvelles Faustiniennes [Renan : op. laud., 20-21].

* Voir t. L p- 124-138. et Maas : Orpheus, Mimchen. 1895.

demandent avec anxiété si la science peut quelque chose pour eux. C'est parce qu'ils ont besoin d'une certitude, et qu'ils Font vainement cherchée, qu'ils en viennent à se détourner de la pensée discursive et à ne plus même tenter de connaître la vérité ^ Pyrrhon formule le scepticisme immanent aux théories empi-

^ Les sciences déclinent lentement à l'époque alexandrine et rayonnent une dernière fois au temps de l'empire. Les conceptions matérialistes dominent la cosmologie : le chef du Lycée, Straton de Lampsaque [287-269] bannit le finalisme de l'aristotélisme et supprime Dieu; les Epicuriens s'en tiennent à l'atomisme ; les Stoïciens expliquent « le monde par le mélange de quatre éléments : deux éléments actifs (drastiques, 'o tcoioùv, le feu et l'air) et deux éléments passifs (pathétiques, 'zo Tcia/ov, la terre et l'eau) » ; le premier de ces principes, le feu (qu'on appelle, à la suite d'Heraclite, le Verbe générateur, Xôyj^ ar.epixoL'ziy.o^ ou le Souffle igné, r.wt'Jixcc -oposioi;;, et qui est identique au Zeus invoqué par les hommes) produit partout l'ordre et l'harmonie et la nécessité. C'est la vieille conception immanentiste qui voit en Dieu l'àmc du monde [cf. t. I, p. 145-146. 320] et dans les âmes diverses qui animent les corps une parcelle de Dieu, (Jt.6p'ov, à-ôj-ajijia Toù Oîoù. — Voir Rodier : La physique de Straton de Lampsaque, Paris, 1890; Lebreton : les théories du Logos [Etudes, 1906, t. GVl]; Mabilleau : Histoire des doctrines atomistiques ; Ravaisson : Essai sur le stoïcisme, Paris, 1856 ; et Zeller.

Mais il faut ajouter qu'on rencontre alors de très grands savants. Les uns, doués d'une intuition géniale, trouvent des méthodes ou des vérités nouvelles, tels : Euclide d'Alexandrie qui organise la géométrie [vers 300], Aristarque de Samos qui prouve le mouvement de la terre aulourdu soleil [vers 250], Eratosthène d'Alexandrie [t vers 200] qui fonde la géographie scientifique, comme Hipparque de Nicée [f vers 125] la trigonométrie et Galien[y 201après Jésus-Christ] la médecine; noter qu'llipparque a fait d'admirables découvertes sur la marche delà lune. Les autres résument avec une grande force les conclusions de la science hellène au moment où elle va mourir: tels Strabon[-î- vers 25 après Jésus-Christ], l'élève de Polybe. l'auteur des Etudes Géographiques ai Ptolémée qui travailla à Alexandrie [de 126 à 150 après

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riques de la connaissance que professent ses contemporains : l'homme ne peut atteindre le réel ; le sage doit, en toutes choses, suspendre son jugements Arcésilas et Carnéade continuent diversement son œuvre-; et la réaction dogmatique tentée par Philon de Larissa et Antiochus ^ est arrêtée et écrasée par .Enésidème% Agrippa et Sextus Empi^icus^ On précisera, on systé-

Jésus-Christ ?] et écrivit la Syntaxe astronomique iXAlmageste de l'époque féodale;.

Que si nous envisageons quelle a été la démarche d'une science particulière, la statique [voir t. I. p. lo;2-lo3], au temps qui nous intéresse, nous verrons combien faibles furent ses progrès: Archimède de Syracuse [2S7-;21:2] emploie la méthode d'Euclide pour établir des démonstrations d'une admirable rigueur, mais ne va pas plus loin qu'Aristote : il n'invente rien en ce domaine. [Duhem : Origines de la Statique, l, 1905, 9-12].

^ Né vers 360, mort vers 270, il accompagne l'expédition d'Alexandre. Son disciple Timon [-p 241] la fait connaître. —Voir Brochard : Pyrrhon et le scepticisme primitif [Revue philosophique, mai 1885] .

- Arcésilas [315-241] vit à Athènes, critique le dogmatisme stoïcien [Brochard : Sur la logique des stoïciens. — Arch. f. Gesch. d. Phil.. 1892, 449] du point de vuepyrrhonien. Carnéade [215-129], est moins dialecticien qu'orateur : il ne voit partout que des probabilités plus ou moins fortes ; il émerveilla et scandalisa les Romains [vers 156].

^ Philon [v vers 80] fut le maître de Cicéron : la pensée est capable d'une espèce de certitude, pratique et immédiatje, sinon logique. Antiochus [~ vers 68] va plus loin encore et montre que la vie pratique et la morale impliquent la fausseté du scepticisme [de Wulf : Eist. phil. médiévale, 1900, p. 99-100].

* -Enésidème, disciple indirect du pyrrhonien Ptolémée de Gyrène, vivait au i" siècle avant Jésus-Christ. Dans ses Discours Pyrrhoniens, il professe le scepticisme absolu : \os représentations étant relatives, nous ne pouvons avoir aucun critère de vérité [de Wulf, 106].

^ Sextus est mort vers l'an 200 après Jésus-Christ. Ses Esquisses

matisera leur critique ; on n'inventera plus l'idée qui la supporte : nous ne pouvons pas nous évader des phénomènes, nos représentations sont relatives. Ce n'est donc pas le problème spéculatif de l'Etre qui sollicite maintenant la pensée grecqi^e, c'est le problème pratique de l'action : l'heure de la dialectique est passée, l'heure de la raison « raisonnante », je dirais volontiers de l'idée claire; on a plus de conliance dans les suggestions intimes et obscures de la conscience, et l'on y trouve le contraire, précisément, des conclusions oii aboutit la philosophie aristotélicienne. Elle niait la providence divine ; la philosophie nouvelle la retrouve et la proclame.

Dans le prologue du Rudens, « l'étoile Arcture peint aux spectateurs Jupiter surveillant les hommes du haut du ciel afin de les punir ou de les récompenser; et cette pensée reparaii encore au cours même d'un dialogue ». Il est curieux de la rencontrer chez un poète aussi peu philosophe, aussi piètre moraliste que Plante. Par malheur, on connaît mal les penseurs qui l'exposent : ils procèdent sans doute de l'Orphisme et du Platonisme; ils écrivent, ou remanient, sans doute, ces livres qui apparaissent au premier siècle sous le patronage de Pythagore^ Autant qu'on en peut juger,

Pyrrhoniennes et ses Commentaires Sceptiques sont un résumé très complet et très confus de la critique pyrrhoniennc [de Wulf, 107; Croiset, v, 701].

' L'école néo-pythagoricienne apparaît a Alexandrie au troisième siècle avant Jésus-Christ : elle est popularisée à Rome par Ennius et par P. Nigidius Figulus, un énmle de Yarron ; le savant rui de

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