‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 24 sur 108 · LA RELIGION XEO-PYTHAGORICIENNE · texte numérisé non relu

LA RELIGION XEO-PYTHAGORICIENNE

leur religion consiste en un dualisme qui oppose au monde corporel et corrompu un monde intelligible et parfait : la matière, conçue comme un principe de déchéance et de mort, est séparée par un abîme infini de Dieu, absolument transcendant, totalement inconnu. L'homme est impuissant à secouer, par ses seules forces, sa lamentable misère. Aussi s'efforce-t-on de nouer des liens qui, malgré tout, le rattachent à Dieu : la croyance se répand qu'il existe entre eux des intermédiaires et un grand Médiateur. Ces intermédiaires, êtres ou idées, sont appelés, tantôt des forces, et tantôt des démons. Presque toujours on transfère au Médiateur le nom de Verbe, aôyo:. Le Verbe des Pythagoriciens dérive de la transposition du Verbe générateur des Stoïciens^ en un système de la transcendance : (( il est à la fois lidée et l'instrument de Dieu ; il est lexemplaire et le démiurge du monde. A l'origine, il était seul, retiré dans Tinvisible et l'impénétrable ;

Numidie Juba [v 20 après Jésus-Christ] et ses contemporains les deux Sextius, Sotion. d'Alexandrie, un des maîtres de Sénèque, Apollonius de Tyane [~ 100 après Jésus-ChristJ en sont les docteurs les plus connus. Ses livres les plus célèbres sont les Vers d'Or, VAyne du monde et la nature, la Xature du tout, les Sentences et Comparaisons, une foule d'apocryphes attribués a Philolaos, Archytas, Brontinos... : le plus fameux est l'allégorie appelée le Tableau de Cébès [un tableau représente la vie humaine; vanité des plaisirs et de la science ; nécessité du repentir et de l'ascétisme, jji£-avo'.a, c. 10; i-(y.pi~.i'.0L. c. 16. — Comparer le Pasteur d'Hermas]. Voir Croiset, Y, 407-417, Zellcr HP, 1.687. — En 181, on trouve à Rome des livres qu'on attribue à Numa : le sénat les fait brûler. Peut-être était-ce un livre pythagoricien. ' \oïr supra p. 44, n. 1. Cf. Gruppe, 1606.

il fut mis en mouvement et sortit au grand jour pour la production des choses. Mais ce n'est pas à dire que le Verbe soit le principe unique de lêtre, ni même de la vie. Le monde a été fait par Dieu ; mais la substance et la matière d'où il a été tiré existaient éternellement: avant de recevoir le Verbe, elles n'étaient ni sans mouvement , ni sans âme, mais elles étaient sans raison... On doit donc distinguer un double principe : lun est 1^ Verbe et vient de Dieu, l'autre est la nécessité et vient de la matière. De là, se dégage encore cette conséquence très notable que la loi physique ou morale qui dirige tous les êtres n'est pas identique à leur nature, mais leur est communiquée ou imposée par un être supérieure »

Il faut ajouter que cette religion néo-pythagoricienne ^ s'accommode des dieux traditionnels, en qui elle

^ Lebreton : Eludes, 106, 320-323 (je modifie quelques expressions). Cette théorie platonicienne du Verbe est empruntée à Plutarque. M. Lebreton en a très opportunément souligné l'importance. [Remarquer que Plutarque achemine à la théorie des Apologistes sur le Àoyo; èvotaÔExo; et sur le Xovos -rpocpop txo;].

Distincte des deux théories contraires des Stoïciens et des Pythagorico-Platoniciens, une troisième théorie du Verbe circulait encore : sa nature est essentiellement populaire. Elle montre dans le Verbe l'être caché de certains dieux secondaires : Pan, Eros, Atlas. Gronos, Agathodemon, lléraklès et surtout Hermès (parce que Hermès est le dieu de l'éloquence, donc de la parole, Aoyo;) [Cornutus : Theologiœ gvsecae compendium, première moitié du I" siècle après Jésus-Christ]. Voir Zielinski : Hermès und dieHermetik. dans l'Arch. Rel. Wiss. VIH. 321 ; IX, 25.

* Il est commode, et donc convenable, d'adopter cette terminologie, encore qu'un peu inexacte, peut-être, parce que trop précise.

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