‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 27 sur 108 · MARC-AURÈLE · texte numérisé non relu

MARC-AURÈLE

tions de Lucrèce : au ii*' siècle, les philosophes même sont presque tous croyants et souvent superstitieux. Marc-Aurèle, dans ses Pensées, remercie les dieux avec effusion de lui avoir communiqué en songe des remèdes efficaces pour ses maladies ; son père adoptif, Antonin. craindrait de voyager un iour sans ses livres de prières.

Au cours du i% du n^ et du ni'' siècle, la révolution religieuse se précipite et s'aggrave, comme si la conscience des païens, altérée de Dieu, ne pouvait plus se passer de lui. En vain, Sénèque tente de rendre aux âmes la tranquillité qu'elles ont perdue : le mal dont souffre son ami Serenus délie tous ses remèdes. La révélation de Jésus pourrait seule l'apaiser, mais d'autres révélations se sont fait connaître avant elle et la soif de toutes les âmes en est devenue plus ardente.

C'est d'abord^ l'Asie Mineure qui fait accepter ses dieux à l'Italie. Dès la fin des guerres puniques, le culte de la Grande Mère de Pessinonte est établi sur le Palatin : il se développe librement à partir du règne de Claude et introduit dans la grave et terne religion des

* Noter que l'invasion des dieux grecs à Rome s'acliève alors : c'est en 249, sur Tordre des livres Sibyllins, que Proserpine est reconnue comme déesse par l'état romain. Tarente était le centre de son culte [jeux séculaires : relevés par Auguste] : lors des guerres contre Tarente et Pyrrhus, Rome a appris à la connaître et cherché à la débaucher.

Romains une dévotion sensuelle, colorée et fanatique. Des influences cappadociennes, juives, perses et même chrétiennes introduisent dans ces vieux rites des idées de purification spirituelle et de rédemption éternelle sans éliminer le naturisme grossier qui en fait le fond *.

Depuis le ii^ siècle avant notre ère, Ibs mystères d'Isis et de Sérapis se répandent dans les ports méditerranéens ; Caligula leur donne droit de cité à Rome. Ils font connaître aux Latins un rituel dune incomparable séduction qui surexcite les sentiments les plus opposés par ses processions éclatantes et ses drames liturgiques. Ensuite ils leur apportent l'assurance d'une immortalité bienheureuse : uni corps et âme à Sérapis, le fidèle vit à jamais dans la contemplation des dieux -.

* D'après F. Gumont : Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1907, p. 237-238. C'est en avril 204 que la pierre noire est portée sur le Palatin : d'où la fête commémorative, les ludi megalenses. La déesse, appelée,souvent Cybèle, est associée à un dieu, Attis ou Papas. — Un culte analogue, celui de Ma. est introduit par Sylla. Les grandes fêtes organisées par Claude se célèbrent du 15 au 27 mars. — Voir Cumont, p. 37-89. Marquardt : 1, 92 : Gruppe, 1519. En 1906, on a trouvé à Périgueux un très bel autel consacré à Cvbèle [Fouilles de Vésone, 1906, in-8J.

- D'après Cumont : op. laud. 238-239. Sérapis est une forme d'Osiris à qui Ptolémée Soter et les Lagides donnent la prééminence sur le panthéon égyptien ; le Sérapeum d" Alexandrie est célèbre ; la langue liturgique est le grec ; un contemporain de Scopas, Bryaxis, sculpta du dieu une statue fameuse. — Cette religion, dont on ne peut pas ne pas rapprocher l'Osirisme-Orphisme [voir tome L 125. 129, 41] a évolué dans le sens de l'ascétisme. Elle esl d'abord combattue par Rome : en 182-168 (?), 58,

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