LES SCRIBES
préféré, et celui-ci le redit tout haut à l'assistance. Leurs élèves les appellent « rabbi », ou « rabboni )>, maître, mon maître ; ils les aiment plus que leurs propres parents; ils viennent les saluer jusqu'à terre, lorsqu'ils les croisent dans la rue. Leur autorité grandit rapidement ; le jour vient oii leurs décisions sont égalées à la Loi. — Mais ces juristes sont aussi des prédicateurs. Dans les synagogues organisées par Esdras, ils réunissent le peuple pour entretenir dans son âme le culte du vrai Dieu, pour lire en commun et pour prier. Les synagogues, en général, reproduisent la forme d'un rectangle, ouverte une extrémité ; à l'autre, dans un coffre dissimulé par un tapis, se cache un exemplaire de la Loi. Les Anciens siègent entre le coffre et le mur, regardant le coftre ; derrière eux, le peuple se range, hommes et femmes groupés à part ; au milieu de la salle se dresse la chaire d'oii l'orateur lit et commente les Prophètes ou la Loi. Un chef est chargé de chaque synagogue ; un conseil d'Anciens l'assiste et aussi plusieurs ministres subalternes : le séliah, qui récite les prières; le targoumiste, qui traduit en araméen le texte hébreu; les dix batlanim qui doivent toujours être présents. « Les réunions avaient lieu trois fois la semaine, le lundi, le jeudi, le jour du sabbat. Après la prière, récitée par le séliah, sept lecteurs différents lisaient sept passages des Livres saints, sous la surveillance du séliah qui se tenait auprès d'eux, afin que rien ne fût changé au texte. Chaque verset était traduit par le targoumiste à
mesure qu'il était lu. Le jour du sabbat, on lisait en plus un passage des Prophètes. La lecture terminée, le lecteur ou un autre assistant, sur l'invitation du chef de la synagogue, taisait un commentaire de la lecture ou adressait au peuple une exhortation morale. La séance se terminait par une prière et une bénédiction ^ » '
Comme ils étaient, nécessairement, aussi hostiles à l'Hellénisme que fidèles à la Loi, on appelait les scribes et leurs amis, les Hasidim, c'est-à-dire les Pieux. Un peu plus tard-, on les nomma les Pharisiens, c'est-àdire les Séparés (Peroushim) ; avant tout, en effet, le pharisien tient à être séparé des Grecs idolâtres : « celui qui enseigne le grec à son fils est maudit à l'égal de celui qui élève les porcs ^ » Ce sont les Pharisiens qui ont formé le noyau des armées macchabéennes et vaincu les Séleucides ; et de cette mâle attitude, et de cette gloire nouvelle dont ils ont paré Israël, le peuple leur reste très profondément reconnaissant ; il accepte, sans discuter, la direction qu'ils lui donnent. Il s'éloigne avec eux des Hasmonéens, lorsque les Hasmonéens inclinent vers l'Hellénisme. Il voue à la Loi le même culte qu'eux, et aussi exclusif.
* Voir tome I, p. 288 ■ Beiirlier : Le monde Juif au temps de Jésus-Christ et des Ap(jtt'es,Vavis. 1900, p. .o0-5:j, Jiousset, 201. — Pour certains savants [Bousset], la synagogue date seulement des Macchabées.
- Sous Hyrcan I^r, — Noter que tous les scribes ne sont pas pharisiens.
' Bousset, 108-110.