‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 37 sur 108 · L ESPERANCE MESSIANIQUE · texte numérisé non relu

L ESPERANCE MESSIANIQUE

procèdent d'un sentiment très vif et quelque peu ombrageux de la spiritualité divine.

Le progrès de l'espérance messianique, que l'on constate à la même époque, ne dérive pas d'une épuration philosophique de la substance de la foi juive ; il se présente, au contraire, comme une sorte de condensation des éléments positifs, historiques, sur lesquels repose cette foi.

Jamais lahvé ne cessera d'intervenir dans l'histoire pour sauver ses fidèles ; le passé répond de l'avenir. S'il trône au plus haut des cieux, il sait néanmoins converser familièrement avec les âmes. Cette croyance cardinale de la foi juive inspire à l'époque grecque des romans historiques qui raffermissent les cœurs ; elle s'épanouit surtout en des psaumes magnifiques qui rappellent la littérature ancienne, en des apocalypses étranges qu'on n'avait pas encore lues.

Deius Esther, Judith et Tobit'^, chacun peul apprendre

* Le Livre d'Esther raconte la disgrâce de la reine Vasthi par Assuérust=XerxèsI, le vaincu de Salamine] ; elle est remplacée par la belle Esttier, dont le tuteur Mardochée sauve le roi d'un complot. Esther et Mardochée sont juifs; ils obtiennent la perte du ministre Aman qui voulait les perdre, et la perte des ennemis des Juifs « avec leurs petits enfants et leurs jeunes femmes » ; en souvenir de ce massacre de plus de 75.000 personnes par les Juifs est instituée la fête des Pourim. — Le texte, écrit en hébreu, fortement nuancé d'aramaïsmes et de persismes, visf évidemment à expliquer cette fête, laquelle est très mal connue ; on peut croire qu'elle est d'origine babylonienne. Le Uvre prêche fortement, brutalement même, la confiance au Dieu vengeur d'Israël ; peut-être date-t-il du temps des Macchabées. [Le nom divin n'est nulle part prononcé. — Il faut dire, du reste, que le texte massorétique diffère beaucoup de la double recension des Sep-

que lahvé continue de se mêler aux affaires du monde et de récompenser ses enfants : il déjoue les ruses du

tantcj. —Voir Siegfried : Ezra...und Es^/je?*, Gôttingen. 1901, et Scholz : Comm. zu Eslher, 1892. Wurzbourg; Jampel : Das Bucli Esther, Francfort, 1907. Voir l'iiistoire de Ptolémée Physcon et de sa maîtresse Irénè dans Joseph : c. Apion, II, o, R. B. 1908,

Le livre de Judith conte une autre victoire de lahvé. Gomme Nabouchodorosor veut punir les Juifs qui ne l'ont pas secouru dans sa lutte contre Arphaxad roi des Mèdes, son général Olopherne est séduit et assassiné devant Béthulie par la belle Judith. — Le livre a été écrit en hébreu (perdu) : mais, ici encore, les versions grecques et latines divergent fort. 11 date sans doute du temps des Macchabées. Il vise à raviver la foi en lahvé. [1 n'a pas plus de valeur historique qu Esther. L'auteur s'inspire du cantique de Débora et. peut-être, d'une victoire des INIacchabées sur Nicanor. Pour P. Haupt, Judith a été écrit, comme Eslher, pour être lu à la fête des Pourim. R. B. 1908, 306. Voir Scholz : Comm. zum Bûche Judith, 1896; Steinmetzer : yeue Untei^suchungen ilber die Geschichtlichkeit der Juditherzdhlung. Leipzig, 1907'.

Le livre de Tobit nous reporte au temps du roi assyrien Salmanasar, de Sennachérib et d'Asarhaddon [vin« siècle avant J.- G.]. Le pieux Tobit et la non moins pieuse Sara sont diversement et durement éprouvés ; mais Dieu leur envoie l'ange Raphaël qui les marie et les bénit. L'histoire se passe du côté de Ninive et d'Ecbatane. — L'auteur s'inspire de Job. de Jouas, peut-être d' Esther. L'original a été écrit en grec, peut-être en Egypte, au II» ou au pr siècle. Ici encore nos rédactions sont très divergentes: deux types; 1° Septante [Alexandrinus] ; 2° Saint Jérôme et la version araméenne trouvée à Oxford]. Voir Scholz: Comment, zu To6ia5, Wurzbourg, 1889, ei Revue Biblique, W^^,^Q, 510 [Tobit et le conte d'Ahikar].

Je rapprocherais volontiers & Esther, Judith et Tobit d'autres écrits qui racontent, avec les mêmes intentions édilîantes, les histoires ou les martyres des prophètes [Isaïe. Voir Schermann : Propheten und Apostellegenden, Leipzig, 1907, 118]. Voir III et IV Mac. supra p. 76. n. D'une manière générale, on s'aperçoit que les grands personnages de l'ancienne histoire juive, Moïse. Abraham, Elle, sont pourvus de légendes. Voir Eccli et les Apocalypses.

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