‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 46 sur 108 · JONAS · texte numérisé non relu

JONAS

Et j'aime à rapproclier du Siracide le rabbi inconnu qui écrivit le livre deJonas. C'est le Seigneur lui-même qui ordonne à son prophète d'aller convertir... Xinive ! Lorsque, par haine de l'étranger impur, Jonas veut se dérober à sa mission, le Seigneur prend soin de le punir : les matelots du navire qui le porte le jettent à la mer; si, trois jours après, le Seigneur l'arrache au monstre marin qui l'a englouti, c'est pour réitérer à l'Israélite l'ordre de sauver la ville exécrée. Jonas obéit cette fois, et Ninive se convertit. Et lorsque, dans son cœur étroit, il se prend à regretter que l'ennemi d'Israël adore lahvé, le Seigneur dessèche tout d'un coup une plante que chérissait son serviteur ; Jonas s'alïlige outre mesure, et le Seigneur lui dit : «Eh ! quoi, tu as pitié de cette plante... ; et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive ! » '.

titres de chapitres et dans le souci des transitions. Le Simon dont il parle, 50, est le grand-prèlre Simon II, 226-199. Il fait de très fréquentes allusions aux écrits bibliques antérieurs, peutêtre même à Euripide et à Aristophane.

Le texte hébreu a été retrouvé en 1896 par M"" Smith Lewis et Gibson (ms. B) et par d'autres savants [A; C: D] : jusqu'alors on n'avait du livre qu'une version grecque, fautive, exécutée par le propre petit-fils du Siracide. Il semble bien que notre texte hébreu soit l'original, quelque peu retouché. — Voir Israël Lévi : L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Jésus fils de Sira, Paris. 1898-1901 ; Schlœgl : Ecclesiasticus Yindobonae. 1901 ; Touzard [R. B.. 1897-1808]: Knabenbauer : Comment, in Ecclesiasticum, Paris, 1902 ; Margoliouth, dans VExpositor, feb., 1908- — Je me suis servi, pour rédiger ce passage, des notes d'un cours de M. Giraud, professeur au grand séminaire de Bordeaux.

* Voir Hosée. 11. 9 (t. I, 237). Jonas est un prophète 11 Rois, 14, 25] un peu plus ancien qu'Amos. Mais il est clair que nous avons ici une histoire symbolique. Le hvre abonde en aramaïsmes

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On voit que, si le Paganisme ambiant, aujourd'hui comme autrefois, a éveillé de l'écho dans quelques âmes, il s'en faut de beaucoup qu'il soit vainqueur. La grande foule du peuple s'attache aux Macchabées, puis aux Pharisiens, observe la Loi et attend le Messie depuis si longtemps promis. Eglise obscure perdue dans un coin du monde, Israël escompte avec une lièvre mêlée d'angoisse, avec une espérance vivace toujours, la venue du Christ qui fera régner Dieu sur terre-.

et en réminiscences des Psaumes : il a été écrit sans doute au iii« siècle, peut-être plus tard (voir Joël, Esther). Ce qui en fait l'incomparable valeur, c'est Tesprit universaliste et miséricordieux qui l'inspire : le Seigneur sauvera Ninive aussi bien que Juda ; « il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie ». Il semble que Jésus ait particulièrement connu le livre de Jonas. [Voir Van Hoonacker : Les douze petits prophètes, 312, sq-j

■* Cette idée du règne de Dieu a une double origine et présente un double caractère. — \. Le règne de Dieu a d'abord une valeur politique, car lalivé est roi d'Israël. lahvé est le roi sauveur qui écarte d'Israël le péril philistin, et qui règne sur son peuple. [Isaïe, 6, 1-2 : voir 1. 1, p. 242-243], d'abord parl'intermédiaire de la maison de David, puis directement (après l'exil) : ce règne direct de Dieu sur Israël est marqué par Ezéchiel, 20, 33, 37. — 2. Le règne de Dieu prend un caractère moral : voir le second Isaïe, 45, 6, 52, 7. Et, en même temps, le règne de Dieu prend une valeur universelle ^{aans perdre jamais son caractère juif). [Isa'ie, 41, 21 ; 43, 15; 44, 6: Sophonie, 3. 15-17: Zacharie. 14, 9-17 , Abdias, 21 ; Psaumes. 44, 5 : 74, 12 ; 48, 3 ; 68. 24: 24, 7 : 10. 16 ; 99, l-'t : 149, 2-3 : 22, 23 ; —Isdie, 24, 23: 25, 6: Amos passim (t. L 23oi] : laJivé est roi du momie [Daniel. 4, 34: 2, 37 : Ps., 29. 10; 95, .3-4; 103, 19-28; 145. 10-13 : 146, 10 ; 96, 10 : 97. 1 ;98, 6: Tob. passim; et Sagesse, 6, 4; 10, 11].

[Accessoirement, lahvé est encore le roi des élus. Sagesse, 3, 7-8; 5, 15; 6, 20]. Noter que l'idée du règne de lahvé sur Israël et sur le monde est fondée sur ce fait qu'il est le créateur de la nature, le maître des nations, le sauveur d'Israël, et qu'elle est tout

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Juifs et Païens s'acheminent donc, sans le savoir, les uns vers les autres; que le Christ paraisse, et l'harmonie interne et la convenance réciproque des deux évolutions apparaîtra aux regards.

Lunitication politique et économique du monde, le soin qu'a pris Rome d'affermir son empire en propageant ses cultes ont entraîné un mélange des religions entre elles, un mélange, surtout, de ces religions diverses avec la religion romaine : d'abord les cultes importés coexistent, chacun retenant la pureté de sa physionomie originelle^; ils se combinent ensuite, assez rapidement parfois, et donnent naissance à des religions mêlées. Ainsi apparaît le caractère syncrétique de Ihisloire religieuse de ce temps. On voit bien, par exemple, que les dieux de l'Afrique du Xord et les dieux de la Gaule, au début de notre ère, dérivent à la

à fait étrangère à l'idée de la destruction du monde : « C'est le passage du droit au fait, ou encore la reconnaissance du droit, la mise en scène historique d'une idée éterneHe, le progrès, sans doute extraordinaire et merveilleux:, mais enfin la suite d'une chose commencée. Il y a plus. Au temps des Macchabées, on croyait être déjà dans le nouveau règne ; il était inauguré, mais on en attendait la manifestation encore plus glorieuse, tant il est vrai que l'idée en elle-même était synonyme de progrès ». [Lagrange : R., B., 1908, 60; et tout l'article].'

' \oir supra, les religions orientales et la religion dynastique impériale.

fois des anciens dieux indigènes et des dieux importés par le Romain vainqueur ^ ; dans la province impériale d'Asie, on voit bien que le dieu de Rome absorbe « en lui le dieu local, le remplace, prenant son épithète ou son aspect extérieur. Sur les monnaies de Magnésie du Sipyle, Néron est appelé Zeus Eleutherios. A Germé de Mysie, Hadrien, à la place deZeus, devient IlavEA^T^vioç, et à Aezani il est yevéTOJo, ayant supplanté Apollon. A Cyzique, Commode est qualifié d'Héraklès romain. A Tiberiopolis de Phrygie, Livie et Tibère semblent avoir été identifiés avec la Mère des dieux et son iils- ».

* Voir supra, p. H-\'.

' Mionnet : SuppL. VII, p. 377, n»» 278, 281, 282: Leb., 1042, 864; Macdonald : IlnnLerian Collection. II, j). 268. n° 31; Ramsay : Hisl. Géogr., p. 147: Chapot, p. 428.

S'oici quelques autres cultes païens syncrétiqucs. [Voir aussi supra, p. 14-18]. Dans les deux derniers sii^cles avant .lésus, la fusion s'établit complète entre les dieux jijrecs et leurs équivalents c?) romains [Jullian : La religion romaine deux siècles avant notre ère. — Mélanges de Rossi, publiés par Tlù-ole française de Rome. Paris-Rome, 18D2, 311] [Jupiter = Zeus. Junon = liera. Diane = Artemis. Mars = Ares, Liber = Dionysos. Gérés = Démèter, Libéra =Proserpine etc.] — Même travail s'o|)éredans les milieux gréco-égyptiens entre dieux grecs et dieux égyptiens : Ammon Ra = Zeus. Horus = Apollon. Osiris = Dionysos, Thot = Hermès. Isis =Io,Neilh =Athena,etc... Il yamème unereligion qui se crée, d'un caractère nettement gréco-égyptien : la religion du dieu Poimandres, 6 -rrj; ajOîvT'.as voj;, le sauveur du monde [sans doute, une transformation dllermés-Thot. Voir6'*//»ra,p.48. n.d et Reitzenstein : Poimandres, Leipzig. 1904 ; cf. Zielinski, dans VArcli. /'. Rel. Wiss., VIII, 321. Voir aussi Bouché-Leclercfi : Histoire des Lagides, Paris, et Lumbroso : L'Egitto dei Greci e dei Romani, 1881]. Cette religion est née sans doute au début de notre ère : son « évangile w offre des points de contact curieux avec le Pasteur d'Hermas.

Mômes identifications de dieux asiatiques ou sémitiques et de

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Il était difficile que la religion d'Israël et les reliçrions païennes n'exerçassent pas lune sur l'autre une

dieux grecs : Cybèle est égalée tantôt à Rhéa, tantôt à Aphrodite, tantôt à Artémis. Attis est égalé à Adonis [Gruppe. lo23- 1538], Atargatis à Cybèle, Héraclès à Meikarth. Kronos à Baal [en Afrique ; voir supra, p. 14]. Il semble que, de propos délibéré, les Séleucides aient favorisé le syncrétisme religieux : une telle attitude était impliquée du reste par la logique de leur œuvre [Gruppe, lo87; Bousset, 161]; Seleucus Mcator tient à placer sa résidence près d'Antioche en plein pays grec Sur linfluence des dieux grecs, voir Gruppe, 1459, et Deissman : Die Hellenisirunq des semitischen Monotheismus [Neue lahrbûcher fur das Kl. Ait., 1903]. Les cultes de Mithra et de Cybèle sont combinés l'un avec l'autre [voir supra, p. 64]; le culte de Jupiter Dolichenus représente aussi, semble-t-il, un syncrétisme iranopersan [Cumont : Rel. or., 177].

Mêmes identifications en Occident. La déesse lusitanienne Atœcina = Proserpine. J'ai déjà cité quelques dieux gaulois assimilés aux dieux romains, supra, p. 14-17: on en connaît une vingtaine d'autres qu'a absorbés Mercure [Moccus, Matutinus, Artaius, Cirniacinus... Lesnel : Religions de la Gaule. 19o6. Sul- 302] : Apollon = Siannus, Bormanus, Boruo. etc. (dieux des sources d'eaux chaudes) ; Mars équivaut à une cinquantaine de dieux gaulois, Belatucadros, Segomo. Caturix, Dunatis, Camulos, Leherennus, Rigisamus, Mogetius. Albiorix... [Lesnel, 311-312] ; Pluton équivaut à Sucellus, le dieu au maillet si répandu en Gaule, sans doute depuis l'époque néolithique [ibidem]. Le dieu noricien Belenus a été égalé à Apollon ;Tertullien : Apolog., 2i ; Ad nat.. 2. 8). Le grand dieu celle des pays danubiens Esus \f) est identifié à Silvain [Lesnel, 321].

D'une manière générale, je dois faire observer deux faits. On doit dire, d'abord, que les religions païennes sont, essentiellement, des syncrétismes : quel est le dieu païen qui n'en représente pas plusieurs autres, absorbés par lui ivoir 1. 1, 322. note 1 et passim) ? En particulier, les dieux-hommes ont absorbé les dieux-animaux, les dieux-plantes. — Il nous est impossible, ensuite, de résoudre le problème suivant, qui est capital : quelle proportion y a-t-il entre les adeptes des cultes syncrétiques récents (formés depuis le temps d'Alexandrei et les adeptes des cultes anciens (relativement non syncrétiquesi t Se méfier des documents littéraires. Prendre garde de ne pas juger des cam-

influence analogue ^ : elles ne peuvent se soustraire au contact.

Les empires païens ont absorbé Israël et Juda. Depuis lors, les Juifs ont essaimé dans la plupart des régions de l'Orient grec et commencé déjà de pénétrer en Occident. L'œuvre d'Alexandre et de Pxome, plus tard la destruction de Jérusalem et la ruine du Temple accélèrent encore ce mouvement de colonisation. Une foule disraélites sont faits prisonniers et réduits en esclavage par Titus et par Hadrien ; vendus à l'encan, transportés dans les pays les plus divers, ils arrivent assez facilement à recouvrer leur liberté ; d'une part, en effet, leurs lois religieuses font à leurs frères plus heureux un devoir de les racheter ; d'autre

pagnes et des ruraux par la situation de Rome, d'Alexandrie, d'Anlioche, et des grandes villes, toujours cosmopolites. Se rappeler que les tendances syncrétiques s'épanouissent surtout dans les cercles où se répand le monothéisme des Néo-Pythagoriciens, qui se concilie tant bien que mal avec le polythéisme [les dieux étant, soit des noms locaux de Dieu (Marquardt, I, 103), soit des démons subordonnés à Dieu]. Se rappeler encore que, dans les inscriptions votives, le rapprochement de plusieurs noms divins n'entraîne pas nécessairement la confusion des différents dieux, [^lacchioro : Il siiicretismo religiosoe Vepigrafia. — Rev. Arch., janvier-mars 11J07]. — J'incline à penser que les inlluences syncrét'stes ne se sont guère exercées hors de l'élite, et que les foules sont restées fidèles aux cultes locaux anciens [R. II. L. R., IV, 2Î9, et supra, p. 15].

' Je crois quil y a avantage, au point de vue de la clarté, à appliquer le terme de gnoslicisme ou de gnose aux diverses combinaisons de la religion monothéiste judéo-chrétienne avec les religions ambiantes. C'est en ce sens que ce ternie sera toujours pris dans le présent ouvrage. Rien n'empêchera de distinguer les diverses espèces de gnosticismc juif et de gnosticismc chrétien.

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