‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 47 sur 108 · DISPERSIOX DES JUIFS DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

DISPERSIOX DES JUIFS DANS LE MONDE

part, les maîtres ne se soucient g-uère de garder des esclaves aussi obstinément attachés à leurs usages et animés dune haine irréconciliable contre leurs vainqueurs. Une fois affranchis, ils ne songent pas à retourner dans leur patrie désolée, mais se groupent dans les villes de commerce où ils vivent de leur industrie et recrutent des prosélytes.

G "est ainsi que beaucoup se sont établis à Antioche, capitale de la Syrie, à Césarée, capitale de la Cappadoce, à Ephèse, à Pergame, à Milet, à Sardes, à Laodicée, dans les ports et dans les îles de l'Archipel, à Smyrne, à Thessalonique. Chypre, où ils forment une colonie nombreuse, les a bannis sous peine de mort à la suite de leur révolte, au temps de Trajan. Ils sont demeurés très nombreux en Babylonie, en Mésopotanie et en Médie. On les retrouve en Macédoine, en Sicile, en Grèce, en Italie, notamment à Rome où, dès l'époque de Gicéron, on signale leur influence politique. La Gaule et l'Espagne même reçurent un contingent de colons juifs; au iii^ siècle, Cologne était déjà un de leurs centres importants. Mais c'est surtout dans la Gyrénaïque H en Egypte qu'ils se sont répandus. Lors de la fondation d'Alexandrie, Alexandre offrait le titre de citoyen à tous les colons qui se présentaient. Ptolémée transplanta par la violence 200.000 Israélites dans son royaume. Onias IV, privé du droit de succéder à son père comme grand prêtre, reçu de Ptolémée VI Philométor la permission de convertir en un temple juif le temple païen de Léon-

topolis. Un siècle plus tard, on estimait à un million le nombre de ses coreligionnaires établis dans le pays ; Alexandrie était devenue une autre Jérusalem ^

Cette dispersion (Siac-jropa) des Juifs à travers le monde, cette concentration d'un grand nonibre d'entre eux en Egypte devaient entraîner des conséquences graves. Les hérésies juives, plus facilement que les déformations d'aucune autre religion, pouvaient se propager d'un bout à l'autre du monde méditerranéen; les missionnaires qui voulaient les répandre ne trouvaient-ils pas, dans chaque ville un peu importante, des coreligionnaires et des coreligionnaires organisés? Tous les Israélites étaient tenus de payer l'impôt annuel de deux drachmes- par tête : c'était là le fisc judaïque. Mais, (( sauf cette marque de servitude et quelques

' Sur lextension méditerranéenne des Juifs, voir Schurer, IIP, 1-38 et Hastings, E. V., 91. Il \ avait sans doute à Rome, au temps de Jésus, 30.000 Juifs établis au Trastevere [Josèplie : .hit., XVil, 11, 1 ; Bell., Il, 6, 1]. Vers 150 avant J.-C, un Juif peut écrire : iiàaa os yata aâOev ttXtjPt^c xal Ttàja OaXaaaa [Orac. Sibyl.. III, 271J. — Voir ïlarnack -.'Mission, I-, i\ sq., bousset.

Schurer classe, par ordre d'ancienneté chronologique les juiveries de : 1° l'Euphrate ; 2» la Syrie; 3° Arabie ; 4° Asie Mineure ; 5° Egypte ; 6° Cyrénaïque ; 7° Afrique du Nord ; 8° Macédoine et Grèce; 9» Rome ; 10° Italie, Gatile, Espagne. II y avait cinq millions de Juifs sur 60 millions de Romains, environ [Ïlarnack : Mission, I, p. 7].

II semble que la faveur que les Ptolémées témoignèrent aux Juifs provoqua, au moins en partie, un mouvement antisémite en Egypte. Voir Bludau : luden nnd ludenverfolf/ungen ini allen Alexandria, Munster, 1906.

- Une drachme pèse 4 gr. 36 d'argent et vaut environ 1 franc.

Page 1