‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 48 sur 108 · LES JUIVERIES DE LA. DISPERSION · texte numérisé non relu

LES JUIVERIES DE LA. DISPERSION

actes de persécution isolés et temporaires, Rome témoigna aux Juifs une parfaite tolérance. Ils eurent partout le droit de s'assembler librement, de célébrer des repas communs, de se cotiser pour subvenir aux besoins du culte, de bâtir des cimetières et des lieux de prières; on les dispensa du service militaire, peu compatible avec l'observation rigoureuse de leurs pratiques cérémonielles^ »

Les juiveries dispersées parmi les Païens formaient donc des organismes définis et résistants, étapes toutes préparées et très si\res sur les grandes routes du monde. Il ne faut pas oublier, du reste, que, si disséminées qu'elles fussent, elles étaient unies par certains liens : elles reconnaissaient la suprématie religieuse du grand-prêtre du Temple; elles contribuaient à son entretien par des subsides réguliers; elles en recevaient le calendrier liturgique ; elles envoyaient des pèlerins à Jérusalem ; elles étaient en relations constantes les unes avec les autres. Beaucoup plus efïî-

* On enleva aux communautés la juridiction pénale, mais on laissa subsister leur juridiction civile. Elles l'exerçaient du reste de façon différente ; elles prenaient la forme, soit de colonies étrangères, soit de sociétés privées, soit de corporations. Leur gouvernement intérieur était assez variable, mais généralement calqué sur celui des cités grecques. A Alexandrie, toute la colonie relevait d'un chef unique, que les Grecs nommaient ethnarque. Le plus souvent, elle était gouvernée par un conseil des Anciens qui élisait un président et des magistrats temporaires ou viagers [archontes] ; « un fonctionnaire spécial, l'archisynagogue, était probablement chargé de l'entretien de la maison de prières et de la surveillance du culte. » Voir Th. Reinach : article Judœi, dans Saglio.

cacemeiit que la conquête et Tunité romaines, elles ont secondé la propagande cvangélique : toute église s'est adjointe à une synagogue, toute chrétienté s'est greffée sur une juiverie.

Il faut ajouter que les Chrétiens ont souvent recueilli l'héritage que, par leurs conquêtes relio-ieuses, leur ont préparé les Juifs. Les Païens raillent leurs superstitions, les accusent de misanthropie : cela ne les empêche pas de subir l'attrait qu'ils exercent. Les dieux de l'Egypte, de l'Asie Mineure, de la Syrie, en dépit ou à cause de leurs légendes bizarres, de leurs mystères équivoques , trouvent de fervents adeptes. Comment n'en eùt-il pas été de même de la religion mosaïque? Si ses rites sont bien austères pour captiver le public frivole, la simplicité de ses dogmes et la pureté de sa morale intéressent les âmes d'élite : c'est sur lunité de Dieu et la nécessité d'une vie vertueuse que porte l'effort des missionnaires. On ne saurait trop insister sur la réaUté et l'ardeur de leur propagande. Disséminé parmi les Païens, n'est-il pas naturel qu'Israël éprouve l'orgueil de sa supériorité et s'enivre du rêve d'Isaïe ? L'évangélisation du monde lui est commandée par sa foi : depuis les Prophètes tout au moins, le lahvéisme est devenu un universalisme franc. Et le perpétuel contact avec les Païens, et l'éloignement du Temple, parce qu'ils affaiblissent l'esprit ritualiste et dissipent les préventions héréditaires, donnent à ces traditions universalistes une vigueur qu'elles nont pas en Palestine. L'ne littérature appa-

INFLUENCE DES JUIFS SUR LES PAÏENS Ht

raît, des apôtres ^ s'élancent qui prêchent la g-randeur de lahvé et la gloire de Moïse aux adeptes des idoles. Tous les philosophes grecs sont représentés comme des adeptes du prophète du Sinaï; et c'est Hénoch et Abraham qui ont inventé et répandu l'astronomie en Babylonie et en Egypte ! Beaucoup de Païens se laissent gagner : ils « révèrent » le Seigneur -, désertent les temples des dieux pour le Temple de lahvé et observent le sabbat ; quelques-uns même se font circoncire et baptiser dans l'eau, et sont admis par là au nombre des prosélytes de la justice ^

Deux religions, en particulier, subissent linfluence d Israël. En Asie Mineure, on voit attribuer à Attis la même épithète qui désigne en général lahvé : le Très- Haut, "Ty'.G-o;. Souvent encore on l'appelle Tout-Puis-

* Mt, 23, 15. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que voiis courez la terre et La mer pour faire un prosélyte. » Cf. Pirké Aboth. I, 1:2. — La méthode dont usent ces croyants est l'allégorie [voir infrap. lo2-13H]. La méthode allégorique a été inventée, sans doute, par les Néo-Pythagoriciensou les Stoïciens désireux de sauver — et d'expliquer — la mytho logie traditionnelle.

- a£^ô|jL£vo'. TÔv 6£Ôv. L'expression « prosélytes de la porte » n'est pas ancienne: elle désigne les Païens établis en Israël. Sur cette propagande juive, voir Axenfeld : Die jiidische Propaganda als Vorlduferin der urchristlichen Mission [Missionwiss. Studien. Festchrift fur Warneck, 1904, 1-801; Bergmann : Jiidische Apologetik ira neut. Zeitalt. 1908: Bousset, 83, sq. [C'est la guerre contre Rome, Titus et Bar Kocheba, la victoire chrétienne qui tuent la mission juive].

^ Seeberg : Bas Evangelium Christi. Leipzig, 1903. Mais les textes allégués sont tardifs [Batifïul : R. B., 1906, ^uo-2061. Voir R. H. L. R., VIII, 305.

Ii2 LA RÉVOLUTION RELIGIEUSE

sant, on déclare qu'il « contient et maintient toutes choses » ; et les textes magiques associent communément aux noms des divinités indigènes les noms de lao (lahvé), de Sabaoth ou les noms des anges ^ Il y a mieux : Sabaoth est bel et bien identifié à Sabazius ; Sabazius est adoré « comme le Seigneur suprême, tout-puissant et tout-saint » ; et peut-être les purifications que, de tout temps, on pratiquait dans ses mystères pour se laver des souillures ancestrales, sontelles regardées « comme effaçant le péché originel, dont la désobéissance d'Adam a entaché le genre humain»; et, peut-être encore, l'usage des Sabaziastes qui consacrent des mains votives aux trois premiers doigts étendus est-il «emprunté, par l'intermédiaire des Juifs, au rituel des temples sémitiques )>. Ce qui est sûr, c'est que, pour les Sabaziastes comme pour les Juifs, le bon ange de chaque juste le conduit après la mort au séjour des bienheureux. Et l'on sait que les Juifs de Rome ont accueiUi dans une de leurs catacombes, à Prétextât, un prêtre de Sabazius qui s'appelait Vincent-.

^ Sur les Hypsistariens, voir Gruppe. 1603; Cumoni ; Hypsistos, dans le Supplément à la Revue de l'Instr. Piibl. en Belgique, 1897; les Sitzungib. de Berlin, 4 mars 1807 ■,Arch. R. W. IX. 323. Les progrès des Hypsistariens en Asie Mineure expliquent sans doute quelle se soit plus rapidement christianisée qu'aucun autre pays. On constate dans cette région au temps de Mithridate, et dans les pays que dominent les Séleucideshaïs, des rêves palingénésiaques, issus peut-être du Messianisme juif.

* Les Juifs avaient trois autres catacombes via Appia [vignes Randanini, Cinarra ; via Appia Pignatelli]. 11 y avait un autre cimetière juif, près Rome, au Monte Verde. — Gumont : Comptes rendus Acad. Inscrip., 9 février 1906, 284 ; Religions orientales

LE GNOSTICISME MAZDEEN 113

En Babylonie, d'autre part, se passaient, à ce quil semble, cl autres événements aussi curieux et d'une importance beaucoup plus grave : le Judaïsme suscitait une réforme profonde au sein de l'antique religion des Perses. De hardis patriotes rêvent de relever l'empire des Achéménides; et c'est sur la religion nationale ressuscitée qu'ils veulent appuyer le nouvel empire : la réforme mazdéenne prépare la restauration sassanide. Ils empruntent à Israël lidée dun livre canonique : l'Avesta répond à la Bible. Comme le Dieu des Juifs, le Dieu des Perses est créateur, spirituel et spécialement dieu du ciel. Ahriman rapelle fort Satan ; tous deux sont les chefs de l'armée du mal qui combat en ce monde l'œuvre de Dieu. Les anges mauvais et les anges bienfaisants jouent, ici et là, un grand rôle ; quelque.s-uns d'entre eux, d'une nature très abstraite, évoluent vers la dignité d'hypostase, ici la Sagesse et l'Esprit, là, la Pensée, la Justice, la Volonté, l'Humilité, l'Immortalité, la Santé. A la suite des Juifs, les Perses admettent les récompenses et les punitions après la mort, et même la résurrection corporelle; à leur suite encore, ils lient plus fortement qu'aucun peuple le dogme à la morale, et de l'initiative vertueuse et tenace font la condition nécessaire du triomphe de Dieu dans l'univers ^

danspaqan. rom.. Paris, 1907, 77-SO. — G. I. L., VI. 50; Sitzungsb. Akad. Berlin, 1897, :200. Sur certains bas-reliefs, Cybèle est associée au Dieu d'Israël [Graillot : Rev.Arch. 1904,1, 328, n° 7; Perdrizet : Bull. helL, 1899, 5981.

' Je suis, on le sait [voir tome I, 112-113. note], la théorie de Darmesteter et de Lagrange.

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