II
C'est en Babylonie qu'est né sans doute le Gnoslicisme mazdéen : les Juifs y étaient très influents, depuis le temps de la captivité, plus influents peut-être qu'à Alexandrie même^ On peut encore indiquer un pays et une ville où leur situation était très forte. La maison royale qui gouvernait l'Adiabène, aux confins de l'empire romain et de l'empire parlhe, embrassa la foi juive à la suite de la reine Hélène et de son fils Izate, au temps de l'empereur Claude - : nul doute quelle n'ait efficacement protégé en ces pays les adorateurs de iahvé; on les y voit, en effet, solidement implantés, ainsi qu'à Palmyre et à Nisibe. Bien mieux, à Rome même, ils sont très puissants. Dès 139 avant Jésus-Christ, leur prosélytisme y est constaté. La prise de Jérusalem par Pompée y jette une énorme quantité de prisonniers de guerre. D'abord esclaves, puis affranchis, ils se fixent au Trastevere^ Sénèque atteste leurs progrès * ; la plus liante société les accueille avec
* A Jérusalem, les envoyés de la communauté de Babylone ont le pas sur les autres. Comparer le Talmud de Babylone à celui de Jérusalem.
*Harnack : Missio7i, 1*, p. i, n. 2; Josèphe, Anliqu.,W, II, 1-5. et IV, 1-3.
^Philon : Légat, ad Caium, 23.
■'Gum intérim usque eo sceleratissimœ gentis consuetudo convaluil , ut per omnes iam terras recepta sit, victi victoribus leges dederunt... llli tamen causas ritus sui noverunt ; maior pars j)opuli facit, quod Cur faciat ignorât [cité par saint Augustin : Civ. Dei, VI, H ; voir Tertull : ad nat., I, 13, d après Batiffol : R. B., 1906, 207]. — Tacite connaît très bien les Juifs ; il les méprise et les hait. Voir Schùrcr, loco citato.
LES JUIts A RUME 115
faveur^ ; Josèphe raconte à son intention leur merveilleuse histoire- ; un empereur place clans son oratoire
*Poppée, la maîtresse de >'éron, était juive, ou affiliée au judaïsme. — Chassés "en 19, ils obtiennent en 41 un édit de tolérance.
-Josèphe [37-100-?], pharisien de Jérusalem, se retire au désert avec l'ermite Banous. En 63. il va défendre à Rome des prêtres juifs emprisonnés ; il réussit grâce à Poppée. Entraîné malgré lui dans la guerre contre Rome, il est pris par Vespasien et s'attache à sa fortune. Sa faveur auprès de Vespasien, de Titus et de Domitien ne se dément pas. C'est à la prière de Titus qu'il écrit la Guerre des Juifs en hébreu ; il la traduit en grec avec une aide étrangère : il charge complètement ses propres compatriotes. Son Antiquité juive., terminée en 94, a, pour nous, beaucoup plus d'intérêt : ces 20 livres d'histoire écrits à la prière du savant Epaphrodite s'ouvrent par le récit de la création et se poursuivent jusqu'en 66 après Jésus-Christ; ils veulent montrer aux Romains et aux Grecs que les Juifs sont un peuple plus ancien que les Grecs et les Romains ; ils visent à dissiper les préjugés qui s'attachent à Israël, à accroître son prestige, à répandre son influence. Plus précisément encore, tel est l'objet du Discours aux Grecs [Porphyre : de abstin., IV, 11. appelé aussi le Contre Apion] : il y réfute les attaques d'Apion. professeur à Rome au temps de Tibère et de Claude, d'Appollonios Molon et de Lysimaque qui attaquaient les lois juives. [Croiset : V, 434-445 ; 405. — Voir surtout Œuvres complètes de FI. Josèphe, trad. fr. sous la direction de Th. Reinach, I Antiq. Juive), Paris, 1900; le tome III iAntiq. Juive. XI-X1V> date de 1904 : et Kohout : Flavius Josephus, liidischer Krierj, Linz, 1901].
Josèphe eut des précurseurs, Demetrius, Artapan. Eupolemus. Noter dans IMacch., 12, 20-23 la curieuse lettre d'un roi de Sparte revendiquant pour les Spartiates l'honneur d'être frères des Juifs et enfants d'Abraham. Sur les inte-'polations juives des poètes grecs, voir Gnippe, 148.5, Schurer, III, 455; Bousset, 27: elles traitent de la création, du sabbat, du jugement, de la fin du monde. Le fauo: Hécatée, \e faux Aristée, le faux Aristoboule [prétendu précepteur de Ptolemée VII : ses Exégétiques prouvent que Orphée, Pythagore et Platon sont les élèves de Moïse] écrivent avant Philon : leur chronologie est très obscure. Bousset, 27-33. Tous ces écrivains sont des apologistes du Judaïsme.
la statue d'xVbraham à côté de celle d'Orphée. Les progrès de la propagande mosaïque sont révélés par l'inquiétude qu'elle suscite : Antonin le Pieux interdit aux Juifs, sous des peines sévères, de circoncire des étrangers et notamment leurs esclaves. Et cette défense fut renouvelée plusieurs fois : ce qui prouve qu'elle n'était guère observée. Chose curieuse et qui paraît bien attestée : après qu'un incendie eût détruit, au temps de Sylla, les livres Sibyllins conservés au Capitule, le Sénat, soucieux de les reconstituer envoya une mission en Asie; or, cette mission acheta les Oracles sybillins qu'écrivaient les poètes juifs ! Par ce canal encore, l'espérance messianique qui soulevait Israël se diffusa dans le monde. Suétone y fait une allusion très nette, et Virgile l'a chantée dans la plus fameuse de ses églogues :
IJltima Cumaei venit iam carminis aetas ; magnus ab intègre saeclorum nascitur ordo, iam redit et virgo, redeunt saturnia régna, jam nova progenies cœlo demittitur alto ^
' Virgile: IV'^ Eglogue. Voir aussi la fréquence des représenta-, tions d'Orphée dans les Catacombes [Heussner : Die aUchristlichen Orpheusdarstellungen, Cassel, 1893]. la légende qui fait d'Orphée un disciple de Moïse. Voir encore Suétone : Vespasien, 4. Percvebuerat Oriente tolo vêtus et constans opinio, esse in faits ut eo tempore Judsea profecti rerum potireniur. [Sal. Reinach : V Orphisme clans la iF» églogue de Virgile. Cultes, Myllies et Religions, II (1906), 66]. Voir Tacite: Ilist., V, 13 : Pluribiis persuasio inerat. . . ut valesceret Orieiis profectique Judsea, rerum polirentur. — L incendie du Capitole est de 83, l'ambassade à Erythrée de. 76.