INFLUENCE DES PAÏENS SUR LES JUIFS
Tous ces faits révèlent et l'ardeur religieuse qui enflamme les Juifs et l'action qu'il exercent : pleins de confiance dans les promesses que le Seigneur a faites à leurs pères, ils rêvent de lui conquérir le monde.
Mais, le plus souvent, les Juifs subissent lintluence du milieu qui les entoure. Si la vie religieuse de la communauté palestinienne témoigne parfois de l'action exercée à Jérusalem par iHellénisme, ne faut-il pas s'attendre à ce que, en pays grec, cette action se soit fait sentir avec plus de puissance encore ? Alexandrie était, avec Jérusalem et Babylone, le principal centre juif ; mais c'était aussi le cœur de la civilisation grecque. Là surtout les Juifs subirent son action.
Ils empruntèrent d'abord à leurs vainqueurs leur langue. Les relations de la vie quotidienne les y avaient conduils peu à peu et, à la longue, ils perdirent l'usage de l'idiome maternel ; ils en vinrent à ne plus comprendre leurs Livres saints. De là, la nécessité d'une traduction grecque de l'Ecriture. Dès la première moitié du iii^ siècle, au temps de Ptolémée II Philadelphe, on commença de s'attaquer au Pentateuque, et la Bible était traduite tout entière vers la fin du second siècle. C'est la version dite des Septante parce que, d'après une lettre apocryphe d'Aristée, soixante-douze interprètes] uifs, envoyés de Palestine en Egypte, auraient traduit le Pentateuque en soixantedouze jours, Cette légende atteste l'importance de cette
version ; on s'en servait au temps de Jésus ; c'est daprès elle que les Evan^^élistes et les Apôtres citent l'Ancien Testament ; d'autant que, pour nombre de prophéties messianiques, elle est plus explicite que le texte hébreu. — Cela même explique le discrédit où elle tomba bientôt; adoptée par les chrétiens, elle fut rejetée par les Juifs ; lun d'entre eux,' un prosélyte de Sinope, Aquila, fit donc, au temps d'Hadrien, une traduction nouvelle, dune exactitude qui frise la servilité; à la fin du ii^ siècle, Théodotion suivit son exemple, et, peu de temps après, l'ébionite Symmaque de Samarie^
* Sous Ptolémée II [284-247], le grec Aristée est censé écrire à son frère Philocrate : ce serait Demetrius de Phalère qui aurait poussé le roi à faire faire le travail. — On a traduit sans doute, d'abord la Loi, puis les Prophètes; en 130, une partie des Ketoubim était déjà traduite. Il y eut certainement j^eaucoup de traducteurs qui travaillèrent à des époques et dans des circonstances très différentes ; leurs textes hébraïques différaient parfois très grandement des nôtres [voir notamment [e papyrus Nash, R. B., 1904, 242], quant à la forme [Jérémie, Psaumes], et quant au fond [Job, Proverbes]. Les principaux mss. sont le Sina'iticus S, VALexandrinus A, le Vaticanus B, le CoLtonianus D, le Sarravianus G. le Coislinianus M, en tout 23 mss en onciales. Voir H. B Swele : Aîi inlrod. to the 0. T. in Greek. Cambridge. 1900: son édition des Septante, 3 vol. 1895-98; la publication en cours de Brooke et Mac Lean. On doit rappeler aussi les beaux travaux de Lagarde[1827-1891J. Pour plus de détails, voir Nestlé: article Septuagint, dans llastings. — Aquila passe pour avoir été l'élève du fameux rabbin Akiba : Irénée. Origène et Jérôme se sont servis de son livre. De fait. Théodotion a révisé les Septante : sa traduction de Daniel a supplanté chez les Grecs la version des Septante. La traduction dAquila était celle que préférait Jérôme.
Noter que les traductions grecques de la Bible, autant que les
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La langue grecque et le séjour en pays grec introduisirent parmi les Juifs les idées grecques.
Le rabbi qui se cache sous le nom de Qohéleth ' n'est pas infidèle à la foi de ses pères ; mais ce n'est pas
histoires d'Israël écrites en grec, servaient ses ambitions religieuses universalistes.
Le canonjuifde Palestine dont l'intégrité était garantie au I" siècle avant Jésus-Christ par la rivalité des Pharisiens et des Sadducéens, écartait Tobit. Judith, les Macch.. Eccli, Sagesse, Barach. l'épitre de Jérémie. certaines additions faites à Estlievet à Daniel. Lusage alexandrin accueillait ces livres, ils furent traduits dans les Septante. Car les Alexandrins se formaient de l'inspiration une idée plus large que les Palestiniens : leur notion de prophète était très élastique (Philon n'hésite pas à se dire inspiréi, ils effacent toute distinction entre les Prophètes et les ilagiographes [Loisy, op. cit.]. — Noter que l'usage palestinien ne saurait faire loi : il exclut Eccli, il reflète les tendances étroites des Pharisiens qui s'épanouiront dans le Talmud. Pour nous, le Judaïsme authentique est celui qui reste fidèle à l'esprit universaliste des Prophètes : je le retrouve chez les Pharisiens de l'aile gauche [Hillel et GamaUel], surtout parmi les amis du Siracide et même chez les Alexandrins. On peut dire que le Christianisme, épanouissement du lahvéisme de Moïse et des Prophètes, se rattache directement, non pas aux Pharisiens ni aux Sadducéens, mais au groupe plus restreint d'où procèdent les livres sapientiaux. (Ne juge-t-on pas trop les Sadducéens comme le pharisien Josèphe? Voir Hôlscher].
' Le mot hébreu Qohéleth asiun participe actif féminin du verbe qui signifie convoquer, ou présider, ou haranguer une assemblée : il y a sans doute là-dessous quelque combinaison de lettres qui signifie Salomon [Gautier, II, 'lib]. Le livre a été écrit en hébreu, dans des mètres variés, vers l'an 2ûu avant J.-C. Noter que l'auteur écarte la doctrine de l'immortalité de l'àme [3, 21] ; voir contra, Condamin. R. B., 1899. 497 et 19Û0. 30, 354. Voir aussi Zapletal : Diemetrik des Bûches Koheleth, Fribourg, 1904: das Buch Koheleth, Fribourg, 19U5. — Le dualisme de Qohéleth est si sensible, que beaucoup [Siegfried, Mac Neile, HauptJ ont vu dans son livre une compilation. La majorité des historiens tient pour l'unité d'auteur.
quil ignore les doctrines étrangères ! Il les a lues, il s'en ressent, et il s'en méfie. « A quoi bon la vie? », telle est la question qui toujours revient à sa'pensée, après qu'il a jeté un coup sur le monde et sur l'histoire : partout triomphe le mal. «Vanités des vanités, dit-il, tout est vanité. » Le monde est mystère. « Ce qui a été, c'est ce qui sera, il n"y a rien de nouveau sous 'le soleil. )> « Le sage et l'insensé... ont Tun et l'autre un même sort. » « Si tu vois le droit et la justice violés, ne t'en étonne point. » « J'ai trouvé les morts, qui sont déjà morts, plus heureux que les vivants qui sont encore vivants, et, plus heureux que les uns et les autres, celui qui n'est pas encore arrivé à l'existence, qui n'a pas vu les mauvaises actions qui se commettent sous le soleil. » Aussi la sagesse est-elle double : « il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de manger et de boire, se réjouir et se donner du bien-être au milieu de son travail : c'est là un don de Dieu » ; et puis, il faut craindre Dieu : « le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu. » Qoheleth juxtapose dans un pessimisme résigné le scepticisme grec et la foi juive. Le pseudo-Salomon, qui écrit le livre de la Sagesse ^
* 11 se divise en trois parties : 1-5. c'est une exhortation à l'amour de la justice : les souffrances des justes seront compensées par leur bonheur après la mort ; l'auteur proclame l'àme immortelle ; 6-9, éloge de la Sagesse, conçue presque comme une hypostase ; 10-19, résumé de l'histoire d'Israël montrant les bienfaits de la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu. — L'auteur anonyme écrivait en grec, peut-être vers HO avant .T.-C. 11 s'inspire des Proverbes, de V Ecclésiastique et vise probablement Qoheleth. Voir Grimm : Kurzgef exeg. Handb. : La-