PSEUDO-SALOMON
rappelle davantage les Prophètes et le Siracide. Linsistance qu'il met à attaquer lidolàtrie et à montrer que « Dieu a toujours fait grandir, toujours exalté son peuple, qu'il n'a jamais détourné de lui sa face, qu'en tout temps et en tout lieu il a été son souverain » témoigne très nettement de la douleur qu'il éprouve à voir tant de consciences juives étouffées par l'esprit païen, et la crainte qu'il ressent à la pensée que ces apostasies peuvent se multiplier encore : nous nous souvenons d'Esther et Judith. Et la forme dont l'auteur revêt ses idées/et parfois ces idées elles-mêmes, montrent qu'il subit cette influence dont il veut préserver ses frères. Il traduit en un langage philosophique et abstrait leurs croyances concrètes ; ses exhortations au bien deviennent de véritables dissertations morales. A la suite des Platoniciens, il insiste sur l'opposition du corps et de l'àme. Il leur emprunte^ la notion des quatre vertus cardinales. 11 se plaît à énumérer quelques-unes des sciences dont les Grecs tirent vanité. Si l'on ne peut dire qu'il admette une matière coéternelle à Dieu, encore doit-on reconnaître que, à l'entendre, c'est d'une matière amorphe que Dieu tire le monde. Cependant, tout imbu qu'il soit d'une remarquable culture grecque, c'est la pure doctrine juive qu'il enseigne. Ilinsiste sur le caractère tran-
grange : Le livre de la Sagesse, R. B., liJOT, 85 et Feldmann : Textkritische Materialen zum Buch der Weisheit... Fribourg, 1902 : Maries, dans R. B. 1908, 241.
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sitoire des souffrances qu'éprouvent les justes ici-bas^ et sur l'éternité des récompenses qu'ils goûteront dans l'autre vie -. Il prêche surtout, sans nommer explicitement le Messie, que les jours de Tidolàtrie sont comptés ^ : la Loi de Moïse sera la lumière du monde; la« visite )>* de Dieu est proche ; les Saints de lahvé reviendront sur terre pour le grand jugement; et par eux Dieu régnera, et les méchants seront détruits. Israël triomphera dans l'éternité.
' Dieu veut éprouver le juste : c'est la clef du problème du mal, 4, 17; 2. 22. — Dieu a créé l'homme pour l'immortalité. 2. 24; 6, 17-2U; aimer la sagesse, pratiquer la justice, c'est acquérir en fait l'immortalité que nous a fait perdre le diable. Pour le juste, la mort n'est qu'un épisode, une apparence, 3, 1-3; 5. 15-16, — Les méchants sont morts (à la vie divine), et souffrent dans l'Hadès, 1, M ; 4. 19. — L'auteur ne dit rien explicitement quant à la résurrection, mais l'admet implicitement. 16, 13-14.
' Ils vivront alors dans « le royaume de Dieu » [10, 10] que l'ange montrait à Jacob fuyant devant Esaû.
^ 14, 11-14 : « Les idoles des nations seront visitées..., leur fin prochaine est décrétée. » — Le tableau des souffrances du juste [2, 12J a été souvent entendu du Messie par les chrétiens.
* L'auteur vise, outre le jugement individuel qui suit la mort, un jugement suprême du monde par les Saints de Dieu : c'est là la visite, i-ir/orr;, hébr. pâqad. Voir 14, 11 : 19, 15; 3, 7-8. « Au temps de leur récompense ils brilleront..., ils jugeront des nations et domineront des peuples, et le Seigneur régnera sur eux dans les siècles »; 5, 1 ; 5, 16; 6, 20-21. BaJcÀc-.ov et {îa^t- ).z>.a. ne désignent ni le royaume, comme territoire, ni une révolution complète et brusque : « Dieu, qui règne dans le ciel et sur la terre, régnera spécialement sur les justes admis auprès de lui et les associera à son règne » ; ils régneront avec lui sur les nations [d'après Lagrange].
Les oracles sibyllins attestent aussi la survie de ces idées dans les juivcries de la dispersion. « Leur plus ancien auteur connaît les maux qui doivent précéder la fin du monde et la venue du Messie [III. 796-8U6 ; 032-651], le règne de ce Messie
LE GXOSTICISME ÉGYPTIEN 123
Il faut dire enfin que, clans certaines âmes, la combinaison de l'Hellénisme et du Judaïsme se fait plus complète encore. Tout un parti s'organise et pousse Israël, plus hardiment que ne voudrait le gros des croyants, dans les voies de l'universalisme et de l'allégorie. Le privilège du Temple est aboli : à Eléphantine, à Leontopolis, d'autres temples se dressent où les sacrifices sont offerts au Seigneur. L'autorité de la Loi est, ou formellement contestée, ou indirectement combattue : quelques-uns n'hésitent même pas à rejeter la circoncision et les sacrifices. Il faut ajouter enfin qu'une révolution rituelle ne suffit pas à beaucoup de Juifs : la doctrine elle-même est transformée par eux. Comme leurs frères dans la foi, comme les Païens
victorieux et pacificateur [III, 652-660], la ligue formée contre lui et son peuple [III, 660-66S], l'écrasement de ses ennemis par Dieu même [III, 669-697] et la domination éternelle du Messie [? III, 767-784, 712-731, 744-7.58]. » Cette partie du III« livre [III, 97-294 et 489-rin] date sans doute de 166 et vient d'Egypte [d'après R. Harris, Hastings, E. V]. [Le reste de ces poèmes incohérents et obscurs date de l'époque chrétienne. Voir les éditions d'Alexandre, Paris. 1860 et de Rzach, Leipzig, 1891 : et Geffcken : Komposition und Entstehungszeit der Oracula Sibyllina.Texle und Unt. N. F., YIII, 1]. Le poète juif utilisait des livres sibyllins païens, babyloniens ou persiques, écrits vers 200 : il croyait que ces poèmes païens étaient inspirés de Dieu, au même titre que les prophètes juifs [Une sibylle païenne était censée une prophétesse révélant, oralement ou par écrit, les arrêts du Destin : neuf livres sibyllins, dit une légende romaine, avaient été offerts à Tarquin le Jeune par la Sibylle de Cumes : en raison de leur cherté, il n'en acheta que trois, lesquels furent conservés au temple du Gapitole par les AT viri sacris faciundis, voir tome I, p. 164]. Voir supra, p. 116, l'incendie de 83, et l'ambassade de Gatulus en 76. Auguste les fit placer dans le temple d'Apollon Palatin. Yarron connaissait 10 Sibylles, Platon une.
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aussi, ils développent solidairement les deux théories du Dieu transcendant, de plus en plus inaccessible à Ihomme, et des Médiateurs célestes organes de l'action divine : ils voient dans les Anges, dans certains patriarches — tel, Seth ou Melchisédech — des incarnations de ces Médiateurs, et ils leur attribuent la création du monde et la promulgation de la Loi et la dignité messianique. Ceux qui vont jusqu'à rejeter complètement la Loi sont amenés par là à rejeter le Seigneur et donc à vénérer ses ennemis, le Serpent qui trompa Adam, ou Caïn, le meurtrier d'Abel! Caïn, le Serpent sont regardés par quelques-uns comme les incarnations de la Sagesse supérieure qui, du haut des cieux, réo-it les mondes^ !
' Le parti pharisien légaliste hait ce parti universaliste, les Minim, comme il les appelle ; il le personnifie en Déliai, l'adversaire du Messie; « comme l'Antéchrist devait en tout prendre le contre-pied du Christ, et qu'une légende faisait sortir le Messie de la tribu de Dan, on attribua à cette tribu la honte de produire Bélial. » L'Antéchrist est conçu comme un roi ennemi du Christ [Daniel], comme un faux prophète [SibylL], ou comme une force impersonnelle [Hénoch, Baruch].
L'existence de deux partis juifs ennemis au sein de la Diaspora, l'un particulariste, l'autre universaliste, est attestée par Eusèbe; Praep. Ev., VU, 10 ; Philon : de Migrât. Abv. M., I, 450; Eccli., 3, 20-1^4. Voir aussi la soudaineté des hérésies chrétiennes, d'après Ilègésippe, dans Eusèbe; H. E., III, 32, 7-8; et Saint Paul : I Cor., 11, 18-19 : Origène : Cont. Cels., 111, 11 ; voir encore ce que nous savons d'Apollos et de l'épître du pseudo-Barnabe, et des llypsistariens, et des temples juifs de Léontopolis et d'Eléphantine [Clermont-Ganneau iJéhovah à Eléphanline. Revue Archéol., novembre 1907, 432; Desnoyers, dans le Bulletin de Toulouse, mai 1907 et Lagrange dans R. B. 1908, 260 : le temple d'Eléphantine est attesté, du reste, dès l'époque