‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 52 sur 108 · PHILON · texte numérisé non relu

PHILON

Mais c'est dans les ouvrages de Philon que la pensée judéo-grecque nous est le plus accessible. Philon est né à Alexandrie vingt ans environ avant Jésus ; il est mort quelque vingt ans après lui. Il est possible qu il en ait entendu parler. Son effort ne tend à rien moins qu'à réaliser l'œuvre qu'a été l'œuvre chrétienne : attirer les Païens au vrai Dieu, le Dieu de Moïse, organiser un système spéculatif aussi exact

perse]; la Maasch Bereschith et la Maassch-Merkaba Trledlànder : op. laïuL, 46].

Les iiniversalistes les plus hardis conservent, semble-t-il, le sabbat, les repas en commun, les purifications : leurs spéculations portent de préférence sur la cosmologie et la théosophie : leur enseignement a un caractère ésotérique.

Les diverses sectes judéo-païennes antinomistes qui sont connues sont : les Sybillisles [Orac. SybilL, IV : Origène : Contra Celsum. Y, 61 : Hermas : Past., Vis. II, 4. 1 et II, 11] : les Génistes. Meristes, Hellenianistes [Sainl Justin : Dial. Conlra Tryph., 80 ; Origène : Contra Gels., V, 61] ; les Galiléens, les Hérnérobaplistes, les -Va.sôo^/ieens [Hégésippe, dans Eusèbe : H. E., IV, 22, 7]; leâ Ophites. les Cainifes et les Sét/utes [Irénée, I, 30-31 ; Philastre, 1-3 : Épiphane : Pan, 36, 39, ; Augustin : Hseres, 18 ; Théodoret, I, 14-15; Philon : de cher., I, 150; de sacrif., I, 163; de poster., 232-235. Friedlander : Vorchr. jud. Gnost., 19-23]; les Melchisédéchiens [Epiphane, 55 : Ps.-TertuUien, 48 : Philastre, 52, 148; Augustin, 34 ; Théodoret, II, 6 ; Epitre aux Hébreux. 2, 16 ; 5, 11 ; Philon : Leq. Alleg., I, 102].

Rabbi lohanan ben Saccaï [vers 50 de notre ère], maître de Eleasar ben Aroch, se rattache à l'école de Hillel,, connaît la Merkaba et cherche à en restreindre la diffusion [Friedlander, 46 et sq. ; lerusch. Chagiga, 77 a.].

Nous nous inspirons ici des travaux de Friedlander ; ZarEntstehungsgeschichle des Christenthums, \Vien., 1894 ; Der vorchristliche jildische Gnosticismus, 1898, Gôttingen ; Der Antichrist..., 1901 : Griechische Philosophie im A. T., 1904. — Voir R. B., 1903, 454; 1905, 632. Ils ont été attaqués, à tort croyonsnous, notamment par Travers Herford : Christianify in Tcilmud and Midrasch, London, 1903.

que possible, mais montrer que la science n'est rien auprès de 1 amour. Il y a dans le Philonisme comme un essai de Christianisme sans Jésus-Christ. Il convient de s'y arrêtera

Les sens nous trompent, dit Philon ; la raison ne donne aucune certitude complète; toute connaissance sûre repose sur une illumination dans la foi que riiomme reçoit de Dieu. L'organe de cette révélation est Moïse, grâce auquel les prêtres juifs sont arrivés facilement à la philosophie vraie, et de qui dépendent aussi Pythagore, Platon, Aristote et tous les autres. L'objet de la Révélation, partant de la philosophie, c'est Dieu : comme tout changement enveloppe une imperfection. Dieu est absolument immuable; il est, nous le savons ; mais nous ne savons pas ce qu'il est, il est pour nous inconcevable et ineffable-. L'absoluité de Dieu étant absolue, Dieu ne peut supporter aucun rapport avec qui que ce soit : c'est pourquoi les choses ne sont pas o'/aO-oC. — Que sont les choses? Imparfaites et limitées, elles ont leur principe dans la matière.

* J. Réville : La doctrine du Logos dans le /F« Evangile et dans les œuvres de Philon, Paris, 1881 ; Lebreton, dans les Etudes. l'JOS : Zeller, 111, 2, 2h3 : Aal : Gescldclite der Logosidee, lS'J6-99, 2 vol. ; Driimmond : Philo judaeus, 2 vol. ; Jules Martin : Philon, Paris, 1907 ; Bréhier : Les idées philosop/iigues et religieuses de Philon, Paris, 1908; Bois : Origines de la philosophie judéo-alexandrine. Toulouse, 1890. Voir la bibliographie complète dans Schiirer, 111, 544. — Les citations viennent de Réville : le IV^ Evangile, Paris. 1900, 84-89. Je suis ici, en général, sa description du Philonisme, type représentatif du gnosticisme alexandrin antéchrètien.

- Philon affirme même qu'il est sans propriété, ariooo;.

DIEU D APRES PHILOX 127

Mais qu'est-ce que la matière ?Ici la pensée de Philon flotte. Tantôt, pour lui, « elle n'est rien; elle n'a pas d'existence propre ; elle est la négation de l'être (ar, ûv), le néant, comme Dieu est l'être au sens absolu. En effet, la matière est ce qui reste lorsqu'on dépouille les choses de toutes leurs formes, attributs, propriétés, de tout ce qui est intelligible : ce qui est au-dessous de toute détermination comme Dieu est au-dessus de toute détermination ». Tantôt, Philon modèle ses conceptions sur celles des Stoïciens et des Physiciens antiques et conçoit la matière comme un composé de principes purement physiques.

Quel est le rapport de Dieu au monde ? Philon conçoit une série d'êtres intermédiaires qui les relient lun à l'autre, êtres distincts de Dieu, émanés de Dieu, en sorte que leur action dans le monde imparfait ne diminue pas la majesté divine par des compromissions incompatibles avec sa nature, êtres qui sont néanmoins les agents de Dieu, les interprètes de sa pensée, les organes de sa volonté, en sorte que la création et le gouvernement du monde restent exclusivement l'ceuvre de Dieu. Mais ici encore sa pensée flotte : tantôt ces êtres intermédiaires sont à ses yeux les attributs de Dieu séparés par abstraction de son essence, des idées de Dieu séparées de l'intelligence divine qui les a conçues, telles que sa Parole et sa Raison, sa Bonté et sa Puissance, sa Sagesse et son Esprit; tantôt ces abstractions prennent un caractère si individuel que leur nature s'efface et que Ion se

trouve en présence de curieuses personnalités divines. Dieu a créé le monde par sa parole, enseigne l'Écriture. A la suite de beaucoup d'Alexandrins S Philon identifie cette Parole mystérieuse avec le AVrbe du Néo-Pythagorisme. Mais tantôt il nous montre en elle l'expression de la Raison Divine ; tantôt il nous y fait voir l'agent par excellence de Dieu, et plus il rapporte au Verbe le gouvernement du monde - par Dieu,

* Arisloboule ('?) écrit : « le Verbe ancien luit dans le monde; mais il subsiste par soi et tout subsiste par lui : il circule partout, et, si aucun des mortels ne le voit, lui nous voit tous deux. » Ezéchiel le tragique montre que c'est le Verbe de Dieu qui apparut à ^loïse dans le buisson ardent. [Eusèbe : Praep. Ev. XIII. 42, 5. P. G. 21, 740. Tixeront : Histoire des dogmes, I, 1905,

00, et Lebreton : Etudes, 106. 317-318]. En Palestine, la même théorie [la Memra = la Parole de Dieu] se répand, venant évidemment d'Alexandrie.

Cette identification de la Parole créatrice de la Genèse avec le Verbe des Platoniciens peut avoir été facilitée par deux faits : 1° Les textes bibliques mettent la Sagesse de Dieu en rapport avec le Verbe de Dieu : V Ecclésiastique [24, 3] fait sortir la sagesse de la bouche du Très-Haut, comme en sort une parole ; il voit [1, 5] dans la sagesse la raison de Dieu et sa parole; la création est attribuée à la Sagesse et à la Parole de Dieu [Ps. 33. 6 ; 147, lo ; 148. 4. — EccL, 42, 13. — Sag. 9. 1-2 et 18, 13. — Gen.,

1, 3-24]; la Sapientia Salomonis semble identifier une fois (18, 45] la Sophia et le Logos. — 2" Les gnostiques alexandrins assimilant aux anges du Judaïsme les logoi stoïco-platoniciens, il était naturel que VAnge du Seigneur s'appelât le Logos. Cf. De so/nniis, I, 628 : àOavaTO-.!; 16^(o:^, o'jç xaXcïv l'Oo; à^(^iXo'j^..., et De gigantibus, I, 263 : ou; à'ÀÀot cp'.Àoo-ocpoi oa(|j.ova?, àyyiXo^<; Mco'Ja-^<; e-.'mOev ôvoiaz^E'-v. — Voir l'étude de Ilackspill : R. B., 1002, 38, et Smend : Alttestanient lleligionsgescli., 1809, p. 83 et

- Le Verbe est alors, tantôt le représentant de Dieu vis-à-vis du monde, tantôt l'archétype de l'homme et le représentant du monde vis-à-vis de Dieu. « L'homme a été créé à l'image... du

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