‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 53 sur 108 · LE VERBE D APRES PHILOX · texte numérisé non relu

LE VERBE D APRES PHILOX

plus aussi il semble transférer sur ce Verbe le caractère personnel inhérent au Dieu du Judaïsme, surtout lorsque le Verbe agit comme organe des relations de Dieu avec les hommes, comme révélateur et dispensateur de la vie morale.

« Sous mille formes diverses, Philon revient sans cesse sur l'activité du Verbe dans le monde moral. Il est le seul vrai bien et il est linspirateur du bien ; il est la loi de Dieu et il est le législateur. Il est l'éducateur des hommes et il les conduit à Dieu. Il est la honte bienfaisante, le remords correcteur qui éclaire et guérit les âmes ; il fait boire la vertu aux âmes et il les nourrit ; il les initie à la vie supérieure, les appelle à la perfection, leur procure le salut. Il est le portevoix, le messager, le serviteur de l'Eternel, Tarcliange, le chef des anges. Il est le berger de Tàme. Il est l'intercesseur des hommes auprès de Dieu et le délégué de Dieu auprès des hommes. Il est saint et pur. Il ne peut avoir part à aucun péché. Dieu habite en lui. Il est le fds premier-né de Dieu. Il est le prince de la paix, de la paix véritable, celle du sage, différente de celle que procure le monde. Auprès de lui se trouve la vie éternelle «.

Verbe » [Quaest. et solut. in Gen.. I, 41. le Verbe est le grand prêtre, le suppliant du monde, às/'.£SEj^, •xi-T,;:. iTixeront, I, 55]. —Voir aussi Martin : Philon, 1^9, et 49-67 ; Lebreton : loco citato. Noter que Philon a la manie de la personnification : il ne semble pas que, au fond, son Verbe soit une personne à part de Dieu : c'est plutôt Dieu, en tant qu'il agit à l'égard des hommes, et donc en tant qu'il se révèle.

La morale de Pliilon n'est pas moins intéressante que sa théorie du Verbe. Fondée tout entière sur une opposition radicale de la chair et de lesprit, elle « pousse le mépris du monde jusqu'au pessimisme, le mépris de la chair jusqu'à la mutilation.Philon a de 1 universel péché une conception qui sera dépassée, mais qui n'en eût pas moins donné le frisson à un Hellène. La chute et la génération sont pour lui une seule et même chose, ce qui explique l'intinie propagation du mal. La femme est l'élément sensible qui perd l'homme. La moralité consiste à défaire l'œuvre du péché, c'est-à-dire à dégager l'àme du corps qui est un tombeau ^ » — Il y a même quelques passages où Philon semble approcher de l'Evangile. La vertu ascétique, telle qu'il la conçoit, n'est que le commencement de la vertu. « C est une vertu d'enfants. 11 faut que l'idée de Dieu et de son service s'ajoute à elle et lui donne phi? de ])rix. « Les vertus sont bonnes en c( elles-mêmes ; mais elles sont meilleures si on les c( pratique pour honorer Dieu ». Croire devient le premier des devoirs, l'incrédulité le pire des crimes. Et pourtant Dieu est maître de faire pleuvoir sa grâce où il veut. Nous ne sommes pas les auteurs de nos bonnes

' Thamin : Saint Ambroise et la morale chrétienne au IV" siècle, Paris, 4895, p. o6-o7. Et saint-Paul dit au même moment : « Selon a riiomme intérieur, je me complais dans la loi de Dieu; mais « je sens une autre loi qui combat contre lesprit et qui me tient « captif sous la loi du péché qui est dans mes membres... Je ' suis moi-même soumis à la loi de Dieu par l'esprit et a la loi (' du péché par la chair. » {Rom. 7, 2i-5o).

Page 1