‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 55 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Hérode régnait encore. Il n'avait plus que peu de temps à vivre lorsque, au moment d'offrir Tencens devant l'autel de lahvé, un vieux prêtre juif, du nom de Zacharie, eut une vision : un iils lui était annoncé qui serait grand devant le Seigneur, qui marcherait devant lui dans l'esprit et la vertu d'Elie afin de lui préparer son peuple. Six mois après, l'ange Gabriel venait sur terre, dans une ville de Galilée appelée Nazareth ; il saluait une vierge, fiancée à un artisan

^ Sur le Nouveau Testament en général, consulter :

a) Editions et critique textuelle : G. Tischendorf : N. T. graece. 1841, 8« éd. major critica 1869-72; Wcstcottand Hort : The N. T. inihe original greek,C-dm\)vi(\ge,'[S\)o ; Nestlé: .V. T. gi-aece.SUiHgart, 3« éd. 1901 ; l'œuvre fondamentale, en cours, de von Soden : Die SchriftendesN. T.inihrer altesten erreichbaren Texlgestall... Berlin, depuis 1902; Scrivener: A plain introduction lo the criticism of the X. T., 4« éd. 1894; Gregory : Textcrilik des N. T., Leipzig, depuis 1900 : Martin ; Introductionà la critique textuelle du N. T., Paris, 6 vol. 1883-85: Kenyon : Ihnulboo/c to the lextual criticism of theN. ï'.,190i, Londres.

b) Langue : Viteau : Etude sur le grec du N. T... Paris, 1893-9G, 2 vol. et dans Vigouroux. III, 312 : Thayer, dans Hastings, IIL 36 ; Hauck, V, 627: Blass : Grammatik. des neuf est. Griechisch. Gottingen, 1896 : Arnaud: Essai sur le caractère de la langue grecque du N. T., Montauban, 1899 ; Neslle : F.inleitung in das griechische N. T., Gottingen, 1891 ; Green ; Handbouk to the gram-

nommé Joseph, de la maison de David : le nom de cette vierge était Marie. « Tu vas concevoir, lui dit-il, (( et tu enfanteras un fils, tu le nommeras Jésus, le « Seigneur sauvé. Il sera grand et on l'appellera Fils du « Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de « David son père, et il régnera éternellement sur la c( maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »

mar of the greeck T., 2« éd., 1901, New- York; Bruder : Concordantiae omnium vocum N. T. grseci, Gôtlingen, o« éd., 1900.

ci Histoire littéraire : Jacquier : Histoire des livres du X. T. Paris, depuis 1903, 2 vol. parus; Yigouroux : Manuel biblique. 10* éd. ; H. .1. Hoitzmann : Lehrbuch der hist. krit. Einleitung in das X. T., 3^ éd.. 1897 ; Jïilicher : Einleitung in das X. r.,Tubingen. 4« éd., 1901 ;Zahn : Einl. in das X. T., 19ij0, 2' éd., Leipzig: Belser Einl. in das X. T., Fribourg, 19U1 ; Harnack : Geschichte der altchrist. Litieratur bis Eusebius, Leipzig, 189", 3 vol. ; F. Godet: Introduction auX. T., Neuchatel, depuis 1893, 2, vol. parus. Voir encore les Einleit. de Kaulcn, Schanz, Trenkle. Schilfer, B. Weiss.

d) Histoire doctrinale : Schiirer : Die Predigt Jesu CJirisfi in ilirem Verhultiiiss zum Alten Testam. und zum Judentum, 1882: B. W'eis : Lehrbuch der biblischen Tfieol. desX. T., Berlin, 1888, ;> éd. ; H. Iulius Hoitzmann : Ldirbuch der neut. Théologie, 1897, 2 vol.. Leipzig ; Bovon : Théologie du X. T., 2« éd., Lausanne, 1902; Stevens : The Theology oftheX. T. Edinburgh. 1889; Jiilicher : Jésus und Paulus. Tubingen, 1907 ; Tixeront : Histoire des dogmes, I, 1903. — Consulter encore Sabalier dans Lichtemberger, XII : Reuss : Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, 3^ éd., 1864, Paris ; Harnack : Lehrbuch der Dogmengeschichte 1, 1888, Freiburg. 2* éd.

ei Commentaires de Reuss, Paris, 1871-79 ; de Driver, Plummeret Briggs, Edinburgh. depuis 1895 ; de Cornély, Knabenbauer et Hunimelauer, Paris, depuis 188.5; de Crampon, Paris, 1899-1902; de H.-J. Hoitzmann, Lipsius, von Soden, Fribourg. 189:2, 2» éd. ; de B. \\'eis5, Leipzig 1902.

Hasting, Selbie et Lambert viennent de publier A Dictionnary of Christ and the Gospels, Edinburg, 1908, 2 vol.

Voir tome I, p. 1-13, les ouvrages généraux.

Sur les divers livres duN. ï. voir infra, passim.

Et Marie dit à l'ange : a Gomment cela se fera-t-il, « puisque je ne connais point d'homme ? » Bit l'ange lui répondit : « Le Saint-Esprit surviendra en toi et la « vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre : c'est « pour cela même que le saint Enfant sera dit Fils de « Dieu. Et voici que la femn^e de Zacharie, Elisabeth, « ta parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieil- (( lesse; et celle qui était appelée stérile en est à son « sixième mois ; car rien n'est impossible à Dieu. » Et Marie dit : « Voici la servante du Seigneur. Qu'il m'ar- « rive suivant sa parole ! »

En effet, après qu'Elisabeth a mis au monde un fils qu'elle appelle Jean, la Vierge Marie est délivrée à son tour : Jésus naît à Bethléem, dans l'étable d'une maison particulière. Elle était venue de Nazareth, en quatre jours, avec Joseph, afin de se faire enregistrer, au moment où Auguste faisait dresser un état de son empire. — Et les bergers et les mages Ghaldéens, miraculeusement avertis, viennent adorer dans sa crèche le Messie naissant ; et Marie le fait circoncire; et quarante jours après, ainsi que le prescrit la Loi, elle va à Jérusalem présenter son enfant au Seigneur, sacrifier, à défaut d'un agneau, une paire de tourterelles. C'est là que le vieillard Siméon et la prophétosse Anne, tille de Phanuel, bénissent Dieu qui prépare la lumière pour éclairer les nations et glorifier Israël. Mais revenue à Nazareth, la sainte famille doit précipitamment s'enfuir : Hérode a entendu parler du Messie qui vient de naître ; il tremble pour son trône,

il fait égorger tous les enfants de moins de deux ans. Massacre inutile : comme Israël, Jésus est sauvé par Dieu en Egypte. Il revient bientôt à Nazareth avec ses parents, après la mort du tyran '.

* Ces récits, propres à Mt.. 1-2 et à Luc, 1, 0-2 [voiraussi 3, -B- 37] constituent VEvanfjile de l'Enfance : des problèmes qu'ils soulèvent, il en est qui relèvent de la métaphysique [existence d'anges ; parthénogenèse] : Thistorien les ignore. — Au point de vue historique, le récit de la conception virginale mérite confiance : lo Mt. et Luc, qui se contredisent souvent et utilisent des traditions certainement divergentes, s'accordent ici ; 2" Luc utilise certainement une source écrite araméenne datant de 50 environ et ninvente rien ; or, il est certain que l'idée de génération divine est familière aux Grecs, quasi inconnue chez les Juifs; le récit de Luc, comme celui de Mt.. fait du reste un saisissant contraste avec tous nos apocryphes : > Marc et Jean favorisent nettement la croyance à la conception virginale [Me. 6, 3, écrit le fils de Marie : cf. Mt., 13, 55: Luc, 4, 22. - L'ancienne version du prologue de saint Jean marquait fortement que Jésus est né, « non du vouloir de la chair..., mais de Dieu. » Loisy : Le IV^ Ev. p. 166]; 4» si Paul ne l'atteste pas, jamais il ne la combat, et Luc est son disciple ; 5« à la fin du i^'' siècle, saint Ignace professe formellement la virginité de ^Marie [Ephes., 19 ; voir Smyrn. I; Tral., I], et toute la tradition postérieure lui fait écho ; Q" la négation de Cérinthe s'appuie non sur une tradition, mais sur une doctrine philosophique: '" le texte du ms. syriaque du Sinai, qui dit: a Joseph... engendra Jésus » est isolé ; il reproduit sans doute un document officiel : il est clair que Jésus fut enregistré sur les registres de l'empire romain comme fils de Joseph. — L'explication la plus satisfaisante de nos textes est une communication de Marie à ses amies (Jeanne, femme de Chuza* et aux Douze. — Voir Rose : Etudes surlesEvanqiles.l^Qd., 1902, 39; Lagrange : Lerécitde l'enfance dans Luc.R. B., 1S95: Gore : Dissertation on suhjects connected icithfhe Incarnation, 18U6 ; Resch : Das Kindschaftsevangeliam nach Mt. undLc, 1897: Lobstein : Le Dogme de la naissance miraculeuse du Christ [Revue de théol. et de phil. de Lausanne, mai 1890] ; Harnack et Hilgenfeld dans Ztft. neutest. Wiss., 1901, 53, 184. 222, 313: Hofmann : Das Leben Jesu nach den Apocryphen, 1851. Leipzig ; Bovon : Théologie du .V. T., I, 2» éd., 214; et Holtzmann : Lehrbuch derneutestament-

Et l'enfant grandissait, et il se fortiliait, et la grâce de Dieu était en lui. Comme son corps, son àme se développe : à Jérusalem, où il a accompagné ses parents attirés par la Pàque, il émerveille les docteurs par la sagesse de ses réponses; et lorsque sa mère

lichen Théologie^ I, 1897, 409. Sur les polémiques' récentes, voir Revue des Sciences philosophiques et Ihéologiques, 1908. 174.

La généalogie de Jésus d'après Mt.. 1, 1-17 ditTère presque complètement de la généalogie de Jésus d'après Luc. 3, 23-37. Ce problème très famcu.x [lùisèbe. H. K.. 1,7] n'a jamais été résolu. Il est seulement certain que les deu.x généalogies ont le même but et aboutissent à la même conclusion : Jésus est le Messie parce que fils de David, puisque fils de Joseph [Noter que cette donnée très ferme n'exclut nulIcFiient la conception miraculeuse : les idées des Anciens en général et des Sémites en particulier touchant les droits et les pouvoirs du père ne les rattachaient nullement au fait de la génération physique : la filiation légale, le litre juridi(pie de fils en sont indépendants. Chez les Juifs, un neveu est ^ensé le fils de son oncle, R. B. 1907, 448. Lt il est clair, que, ici, Luc et Mt. croient à la conception virginale]. Les deu.x généalogies sont deux démonstrations i)arallèles delà messianité de Jésus. Voir Vogt : Der Slammhauin Christi bei den h. Ev. Mt und L., Freiburg, 1907.

Jésus est né sans doute l'an 748 de Rome, deux ans avant la mort d'IIérode [mars-avril 750] [Denys le Petit s'est trompé de six ans en datant de 75i la naissance de Jésus et le début de notre ère] : C. Sentius Salurninus était légat de Syrie; P. Sulpicius Quirinius commandait larmée romaine chargée de coml)attre les Ilomonades [il les vainquit, obtint le triomphe et fut nommé, peut-être en récompense, légat de Syrie en 759]: on opérait alors en Palestine le recensement général ordonné par Auguste, soit en 7i6. soit en 726. Le texte de saint Luc ne fait pas difficulté. Voir H. S. Bour : Linscription de Quirinius et le recensement de saint Luc, Rome, 1897. — Si telle est la date i748-7oU] de la naissance de Jésus, en quelle année commenca-t-il à prêcher? Luc fournit deux données : a. Jésus avait environ 30 ans [donc 778-780,25-27] : 6,c"était la la» année de Tibère (pion peut compter, soit de la mort d'Auguste 19 août 14 [donc 29], soit des pouvoirs tribuniciens que Tibère reçut en 13 [donc 28]. soit du jour

l'évangile de l'enfance 139

s'étonne de le trouver au milieu d'eux, assis dans le Temple : « Ne saviez-vous pas, lui répond-il, que je a dois être chez mon Père ? » Il vit ainsi trente années obscures, portant dans son cœur le salut du monde ; il attend que l'heure soit venue de le proclamer dans l'Evangile, de l'organiser dans l'Église, de le consommer sur la croix ^

où il eut l'administration des provinces, en 11 [donc 26. On peut tenir pour probable que Jésus a commencé de prêcher en 26. 27, ou 28. En 2ô, Séjan intrigue contre Agrippineet la famille de Germanicus. En 21, Tibère s'installe à Caprée. En 2S, le sénat élève des statues à Tibère et à Séjan dans les temples de la Concorde et de l'Amitié. — Combien a duré, en quelle année a fini le ministère de Jésus"? On n'a aucune donnée ferme : il est vraisemblable que le drame messianique n'a guère duré plus d'un an ^On ne peut pas faire état de chronologie johannique : elle est pénétrée de symbolismei. Sur la date de la mort du Christ, voir Revue cVhistoire ecclésiastique, 1904, 894.

' Voir les vies de Jésus : de Strauss. 1833, trad. fr. Littré, 1839- 1840, Paris -.Xeander Hambourg, 1836. trad. fr. de Goy, iSo-2. Paris : Salvador, Paris, 1838 ; Renan, Paris, 1863 ; de Pressensée, Paris 1863: Seeley, Londres. 1866: Keim, 1867-72. Zurich: B. Weiss. Berlin .1882: Beyschlag, Halle, 1883-86; Stapfer, Paris, 1806-98 : A. Réville, Paris, 1897 ; Iloltzmann : Leben Jesu. 1901. Tubingen : — de Stolberg, trad. fr. 1842, Paris: Dupanloup, Paris, i86'i : Fouard, Paris. 1881: Le Camus, Paris, 1883, 6« éd., 1901: Didon, Paris, 1890: Barth. 1903 [Voir Roussel : was wissen wir von Jésus,. 1904, Halle]: Robevtson : Epochs in the life of Jésus, New- York, 1907; Sanday : The Life of Christ in récent research, Oxford, 1907.

La vie de Jésus, telle que la représentent les Evangiles Synoptiques, est criblée de miracles ; ils posent aux incroyants de difficiles problèmes. Il est avéré que les synoptiques utilisent des souices écrites, qui diffèrent grandement de nos apocryphes, et qui remontent à une époque toute proche de Jésus. — Il est vrai, d'autre part, qu'un fait extraordinaire n'est pas nécessairement miraculeux.

Entre la Méditerranée et le Jourdain s'élève en pentes douces le plateau vallonné de la Palestine, grande route ouverte entre la Syrie et l'Egypte : la vallée transversale d'Esdrelon orientée d'est en ouest la sépare en deux régions, Juda au sud, et, au nord, la Galilée. C'est là que se cache Xazareth, au bord du cratère d'un ancien volcan. La grâce de ses femmes est légendaire ; pour ses vins, son miel, son huile et ses fruits, elle ne le cède pas à la féconde Egypte ; elle est entourée de prairies, de jardins enclos de nopals ; le tiguier et Tolivicr, l'oranger et le grenadier y mêlent leurs fleurs et leurs fruits. Du haut de la colline oii est bcUi le village, le regard atteint au nord le Liban et THermon couverts de neige; à l'orient, le Thabor élève son dôme de verdure ; au midi, la plaine d'Esdrelon se déroule jusqu'aux monts de Manassé; la mer s'aperçoit au couchant, et aussi le Carmel habité par le souvenir dElie.Un peu au nord, à une journée de marche, le lac de Génésareth^ déroule ses flots purs au sortir de la vallée des Colombes : c'est le plus grand des lacs que traverse le Jourdain avant de se perdre dans la mer Morte. Tout autour une ceinture de villes populeuses, Chorozaïm, Bethsaïde, Magdala, Capharnaùm,

* Il a cinq lieues de long sur deux de large. J'emprunte les traits de ce tableau à Fouard : P, ys.

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