LA PERSONNE DE JESUS
par le Père. L'avènement du règne céleste comprend deux époques distinctes : la régénération morale du monde, puis le triomphe des élus. Jean doit donc se rassurer et avec lui tous les vrais Israélites; les œuvres de Jésus suffisent à prouver qu'il est le Christ et qu'on ne peut reporter sur un autre lespérance du salut.
(( Lattitude de certaines âmes est plus injurieuse encore pour le Messie que les doutes de Jean-Baptiste ; plus gravement que lui, elles se méprennent sur sa personne, sur la nature même non moins que sur la portée de ses œuvres. Les scribes qui sont descendus de Jérusalem à Capharnaûm disent : « Il est possédé « de Belzébuth. et c'est par le prince des démons qu'il « chasse les démons. » Trop étroits d'esprit pour comprendre Jésus, trop étroits de cœur pour lui pardonner de n'être pas avec eux, refusant de croire à sa mission divine, il ne leur reste, pour expliquer son ascendant et ses miracles, d'autre hypothèse que l'intervention diabolique : Jésus n'est pas le Messie, Jésus est l'homme de Satan. Jésus détruit l'accusation : chacun de ses miracles est une victoire sur Satan ; conçoit-on que Satan se détruise lui-même, que Satan chasse Satan? Celui qui brise l'empire de Satan est plus fort que Satan; c'est par l'esprit et la force de Dieu que Jésus chasse les démons ; la mission de Jésus vient de Dieu ; malheur à ceux qui jugent qu'elle vient du diable! Celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit n'obtiendra jamais de pardon, car il sera punissable dune faute éternelle. Un blasphème qui atteint personnellement
le Fils de l'homme, par exemple une critique injuste de sa conduite à légard des publicains et des pêcheurs, peut être pardonné; l'humble appareil dans lequel Jésus se présente aux contemporains de sa vie mortelle peut excuser, en quelque manière, beaucoup de faux jugements. Mais malheur à ceux qui se trompent sur la nature même et le caractère divin de sa- mission ! » Les Apôtres doivent avoir, de leur Maître, une idée exacte ; et, de fait, c'est eux qui le vengeront des doutes du Précurseur et des blasphèmes des Pharisiens. Jésus les envoie prêcher deux à deux et leur donne puissance sur les esprits impurs. Il estime, sans doute, qu'ils ont besoin de faire l'expérience de Tapostolatpour se bien préparer à recevoir l'éducation suprême qu'il entend leur donner. Il les accueille avec une tendre bonté lorsqu'ils reviennent, se retire avec eux dans un lieu désert et affermit, par deux surprenants miracles, la connaissance qu'ils ont de sa messianité. Comme ils partent ensemble pour traverser le lac de Génésareth, beaucoup de paysans en contournent la rive nord afin de les rejoindre. Jésus voit cette foule en débarquant et il en a compassion, parce qu'ils sont tous comme des brebis sans pasteur. Il leur redit, sans se lasser, l'Evangile; l'heure passe et ses disciples, s'approchant, lui font remarquer qu'il est tard : «Pienvoyez-les, afin qu'ils aillent dans les villages « voisins et s'y achètent de quoi manger. » — « Donnez- « leur vous-mêmes à manger », répond leur Maître. — u Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers