LA TRANSFIGURATION
l'ayant saisi. Il se forma une nuée qui les couvrit; et une voix sortit de la nuée, disant : « Celui-ci est mon « Fils bien-aimé : écoutez-le ». Et aussitôt, regardant autour deux, les disciples ne virent plus personne.
Jésus s'est révélé aux Apôtres comme étant le FiU de Dieu, supérieur à David, aux Prophètes et aux Anges, venu sur terre pour sauver « un grand nombre » ; et c'est sur cette révélation qu'il appuie son Evangile. G "est comme Fils de Dieu qu'il a fondé l'Église en donnant un chef aux Douze dans la personne du lils de Jona, Simon. Par la Transfiguration, Dieu certifie à Simon-Pierre et à deux de ses amis que Jésus, leur Maître, est mvstérieusement son Fils.
L'Évangile est proclamé ; l'Église est fondée ; le sacrifice de la croix va confirmer l'un et l'autre.
Jésus s'achemine lentement vers Jérusalem, donnant à ses disciples les leçons suprêmes. Il sait les haines qui le guettent et le sort qui l'attend. Le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux anciens ; ils le condamneront à mort ; ils le livreront aux Gentils ; ils l'insulteront, et ils cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir ; et il ressuscitera le troisième jour. 11 annonce toujours aux disciples sa mort et sa résurrection : la parabole des vignerons s'éclaircit à leurs yeux. — Mais là
ne se bornent pas ses prédictions de lavenir : il leur révèle aussi la manifestation glorieuse du Messie, il leur annonce le grand jugement et la ruine de Jérusalem, sinon la fm du mondée II parle un langage concret
* Dans un grand discours [Marc, 13: Mt., 24-25 ; Luc, 21, 5- 38], qu'on appelle parfois Tapocalypse synoptique, Jésus parle de l'avenir à ses disciples. C'est à propos de ces textes, principalement, que Jean Weiss [Die Predigt Jesu von Reiche Gottes, Gûttingen, 1^« éd., 1892 : iJ« éd., 1900]'. Stapfer [Jésus-Christ pendant son ministère, Paris, 1897] et Alfred Loisy[L"£i'a;j^î7ee^rj?r/Z/se. Paris, 1902 ; .-luZot^;- a un petit livre, VàV\S', r.i03 : Morceaux d'Exégèse, Paris, 1906; les Evangiles Syn. 1908] ont développé une théorie nouvelle du royaume de Dieu. Le règne de Dieu, dont parle Jésus, devrait s'établir, avant sa mort, par une catastrophe cosmique : Jésus ne serait Messie qu'en expectative ; il ne le deviendrait effectivement qu'après la fin du monde ; ce n'est qu'à la fin, découragé par l'obstination des Juifs, (jue Jésus se serait confié à son Père et lui aurait remis le soin d'achever son œuvre : il se serait trompé. Pour J. Weiss, Jésus a pourtant cru que, dans une certaine mesure, le règne de Dieu était commencé, car le royaume de Satan est déjà ébranlé, car ce qui est acquis au ciel est acquis absolument, car ses transports prophétiques lui ont fait voir l'avenir comme réalisé déjà. Pour A. Loisy, Jésus a mis des conditions morales à l'admission dans le royaume futur et il a répudié toute action politique : par là il a épuré le Judaïsme. Voir encore le récent livre de JSchweitzer : von Rheimarus zu Wrede, 1907. Cette théorie eschatologique s'appuie sur la diffusion de la croyance au Messie préexistant parmi les Juifs. Voir supra, p. 91 n, 95, 174.
Cette théorie met bien en lumière la j)rétcntion qu'a Jésus d'être un Révélateur surhumain, chargé d'une mission surnaturelle et, dans l'histoire humaine, définitive. Mais il faut la préciser et la corriger. Les textes montrent que : 1° le règne, ou le royaume, de Dieu doit être entendu aus?i au sens spirituel et moral : et ces textes foisonnent dans les synoptiques ; — 20 le règne de Dieu a commencé, le royaume de Dieu est fondé déjà par Jésus [M t., 12, 28 ; Luc, 17. 20-21 ;...];— 3° le royaume de Dieu est appelé à un long avenir [paraboles du semeur...] ; — 4. Tous les textes nous invitent à penser cpie la théorie nationaliste du Messie, fils de David, vengeur et restaurateur d'Israël,
LE VOYAGE A JERUSALEM 18b
aux esprits concrets qui l'entendent : les tableaux apocalyptiques qu'il dévoile leur enseignent que Tordre actuel des choses est transitoire, que la Providence travaille, avec ou sans nous, à l'avènement du règne de
était beaucoup plus répandue et vivante que la théorie eschatologique ; — 5° si Jésus s"e5t grossièrement trompé, si levénement a immédiatement prouvé son erreur, comment s'expliquent dans la théorie J. Weiss. le succès de son entreprise, les progrès de sa doctrine, la déification de sa personne?
Dès lors, comment expliquer l'apocalypse synoptique et les autres textes d'après lesquels Jésus aurait enseigné l'imminence de la fin du monde ? C'est ici qu'il faut se demander, d'abord, dans quelle mesure l'inintelligence des premiers chrétiens — qui étaient des Juifs — n'a pas altéré la pureté de l'enseignement du Christ : voilà si longtemps que les Juifs attendent la catastrophe suprême qui les vengera et les sauvera ; puisque Jésus est le Messie, se peut-il que la fin du monde ne menace pas immédiatement? — Et l'on peut se demander, ensuite, dans quelle mesure les anathèmes que Jésus lance à Jérusalem, prédisant sa ruine très proche et répudiant parla les rêves nationalistes juifs, n'auraient pas été associés et bloqués avec les enseignements qu'il donna touchant la fin du monde. Précisément, on a montré que les deux thèmes sont emmêlés, par le fait des évanrjéiistes, dans 1 apocalypse synoptique. Jésus a prédit la ruine du Temple, et il a donné un signe, les malheurs qui accompagneront le siège de Jérusalem [voir p. 180 n. -ol a/.Àa os'Va dans le texte d'Akhmin] ; il a prescrit aux apôtres la conduite à tenir : ne pas croire aux faux Messies qui promettront de sauver Jérusalem, continuer de prêcher l'Evangile. Et Jésus a prêché aussi à propos de la fin du monde ; mais il n'a déclaré qu'une chose à ce sujet : c'est qu'il n'en pouvait dire la date et que, par conséquent, il fallait veiller et se tenir prêt : le maître viendra quand on ne l'attend pas. Voir Lagrange : L'Avènement du Fils de l'homme, R. B., l'Jû6, 382 et 561.
Ce qui n'empêche que Jésus n'ait annoncé l'avènement du règne de Dieu, l'avènement du Fils de Dieu, pour la génération présente : pour Jésus, par Jésus, le nouvel ordre de choses est inauguré où Dieu règne voir p. 148 et 174 les notes sur le royaume de Dieu et sur le Fils del'homme).
la justice; qu'un moment viendra où nous verrons tout le bien récompensé. Dieu pleinement connu et filialcment aimé.
Aux enseignements nouveaux,, Jésus mêle encore ses premières leçons ; il redit à ses Apôtres la dure et nécessaire loi du sacrifice. Gomme Jacques et Jean, les fils de Zébédée, lui demandent d'être assis dans sa gloire, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, il leur répond : « Vous savez que ceux qui sont regardés « comme les chefs des nations les dominent et que « leurs princes ont puissance sur elles. 11 n'en est pas (( de même parmi vous ; mais quiconque voudra deve- (( nir le plus grand sera votre serviteur; et quiconque (( voudra être le premier parmi vous sera le serviteur (( de tous. Car le Fils de l'homme lui-même n'est pas « venu pour être servi, mais pour servir. ^ »
Cependant, comme ils approchaient de Jérusalem, vers le mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est devant (( vous et, aussitôt que vous serez entrés, vous trouverez « un ànon attaché sur lequel nul homme ne s'est encore (( assis; déliez-le, et amenez-le. » Ils amenèrent à Jésus Tànon sur lequel ils mirent leurs vêtements ; et il s'assit dessus. Beaucoup étendaient leurs tuniques sur les chemins ; d'autres coupaient des branches d'arbre et les jetaient devant lui : et ceux qui marchaient devant, et ceux qui suivaient, criaient : « Ilosannah ! Béni soit
' Comparer Le, 22. 24-30; Mt.. 19, 27-29 [Marc, 10, 3o-io].