LA CENE
Après avoir dit l'hymne, ils s'en allèrent au mont des Oliviers. « Jésus leur dit : « Vous serez tous scan-
— Quelle est lorigine de la tradition qui s'exprime dans le doublet?].
La Pàque était la fête qui commémorait chez les Juifs la sortie d'Egypte. « La cérémonie principale consistait en un repas où Ton mangeait un agneau rôti, au soir du 14 nisan [commencement d'avril]. Les pains sans levain [azymes] étaient également cuits dans la journée du 14 ; on les mangeait avec l'agneau [et une laitue, et un assaisonnement appelé Charoseth.. fait de vinaigre, de figues, d'amandes, de dattes et d'épices] : l'usage du pain fermenté ptait interdit pendant cette fête et toute son octave. ))
Les textes cités expriment clairement une double idée. C'est d'abord l'idée expiatoire, la volonté rédemptrice de Jésus : il se considère comme une victime immolée en sacrifice [sang qui sera répandu pour beaucoup; corps qui est donné pour vous]. Ces textes rejoignent et couronnent ceux qui témoignent de la même idée et de la mémevolonté en Jésus [voir supra p. 179-181]. Il n'y a pas de raison d'y voir l'expression d'une théorie imaginée par les premiers chrétiens.
Mais on trouve aussi, dans les textes cités, une seconde idée, qui est toute nouvelle. C'est l'idée d'une nouvelle alliance entre Dieu et l'humanité, scellée dans le sang de Jésus, comme la première alliance de Dieu avec Israël a été scellée dans le sang des victimes : Eoode, 24, 8 : « voici le sang de l'alliance que le Seigneur a faite avec nous sur toutes ces choses ». Et cette idée centrale se prolonge et se précise : Jésus veut que les Apôtres participent à l'aHiance dans son s?ing [prenez ; prenez, mangez] et qu'ils y participent, non pas seulement en ce jour, mais aussi en d'autres jours [faites ceci en mémoire de moi. — On sait que Le. est, au point de vue littéraire, indépendant de Paul. Pourquoi Me. et Mt. ne donnent-ils pas cet ordre de Jésus ? Faut-il dire, ici, que les chrétiens ont ajouté quelque chose à une parole solennelle du Maître?]; Jésus signifie que le vin de la coupe est véritablement son sang [le sang de l'alliance ; ceci est mon sang], et, parallèlement, que le pain uzyme, large et mince, qu'il a pris et qu'il a béni, est véritablement son corps [ceci est mon corps].
Dans quelles circonstances, précisément, Jésus a-t-il présidé ce banquet de mort expiatoire et d'alliance ? La veille de la Pâque, comme la veille de chaque grande fête et la veille même de chaque
« (laliscs, celle nuit, à mon sujel. Mais, après que je « serai ressusciléje vous précéderai en Galilée. » Or, Pierre lui dil : « Quand tous seraient scandalisés à « votre sujel, je ne le serai pas. » El Jésus lui dit : (( En vérité, je le le dis, aujourd'hui, pendant cette « nuit, avant que le coq ait chanté deux fois, tu me
sabbat [voir si/;)r« p. 77. n.], les. luifs avaient coutume de rélébivr un festin rituel appelé Kitl cl usch : devant le siège du pt?re deux pains sont posés et une coupe ; on récite le texte de la Genèse touchant la création et le sabbat, le père remplit la coupe et prie : « Béni sois-tu. Seigneur, notre Dieu, roi de l'Univers, créateur du fruit de la vigne. Béni sois-tu... qui nous as donné... ton saint sabbat, mémorial de lœuvre de la création... » : le père boit à la coupe, puis la femme, puis les enfants. Vient alors le lavement des mains, puis la bénédiction du pain qu'accompagne une nouvelle prière : « Héni sois-tu. Seigneur notre Dieu, roi de T Univers, qui fais sortir le pain de la terre... : » le père coupe le pain et le partage. Après quoi le repas de famille commence enfin. — C'est dire que le re|)as eucharisticpie semble avoir été un Kiddusch où Jésus aurait dit les prières, au cours et non au début du repas; ne convenait-il pas que la nouvelle alliance fut scellée dans des formes à la fois traditionnelles et originales? [Voir, au Talmud, le traité des Berakholh].
L'hypothèse serait tout à fait certaine si l'on pouvait croire que le repas eucharistique a été célébré par Jésus la veille de la Pâque. Tous nos textes s'accordent à le placer le jeudi ; mais Me, Mt., Le, datent ce jeudi du jour de la Pâque, 14 nisan. et c'est seulement saint Jean qui le date du 13 nisan, veille de la Pàque : pour saint Jean, la Pàque juive coïncide, non pas avec le jeudi, jour de l'Eucharistie, mais avec le vendredi, jour de la crucifixion [19, 14-42]. 11 est malheureusement dilliciie de préférer à la chronologie des Synoptiques celle de saint Jean (voir infra, tome 111).
Voir Box : The jewisch antécédents of the Euckarist {.hum. flieol. stud., III, 357, Cf. IV, 184); l'article Eucliarislie dans llauck: Batiffol: loco cit. : Chwolson : das letzle Passamahl Christi, 181)2: Sanday. dans Hastings II. 633 ; Berning : Die Einsetzung der heil. Eucharistie... Munster. 1001 : llollmann : Uie Bedeutung des Todes Jesu, Leipzig, l'-'Ol ; Hoffmann : Das Abendmahl im