CHAPITRE III
La résurrection de Jésus, constatée par les Apôtres à diverses reprises, avec une évidence égale à la grandeur du miracle, avait dissipé détlnitivement leurs doutes et fixé pour jamais leur foi. Ils travaillent dès lors, avec une confiance absolue, à répandre la bonne nouvelle de la venue du Messie : on peut suivre leur œuvre à Jérusalem, dans les églises qu'ils fondent lorsqu'ils sont chassés de cette ville, et dans les écrits où leurs disciples recueillent leurs enseignements ^
* La source principale — et quasi unique — de cette histoire est le livre qui s'appelle Actes d'Apôtres. 7:piçt:^ 'A-ot:ôÀwv tVaticanns; Cod. Bezae]. L'auteur est certainement saint Luc : car le livre se présente lui-même comme la suite du IIi« Evangile (ici et là, même dédicace à un Théophile ; même style : mêmes procédés de composition : mêmes idéesi ; car la tradition chrétienne est unanime et attribue le livre à Luc «au moins dès la seconde moitié du ii« siècle ; saint Irénée. III, 14, 4, P. G. 7, 914 ; canon de Muratori. dans les Analecta de Preuschen, 1893, p. 131) ; car l'analyse du livre atteste que l'auteur est un compagnon et un partisan de Saint Paul dont il n'utilise pourtant pas les épitres (tous ces caractères conviennent exactement à saint Luc. Cf. infra, p. 2.57, sq.).
Dans les Actes comme dans XEvangile. Luc utilise certainement des sources écrites : on en peut désigner deux. L'une est une source hiérosolymitaine, qui guide l'historien dans ses premiers chapitres : de là, les fréquents aramaïsmes qu'on y relève
202 SAINT PIKRRE ET LES APuTRKS
Les Apôtres prient en revenant du mont des Oliviers, théâtre de l'Ascension de leur Maître ; ils prient chaque jour au Temple et dans leurs humbles mai-
[R. B., 1906, 329]. Laiitre est un journal de voyage, rédigé non par Timothée [voir 20, 4. — Upsc : Les Actes des Ap., 1905. p. 9] mais par Luc lui-même ; de là, les trois passages où l'auteur du livre parle à la première personne (les WirstiickeY : « dés (jue Paul eût vu la vision, aussitôt nous cherchâmes k partir pour la Macédoine, 16, 10; étant assis, nous parlions sliis. femmes. 16, 13 ; ceux-ci nous devançant nous attendirent, 20, 5 [d'après Rose, loco citato. — Voir 16, 10-17, de Troas à Philippes ; 20, îi- 15 et 21, 1-18 : de Troas à Milet et à Jérusalem : 27. 1-28. 10 de Césarée à RomeJ. — Certains historiens ajoutent, ou ajoutaient, aux sources de Luc les Antiquités Juives de Joséplie : ici et là, on parle de Judas le Gaulonite, de Theudas, de la mort dllérode Agrippa, du portique de Salomon, etc.. Mais ces rapports sont trop généraux pour (juon en i)uisso rien conclure : Schiuvr va jusqu'à en contester l'existence. Fussent-ils précisément constatés, il faudrait établir de quel cùté est la dépendance, ou s il n'y a pas une source commune. L hypothèse est en général abandonnée [lleadlam, dans Hastings, 1, 30-31 J. — Mais ce n'est pas à dire (pie Luc n'ait pas utilisé i)lus de deux documents écrits : Clemen en distingue quatre [histoire des hellénistes ; hist. de Pierre; hist. de Paul ; voyages de Paul]. Malheureusement, cette analyse des sources est très délicate en raison de la méthode historicpie suivie par saint Luc.
Saint Luc n'est pas un compilateur timide, un chroniqueur inintelligent : il domine sa matière, il l'ordonne, il l'unilie autour d'une idée centrale, je veux dire l'élimination progressive d'Israël remplacé au sein "de l'Kglise par les Gentils. Il s'inspire des dernières paroles prononcées par le Christ glorifié : « Aile/ donc, faites disciples toutes les nations » Mt.. 28, 19; « vous êtes mes témoins (de ma passion et de ma résurrection), commençant par Jérusalem », Le, 24, 47. il les reprend au début des Actes, 1, 8 : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ». Comment s'est réalisé ce programme, tracé par Jésus, c'est ce que veut montrer saint Luc en retraçant (pieUpies faits «le l'histoire apostolique, ceux (jui se rattachent au souvenir de IMerre et de Paul. Il commence à l'Ascension et décrit la vie de