‹ La révolution religieuse: JésusChapitre 9 sur 108 · PERSISTANCE DES VIEUX CULTES · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DES VIEUX CULTES

de l'évolution des foules : celle-là, la première, s'engage dans les voies nouvelles; celles-ci, opprimées sous le poids de la tradition et le souci du pain quotidien, restent généralement captives des vieux cultes égyptiens, sémitiques et aryens ^ : ce sont elles qui passeront les dernières des religions polythéistes locales à la religion chrétienne a catholique ».

Aujourd'hui comme autrefois, les soldats continuent d'adresser leurs adorations à Mars ou à Jupiter Optimus Maximus, — et les artisans, à Minerve -.

* Voir les ouvrages généraux indiqués aux chapitres i, ii, m, du tome I. Il y aurait lieu, semble-t-iU d'étudier solidairement les cultes païens à Tépoque alexandrine ^300-30] et à l'époque romaine [30 avant Jésus-Christ-200 après]. Justement ce second travail vient d'être entrepris par M. Toutain : Les Cultes païens dans l'Empire romain, tel est le titre de son ouvrage : je n'ai malheureusement pu consulter que les deux premiers fascicules de la première partie: Lesprovinces latines. Paris 1905-1906, 426 pages. — Voir aussi Dœllinger : Paganisme et Judaïsme, trad. fr.,4 vol., 18o8-1850 ; Boissier : La religion romaine d'Auguste aux Antonins, Paris, 1874, 2 vol. : Schultze : Geschichle des Untergangs des rjriechisch-rômischen Heidentums, 1887-'J2, 2 vol. ; Mahafïy : Greek Life and Thought from the âge of Alexander to the roman conquest, 1887; The Greek under the roman Siray, 1890, London: 0. Seeck : Geschichte des Untergangs der alten Welt. 1895-1901, 2 vol. ; Havet : le Chi^stianisme et ses origines, t. I, II-, 1873, Paris; Gruppe : Kulturgeschichte der romischen Kaiserzeit, 1903-1904, 2 vol. : AYendland : Die hellenistisch-rômische Kultur iri ihren Beziehungen zu Judentum und Christentum. 1907, Tiibingen. — On s'est moins occupé de l'histoire religieuse de l'époque alexandrine : elle n'est pourtant pas moins importante.

- Toutain : op. laud, l, 252, sq., 290. En certains pays. Mars (Savoie, Narbonnaiseï et Minerve (Gaulo ont dû leur prestige à une autre cause : ce sont des formes latines de dieux indigènes. Voir Domaszewski : Die Religion des romischen Heeres [Westdeutsche Zeitschrift, XIV]. La persistance des vieux cultes miii-

Les cultes sémitiques importés par les Phéniciens en Afrique y poussent de solides racines ; et, si la chute de Garthage paralyse un moment leur vigueur, ils ne tardent pas à renaître et à s'épanouir plus vivaces que jamais : les noms de Crelestis et de Saturne, d'Esculape et dHercule dissimulent mal ïanit et Baal Ilàmàn, Eschmoun et Melkarth i. Le nombre des insciMptions qui mentionnent Mercure en Gaule et Silvanus dans les pays balkaniques, atteste, à n'en pas douter, la persistance en ces pays de certains grands dieux indio-ènes -.

laires explique peut-être la rareté des dieux orientaux dans les inscriptions des eqidfes singnlares et de la flotte de Misc^ne.

' Voir surtout Toutain : I, passim et A. Audollent : Carthaçie romaine, Paris. 1901, livre IV, p. 367. Noter fpie. d'aprùs Toutain, les cultes de Cérè's, des Gereres, de Tellus, d'Ops, de Dea Nutrix, qui sont trt^s importants en Afrique, sont originairement siciliens (Déméter et Perséphonei, qu'ils ont été imj)ortés à Garthage et en Afrique par les Carthaginois. Les triades chthoniennes qu'on rencontre en Afrique [Gereres-Pluto; Pluto-Gyria (x'jp-a) — Gérés] associent un dieu, sa parèdre et sa mère. L'introduction des cultes siciliens à Garthage aurait été facilitée par l'assimilation T:init-l)éméter, Astarté-Perséphone, ou par des assimilations analogues. Sur la Terre Mère, voir Dietrich : Arch. Bel. TV7.S.. VlILl [et o-iO, 161; LX, 87].

- Toutain, L i260, 2!i7. Dans les Balkans, Silvanus est souvent associé k trois Silvanae, ou Nymphae : chose curieuse, il est souvent invoqué i)ar les soldats. — En Afrique aussi, Mercure doit être le nom romain dun dieu Indigène [Mereurias pafrius, M. Silvius]. Gésar [De beilo gall, VI, 17] et Tacite [Germ., 9] attestent que Mercure est un très grand dieu gaulois : il a pour parèdre Maïa ou Rosmcrta. 11 est adoré surtout chez les Arvernes, les Eduens, au mont Donon. [Lesnel : i7U-283]. Mars cache souvent T(Milalès, les Junones les Sulèves, Minerve Belisana. Le culte des Mères i)ersiste longtemps un peu partout en Gaule. Mais noter que, ici comme toujours, le type iconographique du

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Plus encore que les cultes nationaux, les cultes locaux sont demeurés partout vivaces'. Il est très remarquable que les inscriptions oii Ion invoque un dieu sont plus ou moins nombreuses selon que Ion s'éloigne de sa patrie primitive, de son plus ancien domaine-. Voyez l'Italie inférieure : les invocations à Apollon se multiplient autour de Cumes, comme dans le Latium les invocations à Diane, près de Bénévent les invocations à Silvain, près du mont Eryx celles où l'on implore \'énus Erycine. Un dieu très inlluent dans la Haute Italie, tel Cautopatès, demeure quasi-inconnu aux ruraux des basses régions de la péninsule. Dans la ville du monde où les étrangers sont le plus nombreux — c'est Rome que je veux dire — , où donc les dieux héréditaires sont le plus vivement pressés, on voit bien pourtant que ceux-ci remportent sur leurs rivaux venus du dehors : pour 16 inscriptions qui invoquent Isis, 23 la grande Mère et o7 Mithra, nous en comptons 74 dont l'auteur se confie en Jupiter, 98 qui implorent Hercule et 146 qui supplient Silvain ! Chose plus significative encore : si 1^7 Romains recourent aux divinités gréco-romaines, voici 139 étrangers qui s'adressent à elles tout de même. Xe semble-t-il pas que

dieu est romano-grec. Ce qui indique que lantropomorphisme était particulièrement développé dans les religions grecques.

' Je reprends ici l'idée que je défendais il y a dix ans dans la Revue d'histoire et de tittéralure religieuses, IV, 239.

- Jutilise ici deux articles vigoureux et suggestifs de Vittorio Macchioro : Il Smcretismo Religioso e l'epigrafia. Revue Archéologique, janvier-mars, l'J07, 141, 233.

ceux-ci aient tendance à abandonner leurs cultes nationaux pour requérir la protection du Maître de la terre où ils sont venus s'établir; ne semble-t-il pas que les cultes topiques soient très loin de s'affaisser? Et ne savons-nous pas d'ailleurs que, au second siècle de notre ère, un millionnaire d'Ostie, Lucilius Gamala, emploiera sa fortune à restaurer dans sa patrie sept temples où sont adorés les dieux héréditaires ? D'Ostie et de Rome passons à Athènes ; le même phénomène frappe le regard : Athènes reste fidèle à ses cultes traditionnels et c'est à leur rendre l'éclat de jadis que son patriotisme s'acharne aujourd'hui ^ Les sanctuaires des grandes villes d'xVsie sont l'objet d'une vénération plus ou moins ancienne ou étendue, mais leur administration et leurs cérémonies présentent un caractère strictement local : « il n'y a pas d'exemple d'un temple élevé par la province entière aune divinité de l'Olympe;

^ Athènes est déchue dès sa guerre malheureuse contre Antigone Gonatas [266-263]: mais elle recouvre sa prospérité matérielle à la fin du second siècle. Elle s'applique à conserver au moins, sous la domination de Rome, sa gloire littéraire, artistique et religieuse d'autrefois. De là, la résurrection et l'éclat du culte d'Apollon Pythien à Athènes au second siècle, et — après, l'époque troublée de Sylla — au temps de l'empire [Colin : Le culte d'Apollon Pijthien à Athènes, Paris, lUOo]. Le même Apollon Pythien jouit à Rome d'un tel prestige que, en 155. Delphes fait construire un monument à Rome en témoignage de gratitude [Lacour-Gayet]. La persistance des anciens cultes locaux est attestée par la persistance ou la résurrection des amphyctionies qui célèbrent tel ou tel dieu : celles qui célèbrent Poséidon [Ralauria, Isthme, Tenos, ^lycales] se réorganisent, semble-t-il, en même temps que le culte d'Apollon Pythien [article Poséidon dans RoscherJ. -

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