EMBARRAS DU SANHÉDRIN
c( dige, et pourquoi fixer sur nous vos regards comme « si c'était par notre propre puissance que nous (( eussions fait marcher cet impotent ?Le Dieu dAbra- (c ham. d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a « glorifié son serviteur Jésus, celui que vous avez jugé c( et renié devant Pilate, alors que ce juge voulait le « délivrer. Vous avez rejeté le Saint et le Juste, vous « avez préféré qu'on donnât la grâce d'un meurtrier. « Vous avez tué fauteur de la vie, celui que Dieu a (' ressuscité d'entre les morts : nous sommes là pour « l'attester. C'est notre foi dont il est fauteur et f objet « qui a opéré devant vous cette subite et parfaite gué- (( rison. » Et Pierre continue de parler, de convertir : mais il est arrêté par le chef de la garde du Temple ^ | Traduit devant le Sanhédrin, il confesse hautement qu'il a guéri le paralytique « au nom de Jésus de Xaza- « reth, celui-là même que vous avez crucifié, mais « que Dieu a fait revivre d'entre les morts )). Le Sanhédrin ne peut supprimer Pierre et Jean; la crainte des Romains fen empêche. Il leur demande de ne plus parler de Jésus. Les Apôtres refusent : « Non; nous ne « pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et ce « que nous avons entendu. »
*La cause de la première persécution subie par l'Eglise est que Pierre et Jean prêchent la résurrection des morts : les Sadducéens, maîtres du Temple, la rejettent. Evidemment, du reste, ce n'est qu'un prétexte..
L'hymne d'Actes, 4, 2.5, est très probablement contemporain des faits ; il donne explicitement à Jésus [:27-30], le nom de serviteur {de lahvé),
Les progrès de la prédication apostolique, et aussi l'attitude du peuple lors de l'arrestation de Pierre et de Jean, attestent un revirement de Topinion. Les cris haineux qui avaient retenti contre Jésus, aux jours de la Passion, étaient oubliés de ceux mêmes qui les avaient poussés. Seuls, les chefs de la nation conservaient leur animosité contre le Christ et ses tidèles : ils se résolurent à agir afin d'arrêter l'enthousiasme général. Les habitants des villes voisines, comme du vivant du Maître, apportaient leurs malades à Jérusalem, et les disciples les guérissaient. Il fallait aviser au plus vite. Le grand prêtre jeta de nouveau les Apôtres en prison. Mais l'Ange du Seigneur les délivra, et ils continuèrent à enseigner dans le Temple. Arrêtés aussitôt, ils comparurent devant le Sanhédrin.
I^e grand prêtre les réprimande vivement ; pourquoi ont-ils enfreint la défense qui leur a été faite de prêcher? Pierre répond, comme la première fois, qu' « il (( faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » Si sa réponse excite la colère des Sadducéens, ils se contiennent cette fois : ils ont peur des Romains, et puis, ils craignent d'exciter des troubles. Le peuple est pour les Apôtres ; les Pharisiens observent à leur endroit une neutralité bienveillante. Gamaliel, un de leurs chefs les plus vénérés, dit de leurs eiïoris : « Si cette ceuvrc « vient des hommes, elle périra d'elle-même ; si elle « vient de Dieu, vous ne pourrez pas la détruire. » Le Sanhédrin signilie donc aux Apôtres, après les avoir
LE MARTYRE D ETIENNE 2i5
fait flageller, de ne plus parler du nom de Jésus : et il les renvoie.
Sa vengeance sera bientôt plus complète : le peuple abandonne les Apôtres, comme il a abandonné Jésus. Un des sept diacres hellénistes. Etienne, entame des controverses ardentes avec les membres de certaines synagogues. On laccuse de proférer des paroles de blasphème contre Moïse, de dire que Jésus de Nazareth détruira le Temple et changera les traditions de Moïse. Lorsque le prince des prêtres la condamné, cest le peuple qui l'entraîne hors de la ville et le lapide ^ Et la mort du premier martyr de Jésus donne le signal d'une persécution générale contre l'Eglise naissante ; elle se disperse momentanément; les Apôtres restent seuls à Jérusalem.
Cet événement entraine les plus heureuses conséquences : l'église de Jérusalem dispersée dans la campagne porte avec elle lEvangile de Jésus. Les fugitifs s'arrêtent en Judée et en Samarie; quelques-uns poussent même jusqu'en Chypre et jusqu'en Syrie : Damas et Antioche reçoivent alors les premières semences du Christianisme. Tous répandent dans les juiveries qui
* Actes. 6, 8-15. — Dans un long discours au Sanhédrin. Etienne passe en revue toute l'histoire d'Israël, depuis Abraham jusqu'à Jésus, avec l'intention de montrer que les Juifs se sont souvent opposés à lahvé et à sa Loi, et que le Temple, tout sacré qu'il soit, ne peut contenir la grandeur infinie de Dieu : il ne s'étonne pas de l'attitude actuelle des Juifs ; elle est conforme à leur attitude passée. — D'après Lév., 24, 16, la lapidation était le supplice des blasphémateurs.
les accueillent la nouvelle de la venue du Messie et de sa résurrection ; les plus hardis s'adressent aussi aux nations méprisées par les Juifs, aux Samaritains et aux Gentils. Le diacre Philippe, ne pouvant plus soigner les pauvres et nourrir les veuves, évangélise les paysans de Samaric ^ ; on lui envoie aussitôt Pierre et Jean : les fidèles restés à Jérusalem ont été grandement scandalisés de la nouvelle. Mais Pierre et Jean se souviennent des paroles et des exemples du Sauveur, lorsqu'il rencontrait des Samaritains; ils apprennent que d'étonnants miracles ont signalé les conversions ; ils n'hésitent pas à conférer aux nouveaux croyants en Jésus l'imposition des mains qui est suivie des mômes prodiges qu'à l'ordinaire. Philippe ainsi encouragé baptise encore un eunuque éthiopien - ; Pierre lui-même baptise à Césarée un centurion romain^. Cette fois, il est vrai, les protestations sont si vives que Pierre ne les apaise qu'avec peine par le récit de l'apparition de Jo])pé.
Un jour, pendant qu'on lui préparait à manger, « il {( vit le ciel ouvert, raconte-t-il, et une forme de vase « semblable à une grande nappe suspendue par les
* Samarie, an nord de Sichcm iNa|)lousc) qua rebâtie Hérode sous le nom de .Subaste. Pliilipjje baptise au nom de Jésus ; mais les Apùlres seuls peuvent confiM-er l'Esprit-Saint ; d'où la mission de Pierre et de Jean. — Gest là que Simon de Gitta ren contre les chrétiens, à ce moment même. Voir infra.
*Ce passage des Actes, 8. 30-35, montre aussi que les premiers chrétiens voient en Jésus le serviteur de lahvé.
^ Gorneillc « était pieux et craignant Dieu ». Voir svprn ]>. III.
L EVANGELISATION DES PAÏENS 21 ,
« quatre coins, qui descendait du ciel sur la terre. Là (( étaient toutes sortes de quadrupèdes et de reptiles a de la terre et doiseaux du ciel. Et une voix vint à « lui : « Lève-toi, Pierre. Tue et mange. » — Mais a Pierre répondit : « Loin de moi tout cela. Seigneur, a Je n'ai jamais mangé rien d'impur ou de souillé. » — (( Et la voix lui parla encore une seconde fois : « Ce « que Dieu a purifié, toi, ne l'appelle pas impur. » Cela (( fut fait par trois fois, et aussitôt le vase lut retiré (( dans le ciel. Et tandis que (jj'hésitaiis) en (moij- « même sur ce que signifiait la vision que (j)'avai(s) (^ vue, voici que les hommes envoyés par Corneille, (• s'enquérant de la maison de Simon, se présentèrent (( à la porte. Et, ayant appelé, ils sinformaient si c'était « là que logeait Simon, surnommé Pierre. Cependant, « comme fjei songeai(s) à la vision, l'Esprit (me) dit : (( Voilà trois hommes qui te demandent. Lève-toi donc, « descends, et nhésite pas à aller avec eux; car cest « moi qui les ai envoyés ^ »
Son récit ne dissipa point tous les scrupules : on s en aperçut lorsqu'on apprit d'Antioche que certains fidèles, natifs de Chypre et de Cyrène, avaient prêché 1 Evangile, non plus à des Samaritains, mais à des païens comme Corneille, aux Syriens eux-mêmes; ils avaient, du reste, opéré parmi eux de sérieuses conversions. L église de Jérusalem dépêcha immédiatement un émissaire chargé de s'enquérir de létat des choses.
' Actes. 10. 10-11. 18.
On choisit à cet effet Barnabe, lévite, originaire de l'île de Chypre, qui avait donné dans les premiers jours une marque de zèle en vendant son champ au profit de la communauté, et, plus tard, une preuve de sa largeur d'esprit en accueillant à Jérusalem Saul de Tarse, un persécuteur de l'Eglise miraculeusement converti. Barnabe n'était pas homme à se scandaliser de l'accroissement que prenait le troupeau chrétien. 11 approuva ce qui avait été fait ; il alla à Tarse chercher Saul, l'emmena à Antioche et y resta avec lui. Les conversions se multiplièrent à leurs paroles cnilammées, l'Evangile s'installa solidement dans la capitale de la Syrie. Les « Chrétiens » y conquirent leur nom définitif et l'œuvre des missions trouva là son point d'appui. Peu à peu, tout ce qui, dans la communauté hiérosolymitaine, n'avait pas les yeux trop obstinément fixés vers le Temple, regarda du côté d" Antioche et finit par s'y transporter : Antioche devenait vraiment le centre du Christianisme ^
A ce moment précis, il perdait sa première capitale. L'église de Jérusalem était ravagée par la persécution et les Apôtres obligés de fuir ailleurs. Elle s'était d'abord paisiblement relevée - : ses persécuteurs, persécutés à leur tour, avaient dû lâcher leur proie.
' D'après Duchcsne, auquel j'emprunte plusieurs expressions — Voir Actes. 11, 19-20. Le Sinaïlicus, l*Aloxandrinus. le Codex BezcC écrivent 11, 20, f'EÀXTjva;, leçon qu'adopte Nestlé, avec raison semble-t-il [contra Wescott et Hort 'EÀÀT,v'.(T-:i;].
- Vers lan 38.