LA VIE DES PREMIERS CHRETIENS
rapports, la gaîté procédant d'un cœur pur, la charité et particulièrement l'hospitalité.
(( La vie religieuse ressemblait beaucoup à celle de synagogues. On se réunissait pour prier et pour lire la Sainte Ecriture dans laquelle les beaux exemples des Patriarches et des Prophètes étaient l'objet d'une attention particulière. Les éléments spécifiquement chrétiens de ce culte, primitif étaient l'Eucharistie et les effusions extraordinaires del'Esprit-Saint. LEucharistie se célébrait aux assemblées du soir, à la suite d'un repas frugal que l'on prenait en commun. On reproduisait ainsi, dans tous ses détails, la Cène célébrée parle Seigneur, la veille de sa Passion. L'Eucharistie prolongeait en quelque sorte et perpétuait la Résurrection ; par l'une comme par l'autre Jésus était présent au milieu des siens. Quant aux manitestations de l'fJsprit, elles se produisaient sous les formes les plus diverses : tantôt c'étaient des guérisons ou autres actes miraculeux, tantôt des visions S tantôt une illumination de 1 Esprit qui se traduisait en discours sur les mystères de la foi ou sur les obligations de la conscience ^ Les plus remarquables étaient la prophétie et la glossolalie. La prophétie était le don de connaître les choses cachées, notamment les secrets des consciences ^ Ce don, tout à fait temporaire, comme les
^ I, Cor., 14, 24-55.
autres manifestations de l'Esprit-Saint, était parfaitement distinct de la qualité de prophète que possédaient certains personnages de ce temps — tels que Judas Barsabas, Silas ou Agabus' — et même de la génération suivante, tels les filles de Philippe, Ananias, ou Quadratus-. Pareillement, le don des langues qui permit aux Apôtres de se faire entendre le jour de la Pentecôte à des gens de nationalités diverses, na rien de commun avec la glossolalie que saint Paul décrit dans la première épitre aux Corinthiens. Ni le glossolale lui-même, ni les assistants ne comprennent ce quil dit; la communication ne peut s'établir entre eux, ou plutôt entre les assistants et lEsprit-Saint, que par lintermédiaire d'un interprète inspiré. Cependant, en dehors de toute interprétation, on peut déjà saisir, dans les sons inarticulés que profère le glossolale, l'accent de la prière, de la louange, de la reconnaissance.
(( Ces phénomènes surnaturels frappent les esprits, ils entretiennent la foi des premiers chrétiens. Cepen-
1 Acl., 11.27-ii8 ; 15,3i';21, 10-11.
* Sur les prophMes chrétiens de l'époque primitive, voir I Thess., 5, 2U ; I Cor., 14, 24-25 et 12. 10. 28 ; Rom. 12, 6 ; Epk. 2. 20, 3, 15 : Uidaché \ 11, 13, 13 : le Pasteur: Mand.. 11, 7; Justin: Dial. Tryph., 3'J, 81, 88. Le prophète parle au nom de l'Esprit, comme l'apùtre au nom de Jésus : il déclare les révélations de Dieu; il vise le plus souvent à édifier ou réconforter ses frères [Saint Luc raconte qu'Agabus a annoncé une famine au temps de Claude, et que sa prophétie sest réalisée, Actes, 11, 28. — La Didaché. 10, 7, semble montrer que les prophètes célèbrent l'Eucharistie].