LA HIERARCHIE PRIMITIVE
riels et dés fonctions inférieures du culte : ce sont les diacres. — Au-dessus d'eux, il y a des « anciens », preshytres, les notables de la communauté chargés de surveiller les diacres, d"aider ou de remplacer les apôtres et les prophètes que suscite l'Esprit. On relève quelque variété dans l'usage qui est fait de ces termes et aussi dans la distribution des fonctions entre les personnes quils désignent. — Il est sûr, en tous cas, que les presbytres qui dirigent la communauté locale reconnaissent l'autorité supérieure des Douze, fondateurs et maîtres, non seulement d'une chrétienté isolée, mais encore de toutes les chrétientés en générale
des mourants...: les giiérisons miraculeuses ne sont pas rares. De toute manière, la religion nouvelle apparaît donc comme une religion de la force, une religion de l'Esprit. On trouvera une analyse longue et soignée de l'ouvrage de Harnack, J" édition, dans la Bévue d'histoire ecclésiastique de Louvain, 1904, p. 76-85. * Si l'on veut se rendre compte de ce qu était la vie des premières églises, il faut étudier les lettres de saint Paul aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. Au cours de son second voyage (voir 5z//)rrt p.223.n.),Paul atteint l'Europe parla Macédoine. d'où il descend en Achaïe. et il y demeure assez longtemps. Nous avons gardé quatre lettres par lui adressées aux églises de Thessalonique en Macédoine, et de Corinthe en Achaïe. La première aux Thessaloniciens leur a été écrite de Corinthe, vers 48-52 : Timothée vient de dire leur ferveur à Paul, qui était inquiet d'avoir dû les quitter, chassé par l'émeute juive, avant de les avoir complètement instruits. Paul les félicite [1] de leur foi, de leur charité, de leur espérance ; il se disculpe [2.1-3. i3J des calomnies qui l'atteignent (erreur, avarice, flatterie, ambitiom et explique sa conduite: il exhorte enfin [4-5. 24] ses frères à vivre dans la pureté et la charité fraternelle, attendant avec une ferme espérance et une vigilance toujours en éveil la venue du Seigneur qui ressuscitera ses fidèles s'ils sont morts : nul, du reste, n'en
La foi en Jésus ressuscité et qui doit bientôt juger le
peut dire le temps et les conjonctures. — La presque unanimité des historiens reconnaît l'authenticité du texte. — Voir Jacquier, 1-, 71 : Prat-, ï. 93; Bovon, II. 288; Magnien : R. B.. 1907, 349; lloltzmann, II, 188; lohannes : Commentar z. ersten Driefe an die r., 1898. Dillingen.
La seconde aux Thessaloniciens a été écrite peu après la première qui n'avait pas produit tous les fruits qu'attendait Paul : surtout on continuait de discuter sur la parousie (ou venue glorieuse du Christ), on faisait même circuler une fausse lettre de Paul à ce sujet. Après quelques paroles d'éloge [1. 3-12], Paul déclare que la parousie n'est pas imminente ,[2,1-12] et il exhorte ses frères à persévérer dans la foi et le travail [2,13-3,15] : il clôt sa lettre en donnant un spécimen de son écriture. — Beaucoup rejettent l'authenticité de ce texte : a) c'est une paraphrase du i)récédent; b) qui introduit des idées toutes nouvelles [la parousie n'est pas prochaine]; c) en une langue différente [ôosiXoijlev e'j/apvT-CcTv. 1,3:2, 13 ; cf. I Thess., 1, 2 ; 2. 13]; d} et d'un accent différent [moins personnel] ; e) elle témoigne surtout de certaines croyances [Antéchrist] qui n'apparaissent que plus tard. — Cette argumentation n'est pas convaincante. La dernière objection est matériellement fausse [voir les apocalypses juives, Belial : supra p.123-12i], de même la troisième, touchant le style. Si. en effet, H Thess. rappelle I Thess., bien que l'accent des deux textes ditTère, c'est que la situation de la jeune église n'a guère varié, tandis que Paul a maintenant d'autres préoccupations. Enfin, la doctrine de la parousie, ici et là. est cohérente : l'heure en est mystérieuse, et quoique non imminente, prochaine : l'œuvre de l'Antéchrist commence, mais elle est contrariée [c'esl-à-dire, sans doute, que la haine des Juifs contre les chrétiens est jiaralysée par l'action de Rome. Pour Prat, I, 11. c'est saint Michel qui arrête l'Antéchrist] ; lorsqu'elle sera manifestée, le Seigneur viendra, qui l'anéantira, jugera et damnera les impies, ressuscitera les croyants et les ravira au ciel [Rien sur la résurrection des non-chrétiens. Il n'est pas sûr que les Juifs aient admis la résurrection de ceux qui ne confessaient pas lahvé]; comme tous les chrétiens. Paul croit que la parousie est prochaine, parce qu'il sent très vivement que voici enfin inauguré, par Jésus, le règne de Dieu |)rédit jiar les Prophètes pour la fin des temj)s [Voir A. Kennedy : S. Paul's conceptions of the lasLs things, London, 1904; R.B.', 1904,016]. Sans doute les judéo-chrétiens de Thessalonique avaient-ils peur que
l'église de thessaloniqce 233
monde, illumine et vivifie toute la vie des premiers
les fidèles morts avant la parousie ne fussent ressuscites qu'après le règne messianique [Apocal. Esdras ; Apocal., 20, 4-13]. Voir Bornemann : Die Thessalonicherbriefe. 1S'J4, Gôttingen ; Askwilh : An introduction to the thessalonian Epistles, 1902, London.
Chassé de Corinthe, comme de Philippes, — mais après un long séjour — par l'émeute juive, Paul s'est embarqué à Kenchrées pour Ephèse et Jérusalem, vers 52, Actes, 18. 1-17. Depuis lors, la jeune église qu'il a fondée a reçu la visite d'autres missionnaires chrétiens, qui tous défigurent l'Evangile authentique, soit sousl'influence de l'Hellénisme lApollos). soit sous l'influence du Judaïsme (le parti de Géphas) : d'où désordre des esprits, dont profite naturellement le désordre des mœurs. En vain Paul est-il une fois revenu à Corinthe [II Cor., 2, i]: en vain Paul a-t-il écrit [I Cor., 5, 9]. Dans cette grande Corinthe, — la métropole de l'Orient après Antioche et Alexandrie : César vient de la rebâtir, — l'église de Paul continue de décliner : il en est averti à Ephèse par les émissaires d'une pieuse femme, Chloé, puis par Stephanas, Fortunat et Achaïque qui apportent même une lettre de la communauté. Paul écrit alors [5.5 ? ou 53-57] notre première aux Corinthiens. Il traite d'abord la question doctrinale, condamnant les divers partis, montrant combien il est ridicule et criminel de « diviser le Christ », flétrissant l'orgueil de ces prétendus sages que sont les Corinthiens : là est la racine du mal qui mine leur église [1,10-4.21]. — Paul traite ensuite la question sexuelle. L'immoralité de Corinthe était fameuse ; le temple d'Aphrodite, à la pointe de l'Acrocorinthe, était célèbre par ses milliers de courtisanes : et voici qu'une chrétienne et son fils commettent un inceste ! « Au nom du Seigneur Jésus,... que cet homme soit livré à Satan ». dit Paul [\o\y Actes, 5, 1-11 : sentence portée par Pierre contre Ananie] ; que les chrétiens cessent toute relation avec les hommes vicieux ; la liberté chrétienne n'implique pas la liberté de la débauche ; il faut respecter le corps qui est le temple du Saint-Esprit; le mariage, qui permet d'éviter l'impureté, est licite, mais la virginité est supérieure; le mariage ne peut être rompu par un chrétien, même si son conjoint entend rester païen : le mariage est permis aux veufs [5,1-7,40]. — En troisième lieu, Paul traite des viandes offertes aux idoles : la charité commande d'éviter le scandale ; aussi, bien qu'un aliment par lui-même ne puisse éloigner ni rapprocher de Dieu, bien que les idoles soient néant.
chrétiens ; elle éclate aussi avec une merveilleuse
il faut prendre garde : il est préférable de ne pas manger une viande immolée aux idoles, mais on a le droit de le faire en rendant grâces à Dieu. Seule la participation aux banquets sacrés païens est formellement interdite aux chrétiens [8,1-11,1]. — En quatrième lieu. Paul réglemente le culte : que la femme reste modestement h sa place subordonnée : que les agapes restent fraternelles, quon ne s'y groupe pas ])ar amis, ou par riches et pauvres ; que celui qui participe au pain et à la coupe s'éprouve, pour ne pas manger et boire sa propre condamnation ; quant aux charismes, il faut en vérifier la provenance [distinguer a. ceux qui visent l'instruction des âmes (apoire, prophète...) : {3. ceux qui visent au soulagement des corps (aumùnier. hospitalier) ; Y- ceux qui ont trait au gouvernement (pasteur, président, ministère) Prat. I. 174-184] et les régler: par exemple, ne pas donner la parole à plus de deux ou trois glossolales par réunion, et que chacun parle l'un après l'autre [ll.i'-14,40]. — Enfin, Paul expose avec force le dogme de la résurrection des corps : la résurrection du Christ présage la nôtre ; et rien de plus certain que la résurrection du Christ : c'est le support et la garantie de notre foi. « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vainc, votre foi aussi est vaine. » On ne trouve rien ici qui ne soit déjà dans I et II T/iess.: il semble seulement que les traits apocalyi)ti(iues s'atténuent [15, 1-8]. — Bien que cette épitre soit écrite d'un style plus clair, plus net et plus grec que beaucoup d'autres, l'authenticité en parait tout à fait certaine [dés la fin du i" siècle, elle est citée comme de Paul par saint Clément quand il écrit aux Corinthiens]. [Contra cf. Van Manen : Handlekl. voor de ondchrist. Letlerkunde^ Leiden, 1000, 38-41).
La lettre de Paul avait été portée par Timothée. Par la faute de Timothée, peut-être, elle ne rétablit pas la concorde. Au contraire, l'opposition contre Paul fut plus vive que jamais : tous les partis se fondirent en deux, l'un attaquait l'apôtre au nom des traditions juives méconnues (il se couvrait du nom du Christ), l'autre le soutenait. Il semble même que le chef du parti judaïsant ait apporté dans ses attaques un emportement passionné : à l'entendre, Paul est fourbe, orgueilleux et sot. C'est alors qu£ Paul écrit notre seconde aux Covinlhiens [de Macédoine, de Philippes, en b.i-o8]. Sans doute une autre épitre, très sévère, aujourd'hui perdue, a-t-clle précédé celle-ci ; et peutêtre faut-il ajouter encore (ju'il est lui-même venu à Corinthe,