LE PROTESTANTISME DANS LA CONVENTION
Vous VOUS faites une idée bien fausse des Montagnards de la Convention, même des plus téméraires, si vous pensez qii'ils voyaient avec complaisance les prêtres renier leur culte et se dépouiller des ornements ecclésiastiques. Au contraire, ils furent épouvantés en face du néant de croyances qui s'ouvrit subitement devant eux. Les ennemis du catholicisme n'avaient pas pressenti ce qu'ils éprouveraient en le voyant tomber tout d'une pièce et se renier sous leurs yeux. Rien ne s'offrant pour le remplacer, il y eut un moment où les plus hardis sentirent un vrai frisson qu'ils ont appelé « l'effroi moral ».
La passion ne les empêchait pas de comprendre que des vues philosophiques, scientifiques, pouvaient suffire à des lettrés, à un petit nombre, mais que le peuple ne s'en contenterait pas; et ils se disaient que jamais on n'avait vu T. II. 4
une société qui n'eût pour base une religion. Un inconnu formidable, une nation sans culte, sans foi, sans Dieu, se drest^a pour la première fois devant eux, non dans la contemplation d'une étude solitaire, mais sur les bancs de la Convention, parmi les Jacobins, en face des dépouilles amoncelées des églises. Ces hommes, qui se riaient des armées conjurées de l'Europe et qui revenaient des missions du Rhin ou de Sambre-et-Meuse, tremblèrent intérieurement devant le gouffre religieux qu'ils ne savaient comment combler. On en douterait peut-être ; je vais les citer eux-mêmes :
« La religion de la Convention était le déisme'. Quoique cette doctrine soit beaucoup plus simple que les croyances romaines, cependant on éprouvait quelque répugnance à entendre des ministres du culte catholique venir abjurer la sainteté des mystères qu'ils avaient regardés jusque-là comme vrais, et enseignés publiquement comme sacrés. Quelque robuste que l'on fût en incrédulité, on en éprouvait un effroi moral. J'ai connu plus tard beaucoup de conventionnels très-fermes par conviction et par raisonnement contre toutes les superstitions romaines, qui avaient conservé comme moi cette pensée de réprobation contre ces aveux personnels d imposture en matière de foi. Ils considéraient que la conscience religieuse du peuple est trop importante, trop respectable dans ses motifs, pour en faire un objet de dérision et de profanation. »
Avec la conviction que « le déisme était bon pour les particuliers et qu'il ne valait rien pour les masses, » que restait-il à tenter? Le conventionnel Baudot, dont je viens de citer les paroles, pensa que c'était le moment de substituer au catholicisme disparu une des formes du christianisme émancipé. Il s'adressa au protestant Jean Bon Saint-André, membre du Comité de salut public. Celui-ci fit la réponse qu'on a toujours reçue du protestantisme en France, depui^que les persécutions lui ont ôté l'audace du prosélytisme : « Je n'y puis rien. Ma demande paraîtrait intéressée comme ministre protestant; fais la proposition toi-
i 1. Mémoires inédits du conventioauel Baudot.
LA KELiGrON SOUS LA TERREUR 111
même, je l'appuierai. » Il ajouta ce lieu commun : « Que les peuples du Midi veulent que leur culte soit une fête, que la tristesse -de la Réforme ne convenait pas à la France. »
Baudot, ainsi éconduit, ne désespéra pas encore. Il renouvela la tentative d'un changement de culte auprès des membres de l'Assemblée qu'il savait à la fois le plus ennemis du catholicisme, et eifrayésdu vide' que laissait après elle l'ancienne religion. « Tous * se moquèrent de moi, « dit Baudot ; la pensée de changer la religion de la France n'eut pas d'autres suites.
Inconcevable mélange d'audace et de timidité 1 Ainsi fut iranchée l'immense question à laquelle on osait à peine toucher, tant on savait qu'elle était odieuse à Robespierre; on la dissimula sous le rire. Par là, il fut décidé que le catholicisme, voilé un moment, mais non déposbédé, reparaîtrait inévitablement le lendeaiain, et qu'avec Tancienne religion la France recouvrerait tôt ou tard son ancien tempérament. Il ne fallait qu'attendre.
POURQUOI LES HOMMES SE SONT MONTRES INDULGENTS ENVERS CERTAINES BARBARIES,
Les hommes ont souvent montré, dans leurs jugements, une indulgence singulière pour les exterminateurs. Si l'on veut chercher pourquoi, au coniraire, ils conservent tant de sévérités à l'égard de la Teireur de P/QS, il me semble que Ton peut en donner plusieurs raisons, sanb couipier peut-être la principale, qui t st d'avoir éclioué.
La Terreur avait été exeicée au moyen âge, maib t-ile l'avait été surtout contre itis. petits. C'est une cho. e h ea