EUT EMPLOVG, DANS LA RELIGION
LES MOYENS DES RÉVOLUTIONS d' ANGLETERRE?
Parmi les hommes qui ont arraché, par la violence, leur pays aux formes religieuses du moyen âge, je n'en vois pas
qui se soient trouvés, à cet égard, dans une situation meilleure que les hommes de la Révolution française. Quand Henri VIII a enlevé l'Angleterre à la papauté, il touchait encore au moyen âge ; il avait à lutter contre les forces toutes vives du passé, et pourtant il réussit à transporter, en peu d'années, son peuple d'un rivage sur un autre. La même chose est arrivée en Hollande, en Suède, en Danemark, où, sous l'impulsion de l'autorité, des nations entières ont renoncé, en une nuit, à leurs anciennes institutions religieuses.
Si Ton se représente combien les anciennes croyances de la France avaient été ébranlées dans les esprits au m jinsat; de la Révolution, il semble donc que le catholicisme courut alors un danger bien autrement grand que soucj Henri VIII ; et, puisque les terroristes n'ont point tenté un changement de religion ou un renversement, c'est qu'ils n'ont point cru cela nécessaire, soit que leurc> esprits aient été désorientés par le génie romanesque de Rousseau, soit qu'ils aient été accoutumés de bonne heure à donner peu d'importance aux choses religieuses.
Car je regarde comme impossible de supposer que, si ces hommes eussent cru qu'il était bon de sortir du vieux culte, ils ne l'eussent pas ordonné. Qui leur aurait désobéi ? Ce fut leur esprit qui resta enchaîné, et non pas leur audace.
Quand, au seizième siècle, il a suffi de l'impulsion du pouvoir politique pour changer en une nuit l'ancienne religion; quand il a suffi d'un acie du parlement d'Angleterre, d'une discussion des états généraux de Hollande, d'une loi des diètes du Danemark et de Suède pour extirper l'esprit du passé, que serait-il arrivé des terroristes si, retournant contre ses auteurs la loi des Arcadius, des Honorius, des Théodose, ils s'étaient pris corps à corps avec la papauté et le moyen âge? Question historique qu'il n'e&t pas permis de négliger.
Quelle stupeur ou quelles colères s'en seraient suivies dans le monde? On ne peut le dire. Sans doute, alors, l'épouvante sacrée qui avait d'abord saisi M. de Maistre ne se serait pas si vite changée en triomphe. Qui peut savoir
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ce que, dcins ce vide, dans ce désert de l'égarement, eût enfanté le génie de la France, ce qu'eussent fait toutes les énergies libres de l'esprit moderne, pour combler le gouffre ouvert par l'écroulement de l'ancien monde? Tout ce que les terroristes avaient pu provoquer contre eux de haines, de malédictions, était déjà déchaîné; ils n'avaient rien de pis à attendre. Mais ils auraient eu raison d'appeler leur époque une ère oiouvelle, puisqu'ils eussent réellement fait faire un pas au dieu Terme des Romains. En se sentant associés contre un même adversaire, ils ne se seraient point e-ntre-tués. Enfin, lors même qu'ils n'eussent pas réussi à sortir de la tutelle de Rome, et à s'émanciper comme d'autres, il y a trois siècles, ils auraient du moins montré un accord entre leurs pensées et leurs actes Au lieu qu'ils se sont volontairement chargés des témérités qu'ils n'ont jamais eues, et des ruines qu'ils n'ont pas faites. Téméraires d'action, timides d'esprit, après s'être perdus par cette contradiction, ils ont laissé un exemple destiné à perdre quiconque voudra les imiter.
N'ayant pas osé changer ce qui est l'âme même des choses, ne vous étonnez pas si les événements cnt trompé leurs auteurs, et si tous ceux qui ont mis la main à la Révolution française en ont aisément désespéré. Prenez-les l'un après l'autre, au moment de finir, Mirabeau, madame Roland, Girondins, Cordeliers, Jacobins, Marat, Danton, Robespierre, Saint-Just : ils se sont entre-tués; pourtant il est un point sur lequel ils s'accordent tous. Ils ont vu, ils ont senti vaguement que la Révolution était mal engagée, que la liberté et le nouvel ordre moral ne naîtraient pas de leurs œuvres. « La liberté est perdue et les brigands l'emportent. » Voilà leur dernier mot à tous. Flambeau funèbre qu'ils se transmettent l'un à l'autre, en courant. à la mort.
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