ET A LA MONARCHIE
Il n'est pas trop difficile d'inaugurer un gouvernement par la terreur. La difficulté est d'en sortir. Une surprise, une embûche ont suffi quelquefois à le fonder. Mais comment le transformer? En cela consiste la principale difficulté de ce genre de gouvernement. Quand on a tendu à ce point l'arc de fer, il est trop périlleux de le détendre.
Les terroristes français ont méconnu le vrai génie de la Terreur ; leur esprit populaire les a empêchés de se servir avec le sang-froid nécessaire de cet instrument de domination. Il exige la plus grande impassibilité, et les terroristes y ont porté l'éclat et la fureur. Ce n'est pas avec cette violence extérieure que procédaient Louis XI, Philippe II, Richelieu. Les hommes de 1793 ont bien hérité du vieil instrument de règne ; mais il leur a manqué le tempérament de glace qu'il faut pour «s'en servir. La vieille hache s'est brisée dans leurs mains. Il n'y a que les aristocraties ou les monarchies antiques qui aient le flegme nécessaire pour user de ces armes sans se blesser. La démocratie ne vaut rien pour cela; trop impétueuse, trop immodérée, elle sait insulter, non calomnier; elle se frappe de ses mains, croyant frapper l'ennemi.
Bourdon de l'Oise disait que chez lui, dans les moments de crise, « la raison n'était séparée de la démence que par T. II. • .9
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l'épaisseur d'un cheveu*. « Combien l'éprouvèrent sans le dire !
ï'uneste dans la Convention, ce moyen de gouvernement l'était bien plus encore dans les clubs. C'est là que, faute de sang-froid, de lumière, les révolutionnaires ne pouvaient manquer de retourner contre eux-mêmes cette arme de l'ancien monde, qu'ils maniaient dans la fièvre du soupçon.
De plus, les terroristes usaient la Terreur . elle dimi- " nuait dans les esprits, loin d'augmenter avec le temps. C'est tout le contraire de ce qui convient à un peuple régi par la peur.
Les aristocraties, les monarchies, les théocraties ne démentent point leurs agents. Surtout elles ne les punissent pas d'être allés trop loin dans le sens de leurs passions et de leurs haines ; jamais l'Inquisition n'a frappé l'inquisiteur, ni ne l'a accusé d'avoir exagéré sa sainte fureur. Jamais elle n'a jeté sur le bûcher de ses victimes le dénonciateur ou le bourreau.
Partout elle a consacré, légitimé l'œuvre des siens. Il ne lui est pas arrivé une seule fois de retourner contre elle les torches ou les haches et de dire : On est allé trop loin I
Mais les terroristes de nOS, en voulant poser des bornesà la Terreur, montrèrent qu'ils n'avaient pas le secret et le génie de ce principe de gouvernement. Ils le faussèrent en le tournant contre leurs créatures, sous prétexte d'exagération, et contre eux-mêmes, par méprise.
Quelques-uns voulurent une terreur modérée, ce qui touche à l'absurdité. Caria nature de ce gouvernement est le vague, l'inconnu, l'extrême en toutes choses. Il doit être sans frein, sans limites. Son génie est de ne pouvoir être exagéré; tous ses agents sont sacrés; incommensurable^ comme la peur, dès qu'il se pose une limite, il se détruit. Donne-t-on des bornes à l'épouvante? Autant vaudrait mettre une digue à l'Érèbe.
La terreur doit de plus être perpétuelle dans l'esprit de ceux qui l'exercent, comme dans l'esprit de ceux qui la