Mémoires inédita de Baudot
la guillotine en exil. Collot-d'Herbois se récria. Il dit « qu'il placerait des canons chargés à mitraille contre la porte des prisons, et qu'il foudroierait quiconque en sortirait ». Cette déclamation, soutenue des souvenirs de Lyon, mit fin à la philanthropie de Barère. Son projet avorta aussitôt que conçu.
J'ai dit ailleurs que les républiques d'Italie au moyen âge 1, quand elles ont voulu régner parla terreur, ont eu recours au bannissement; je ne vois en aucune manière pourquoi ce moyen n'eût pu suffire à la République de 93.
La fin du xviiie siècle devait-elle se montrer plus inexorable que le moyen âge ?
Chez un peuple aussi mobile que le nôtre, l'exil produit absolument les mêmes effets que la mort. Il tue moralement celui qui en est frappé, tant nous avons horreur de ce qui ressemble à la défaite. Il rompt tous les liens de famille. Après dix ans le peuple ne se souvient plus de ses chefs les plus aimés; il a oublié jusqu'à leurs noms.
La légèreté produisant ainsi les mêmes effets que la cruauté, vous pouvez vous fier à l'exil du soin de tuer les exilés dans les cœurs de leurs concitoyens.
Le retentissement du supplice entretient encore un reste d'intérêt ou de curiosité. On veut savoir si le condamné est bien mort, quel a été son visage, son attitude, son geste ; quelquefois même on recueille et on répète ses dernières paroles. Mais qui se soucie de ce qu'a fait l'exilé ? Qui veut savoir où se trouve son tombeau? Les Terroristes avaient pour maxime que les morts seuls ne reviennent pas; cela s'est trouvé faux. Ce qui ne revient pas, en France, c'est l'exilé, ou, comme on dit plus complaisamment, le réfugié.
Dans les pays où la mémoire est plus robuste, en Italie, en Hollande, en Angleterre, on a vu, après de longues années, des bannis reparaître, et leurs partisans se retrouver à point nommé plus fidèles, plus enthousiastes et plus nombreux.
Cela ne s'est jamais rencontré en France sous aucun