Les Révolutions d'Italie
régime, tant le vaincu ou tout ce qui le touche nous devient promptement odieux, si nous l'avons combattu, indifférent, si nous l'avons aimé. Quelques Girondins se sont dérobés à l'échafaud et ont vécu à l'étranger. Ils n'y ont gagné qu'un oubli plus profond. Pour leur parti, la perte fut
Quelle est la différence de Duport mourant sur l'échafaud, ou de Duport mourant au loin dans les montagnes d'Appenzell ? Le supplice ne l'aurait pas si bien enseveli qu'a fait le long exil.
J'ai vu moi-même, en 1830, le retour des conventionnels, exilés depuis 1815. Ce souvenir me navre encore au moment où j'écris. (Et me préserve le Ciel de pareille avanie dans mes vieux jours !) Personne ne leur tendit la main. Ils reparurent étrangers dans leur propre maison; leur ombre toute seule eût fait plus de bruit ; leurs enfants avaient pris d'autres opinions, le plus souvent toutes contraires; ce reniement domestique, journalier, incessant, était un de leurs supplices.
Ils voulurent revoir leurs provinces natales où ils avaient été autrefois honorés, applaudis. Pas un seuil ne s'ouvrit à eux; le séjour leur devint bientôt insupportable. Après s'être convaincus qu'ils étaient incommodes aux vivants, ils se retirèrent à l'écart dans quelque abri obscur, regrettant, comme l'un d'eux me l'a avoue, l'exil lointain d'où ils étaient sortis, et trouvant le r-etour pire cent fois que la mort qui ne pouvait tarder de suivre.
De nos jours même, nous avons vu des foules de proscrits rentrer, après de longues années, dans leur pays, et le peuple, qui n'avait témoigné aucune douleur de les perdre, ne témoigner aucune joie de les retrouver. C'étaient des revenants qui excitaient la surprise. On les tenait pour morts. Ils embarrassèrent les vivants.
Par ces considérations qu'il me serait facile d'étendre, je crois pouvoir conclure que les .Terroristes auraient trouvé tout avantage à se contenter de l'exil de leurs adversaires ; que leur haine même y eût été mieux assouvie en faisant savourer plus longtemps la douleur; qu'ils •eussent mieux étouffé le cri et les représailles de la posté-
rite; qu'ils se fussent assurés le présent avec autant de •chances et de plus solides pour le lendemain; qu'en un mot ils pouvaient intimider sans tuer, ou tuer sans frapper, et, tout en exerçant s'ils le voulaient la même crainte, se couvrir d'un semblant de clémence et d'une renommée d'humanité sans laquelle aucun pouvoir ne subsiste. Je crois n'être contredit par personne, en avançant que cette expérience est décisive.
Quiconque voudra s'assurer l'avenir prendra désormais le visage de la modération ; il contiendra ses ennemis, s'il en a, par un autre moyen que l'échafaud.