‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la Révolution (volume 2)Chapitre 66 sur 107 · LES DERNIERS DES ROMAINS · texte numérisé non relu

LES DERNIERS DES ROMAINS

MORT DE SOUBRANY, ROMME, GOUJONc

La Convention thermidorienne et ex-girondine vit en prairial à quel point elle avait cessé d'être respectée. Mais elle savait, par une longue expérience, que le respect peut se recouvrer quelquefois parle sang : elle revint à ce tempérament; chacun se fit sa liste de condamnés.

Le 1*"^ prairial, l'Assemblée avait voté avec l'insurrection. Celle-ci vaincue, l'Assemblée se venge de son vote. La peur exploite le 1"' prairial pour faire contre la gauche un 31 mai. Y eut-il plus de justice?

La fureur fut d'autant plus aveugle, qu'elle s'appela modération. En quelques jours, dix mille révolutionnaires sont emprisonnés.

L'échafaud frappa obscurément, et à la hâte, les hommes du peuple. Mais c'est contre la Convention que la Conven-

tion était impatiente de se ruer. D'abord elle se repentit de la déportation des trois membres du Comité, Collotd'Herbois, Billaud-Varennes, Barère, et fit ce qu'elle put pour changer cette mort lente en mort rapide. Mais le vaisseau était parti, elle ne put reprendre ses victimes à rOcéan.

Alors elle se rejette en aveugle sur ceux qui étaient proches et sous sa main. Soixante-deux députés de la gauche sont dénoncés et décrétés. Quiconque avait rendu quelque service éclatant à la République dut trembler. Les séances se passaient à chercher s'il restait encore quelqu'un à dénoncer et à livrer.

Robert Lindet, que ses immenses travaux d'administration et son magnifique rapport devaient rendre invulnérable, fut arrêté un des premiers. De tout le Comité de salut public, il n'y avait plus que Carnot à frapper. On en fit la demande. Un reste de honte empêcha de punir celui qui avait organisé la victoire. On crut s'acquitter de tout envers lui en l'oubliant; mais la haine alla chercher jusque sur les frontières les députés en mission aux armées. Huit d'entre eux sont décrétés; quelques-uns se dérobèrent. On en vit arriver déguisés, errants, à Vérone ^ ; ceux-là échappèrent aux proscriptions de la Convention, en s'abritant dans les proscriptions de Louis XVIIL

Mais surtout le moment ne pouvait tarder plus longtemps de se venger des députés qui avaient délibéré avec le peuple, dans la nuit de prairial. C'étaient Rhul, Romme^ Duquesnoj, Duroj, Soubrany, Bourbotte, Peyssard, Forestier, Albitte, Prieur de la Marne.

Le premier s'était poignardé, les deux derniers avaient fui. Il ne restait que sept victimes assurées sous la main de l'Assemblée. Pour ôter à leurs amis toute espérance de les sauver ou même de correspondre avec eux, ils sont transportés en secret à l'autre bout de la France, au château du Taureau en Bretagne ; on désoriente ainsi la pitié et les supplications. Puis, par un changement soudain, ils sont ramenés précipitamment à Paris ; et, dans tout cet

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