‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 13 sur 117 · NECESSITE DE KEVISER LA TRADITION · texte numérisé non relu

NECESSITE DE KEVISER LA TRADITION

La Révolution française n'a pas besoin d'apologies; Traies ou fausses, tout le siècle en est rempli. Une parole de plus serait superflue. Que reste-t-il donc à dire? Il reste à découvrir et à montrer pourquoi tant et de si immenses efforts, tant de sacrifices accomplis, une si prodigieuse dépense d'hommes, ont laissé après eux des résultats encore si incomplets ou si informes.

Tout un peuple s'est écrié par des millions de voix : « Être libre ou mourir! » Pourquoi des hommes qui ont su si admirablement mourir n'ont-ils pu ni su être libres?

40 LA KÉVOLUTION

Voilà la question qui se pose d'elle-même. Je la retrouve dans les termes où elle s'est présentée, il y a plus d'un demi-siècle, àMounier 1 et à madame de Staël. Mais ici c'est un ami de la Révolution qui montrera les fautes des révolutionnaires.

Je me propose de rechercher pourquoi nos révolutions se sont accomplies, comment les contemporains les ont comprises, au moment où elles éclataient, quelle signification elles ont reçue le lendemain, pourquoi de si vastes espoirs suivis de si extraordinaires avortements, enfin, s'il est un remède à de pareils maux et ce qu'il convient de faire pour le trouver.

Je voudrais faire rentrer dans l'histoire la conscience humaine, alors qu'elle semble avoir disparu du monde.

D'autres ont eu à raconter les triomphes qu'ils croyaient définitifs, les enthousiasmes, les droits, les conquêtes politiques et morales. Venu plus tard, je n'ai eu en partage que les revers, les chutes, les défaites, les reniements. C'est cette face des choses surtout que je suis condamné à expliquer.

J'ai écrit cet ouvrage en pleine paix, comme du fond de la mort. Le bruit des opinions m'arrive de si loin, que j'espère ne pas me passionner pour elles. La solitude m'aidera à l'impartialité; ou, si j'entre dans les partis, ce sera pour chercher comment ils ont concilié leurs principes avec leurs actions.

Quand je considère la profonde misère morale de la France, ses efforts désespérés, ses ambitions sans mesure, ses humiliations infinies, je n'ai qu'un seul désir, qui est de toucher avec une piété filiale à de si grandes plaies. D'autre part, quand les choses que j'ai à raconter sont comme des épées aiguës qui m'ensanglantent, quand l'histoire se retourne contre l'historien pour le désavouer, toutes les fois qu'il se prend à espérer trop tôt, quand je me sens investi par les événements, comme par des puissances railleuses, alors je suis obligé de m'armer d'impassibilité et de rudesse; et je crois que celui qui, en des cir-

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