‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 15 sur 117 · LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LOUIS XVI

En 1774, avec Louis XVI, avaient paru un moment Turgot et Malesherbes comme l'espérance du nouveau règne ; ils n'avaient fait que se montrer. Presque aussitôt l'on était retombé, avec M. de Maurepas, dans les décrépitudes des règnes précédents. Pourtant Necker, en 1731, avait porté un moment la lumière dans les ténèbres où l'on avait accoutumé de vivre. A cette lumière on avait vu !•> grand État courir à la banqueroute ; cet aveu passa pour une première faiblesse dans un gouvernement qui, jusque-là, avait su cacher sa misère ou l'imposer. L* mot fatal de déficit courut de bouche en bouche. Chaque année il grandissait, d'autant plus redoutable que tous l'évaluaient différemment.

Mais il y avait un "bien autre déficit de justice, de sécurité, de dignité. Tout le monde était d'accord sur celui-là; et c'est ce qui faisait que le premier ne pouvait être comblé.

Ainsi tous se sentaient embarqués sur un fleuve qui mar>cbait à une chute de Niagara. Comme l'abîme attire ceux qui s'en approchent, le vertige était dans les hommes du pouvoir. M. de Galonné riait de cet abîme; plus il en était près, plus il le bravait. Nul ne voyait encore que cette banqueroute pécuniaire, acceptée d'avance par les ministres, n'était que l'accessoire de la banqueroute morale, religieuse, politique de tout le passé accumulé.

Le premier personnage qui entre en scène est le parlement; il réclame les états généraux de 1614; pour lui, le plus lointain avenir était de refaire une Fronde.

Dans les années 1787-1'788, la faiblesse de Louis XVI s'augmente de celle de son ministre, de Brienne : des exils rapprochés qui n'effrayent personne, des triomphes ménagés à ceux que l'on tient pour adversaires; un parlement errant et bientôt rétabli, une cour plénière instituée et presque aussitôt abandonnée, puis enfin le grand mot prononcé des états généraux, quand peut-être on pouvait ajourner encore, voilà les marques d'un pouvoir qui se livre. Bientôt après on entre dans l'irrévocable. Alors la faiblesse sera aux prises avec la nécessité.

Pour surcroît de périls, dans le même temps, les États- Unis d'Amérique naissaient; la France présidait à l'origine d'une nation libre, et elle avait mis elle-même la main dans ce berceau. On voyait sortir de l'Océan ce peuple nouveau ; les plus impatients, tels que le général La Fayette, répandaient cette étrange nouvelle que la France aussi pourrait surgir de son océan de servitudes. Celui qui avait le premier tendu la main à l'Amérique était Louis XVI. Tant on avait oublié que la liberté est contagieuse! Dans ce siècle brillant, personne ne savait ce que nous avons si bien appris, qu'un régime né de l'oppression doit vivre par l'oppression ou périr par la justice.

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