‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 34 sur 117 · LOUIS XVI AUX TUILERIES. — UNE QUESTION INSOLUBLE · texte numérisé non relu

LOUIS XVI AUX TUILERIES. — UNE QUESTION INSOLUBLE

Lors même qu'aucun témoin n'eût dévoilé ce qui se passait dans l'intérieur des Tuileries, il n'eût pas été difficile de deviner les sentiments de Louis XVI et de Marie- Antoinette. Dès le premier instant, ils se sentirent prisonniers.

Le dénûment de ce château inhabité, la difficulté d'en sortir, la contrainte à chaque pas et la rumeur de cette ville ennemie, tout leur était odieux; comme il était naturel, à peine entrés dans cette captivité, ils ne songèrent plus qu'à y échapper. Dès lors s'invctéra chez eux la volonté de ne voir dans les événements hostiles qu'une tempête passagère, sous laquelle il fallait un moment courber la tête, en attendant l'occasion de tout dompter; car ils ne doutaient pas alors qu'ils ne pussent y réussir.

Peut-être le roi, par lassitude ou inertie, eût consenti pour un moment à capituler avec la Révolution; mais cette âme molle était soutenue et aiguillonnée par les indignations de la reine. Fille de Marie-Thérèse, sœur de l'Empereur, elle ne transigea pas un instant, au fond du cœur, avec des nouveautés qui lui paraissaient autant d'outrages. Toujours prête à croire à des forces qu'elle ne possédait

LA EEVOLUTION

pas, elle appelait le combat, la violence. Et quand les choses lui résistaient, ses larmes arrivaient comme la suprême autorité, mais jamais devant ses adversaires. C'était dans le secret et l'intimité qu'elle usait de cette puissance. Ses ennemis ne lui virent qu'un front assuré et dédaigneux.

C'est pour cela, sans doute, que la haine des révolutionnaires contre elle fut'si envenimée. Ils ne cessèrent de voir dans Marie-Antoinette une ennemie personnelle, et la foule l'exécra comme une rivale de puissance et d'orgueil. On sentait qu'en elle était le point de résistance qui ne pouvait être vaincu.

De ce mélange de violence refoulée dans Marie-Antoinette et d'inertie dans Louis XVI, sortit un système de stratagèmes et de ruses plus périlleux à la Eévolution que la guerre ouverte.

La première loi des révolutions avait été méconnue par tous, quand, après avoir fait du roi un ennemi, on s'était obstiné à le faire régner. Yoici les premiers résultats qui s'ensuivirent; ils devaient être funestes à tous.

Les chefs du parti constitutionnel s'étaient donné un problème insoluble, bientôt ils désespérèrent de le résoudre; il ne leur resta qu'à s'enfuir de France, laissant le roi seul au milieu d'adversaires déclarés.

Une partie de la noblesse le tint pour parjure; il le fut bientôt pour le tiers.

Plus l'Assemblée nationale avait de raison de soupçonner Louis XVI, plus elle s'arma contre la royauté dans la constitution. On fit des lois pour un avenir que l'on croyait durable, et ces lois étaient le plus souvent une marque d'hostilité personnelle contre Louis XVI.

D'autre part, à mesure que l'Assemblée diminuait la royauté, Louis XVI sentait son aversion augmenter pour la constitution. Quand celle-ci fut terminée, il se trouva qu'elle était exécrable à celui qui devait la mettre en pratique.

On avait fait une constitution royaliste pour un roi à qui il était impossible de l'accepter autrement que comme une couronne d'épines. Il courba la tête; mais il se promit de

la relever et de rejeter ce diadème, dès qu'il serait le plus fort.

Telle était la situation dans laquelle on entrait. L'œuvre ne pouvait vivre un seul jour. Sans voir clairement d'où venait le mal, la nation eut l'instinct de cette impossibilité. Voilà pourquoi elle se détacha de la constitution dès qu'on l'eut achevée.

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