LA RÉVOLUTION TERRITORIALE
Changer la face du territoire, effacer jusqu'au nom des provinces, y substituer arbitrairement quatre-vingt-trois départements, semblait le comble de l'audace. Mirabeau lui-même pensait qu'un pareil bouleversement ne se ferait pas sans arracher des cris aux pierres, et qu'il serait nécessaire de tenir plus de compte des anciens liens historiques. Mirabeau se trompait.
Il ne fallut à l'Assemblée qu'un décret pour effacer les provinces, œuvre des siècles. Elle ne trouva dans toute la France qu'une table rase, où elle put se jouer des souvenirs, des traditions, sans rencontrer un seul obstacle, comme si la France n'avait eu aucun passé.
La Constituante put trancher impunément des membres qui paraissaient morts.
Les choses de la nature, les montagnes et les fleuves, donnèrent des noms nouveaux aux délimitations nouvelles. Et l'histoire, telle qu'elle avait été écrite sur le territoire en traits qui semblaient ineffaçables, disparut en un moment à tous les yeux.
Ce changement, en apparence le plus grand de tous et qui paraissait au-dessus des forces humaines, s'accomplit non-seulement en un instant, mais encore sans rencontrer aucune difficulté. Les provinces s'évanouirent et n'excitèrent aucun regret.
Nul déchirement, nulle douleur en se séparant, tant les Français avaient pris en haine leur propre histoire. Pourquoi eùt-on regretté les anciennes divisions territoriales? On avait tant souffert dans ces vieilles limites! Elles ne rappelaient qu'oppression, inimitié, rivalités au profit d'un