‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 43 sur 117 · Jean Reynaucl, Vie de Merlin de Thionville, p · texte numérisé non relu

Jean Reynaucl, Vie de Merlin de Thionville, p

qu'ainsi la Révolution n'a servi qu'à créer de nouveaux obstacles à la liberté.

C'est aller trop loin dans le désespoir. Gardons-nous-en autant que de l'infatuation. Il suffira de dire, pour être vrai, qu'en retranchant les grandes crises de la Révolution, voici les résultats que l'on ne pouvait manquer d'obtenir par l'efficacité seule du temps, puisqu'ils étaient dans les vœux de tous : égalité de l'impôt, accession de tous aux emplois, la propriété de plus en plus divisée, la noblesse réduite à des privilèges honorifiques, la liberté de conscience, des assemblées à certains intervalles.

En se bornant à ces vœux, il n'était pas besoin de tant de prodiges. Ce sont précisément les résultats auxquels ont été réduits les Français après quatre-vingts ans. Il n'y avait qu'à laisser faire les assemblées provinciales de 87. Elles eussent donné, sans tant de fracas, le droit civil sans le droit politique.

Cazalès se plaignait qu'il n'eût fallu que trois quarts d'heure pour changer de fond en comble le droit civil des Français. Rien n'était plus vrai. Le 24 février 1790, il avait suffi à la Constituante de quelques instants pour décréter l'égalité de partage dans les successions, ce qui était toute la révolution civile. Le droit d'aînesse avait été aboli, le même jour, sans une seule protestation de la noblesse.

Le principe absolu de l'égalité une fois consacré, restait à y conformer le droit de tester; on attendit jusqu'en avril 1791; l'impatience était calmée, depuis que le fond de la question était résolu. Un discours de Mirabeau fut apporté le 2 avril 91 et lu dans l'Assemblée, peu d'heures après sa mort; ce discours parut comme le testament de ce grand esprit; et il eût écarté toutes les objections, s'il en était resté. Mais il n'y en avait pas; le tombeau de Mirabeau fut la pierre angulaire de la Révolution civile.

Ainsi, l'égalité dans les successions, cette âme de nos lois civiles, qui à elle seule referait la France nouvelle, si celle-ci pouvait être extirpée, fut plutôt proclamée par Tronchet que discutée. Nul obstacle sérieux. Elle entra, comme la nécessité même, dans nos codes; si j'en juge par

le silence d'acquiescement de la noblesse (en 1790), il n'est pas prouvé qu'elle n'y fût aussi bien disposée que la bourgeoisie. Les trois quarts d'heure de Cazalès avaient effacé l'œuvre du moyen âge.

Tant il est vrai qu'il faut toujours en revenir à ceci : les questions de religion et de politique, c'est-à-dire de liberté, ont seules déchaîné les orages; c'est pour elles seules que le sang a coulé, c'est pour elles que les hommes ont enduré cent fois pis que la mort.

Lors donc que les Français oublient si aisément la liberté, ils supplicient une seconde fois ceux qui sont morts pour elle.

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