‹ La Révolution; rev. et augmentée de la Critique de la RévolutionChapitre 55 sur 117 · CONJURATION DE MIRABEAU. — A-T-1L VENDU LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CONJURATION DE MIRABEAU. — A-T-1L VENDU LA RÉVOLUTION

Tous les cahiers généraux que les députés avaient apportés de leurs provinces à l'Assemblée constituante se résument par ces mots : Concilier la liberté nouvelle avec le catholicisme et avec V ancienne royauté C'était là le problème que se posait la France de 1789. Mais quoi! personne n'examinera-t-il d'abord si l'énigme n'est pas impossible à résoudre?

Tous, au contraire, la croient facile et c'Cxi t'ont un jeu. Ils viennent de chaque point de l'horizon, la tête haute, apporter leur solution au sphinx. Et s'il arrivait par hasard que le problème, tel qu'une génération entière l'accepte, n'eût pas de solution possible, si les termes s'en excluaient, si ces nobles esprits poursuivaient une tâche imaginaire , ne faudrait-ii pas s'attendre à un spectacle inouï et de toutes parts à un deuil sans exemple ? Car chacun, rencontrant une difficulté là qù il croyait trouver une issue, ne manquerait pas d:accuser tous les autres de ce qui serait la nature des choses.

Voulez-vous voir ce qu'était en soi la seconde partie du problème, je veux dire la conciliation de l'ancienne dynastie et de la liberté? Jetez les yeux sur la manière dont le plus grand homme de ces temps, qui avait l'esprit le plus droit, le plus profond, Mirabeau, a résolu la question. Mirabeau s'épuise, il se consume, se déshonore à chercher cette alliance. Il y laisse pour holocauste sa mémoire. Quand un tel homme résout un tel problème par l'infamie^ dites hardiment que le problème était impossible.

La divulgation des Notes secrètes * de Mirabeau a

1. Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Mark, 1851.

montré chez lui des profondeurs qu'on ne soupçonnait pas. On voit un homme descendre dans la fraude, dans le mensonge, autant qu'il s'était élevé dans la vérité et dans la gloire.

On savait bien que Mirabeau était vendu ; mais on ne savait pas quelle hardiesse, quelle audace, quel génie il avait gardé dans ces ténèbres, ni quel rude pasteur il avait été pour ce qu'il appelait le royal détail.

Le décret qui interdit aux députés le ministère est du 7 novembre 89. Mirabeau le considéra, non sans raison, comme une attaque détournée contre lui, et il se résolut dès.lors à perdre l'Assemblée, qui lui donnait la gloire et l'autorité, et lui refusait le pouvoir nominal. Son entrevue avec la reine, dans les jardins de Saint-Cloud, le 3 juillet 1790, eût achevé de le gagner, si son traité secret et vénal avec la cour lui eût laissé quelque incertitude. Ses dettes payées, six mille francs par mois, un million après la session de l'Assemblée, dans le cas où l'on serait content de lui, voilà ce que se vendait alors le plus beau génie de la terre!

11 entre dans le projet de rétablir l'autorité royale, comme dans une conjuration florentine. C'est un chapitre à ajouter à celui des conspirations dans le Prince de Machiavel. Il veut former une société secrète royale, dont lui seul, avec M. de Montmorin, tiendra les fils; il prétend y ranger Cazalès, l'abbé 'de Montesquiou, pêle-mêle avec Barnave, Chapelier, Thouret, sans que nul d'entre eux connaisse le but auquel tous concourront. Lui seul remuera à son gré ces instruments.

Tant de ruses, de replis, de connaissance des bas côtés de la nature humaine, tant d'éclairs dans la profonde nuit, une science si accomplie du mal, un art de corrompre si expérimenté, si invétéré, l'aigle qui devient le serpent, mais un serpent qui garde ses ailes sublimes, voilà assurément ce que personne ne soupçonnait à ce degré. Les proportions de Mirabeau deviennent ainsi monstrueuses.

S'il est vrai que la plupart des hommes ne- respectent et ne saluent que la force dans l'histoire, on peut dire que cette découverte ne diminuera en rien leur opinion sur

Mirabeau; car il leur apparaîtra désormais comme un être qui dépasse toutes les proportions connues.

Le premier apôtre de la Révolution en est en même temps le Judas; colosse d'infamie autant que de gloire. C'est assez s'ils ne l'en admirent pas davantage.

Sous les idées triomphantes du dix-huitième siècle, sous les formes expansives de X Emile, sous la candeur du disciple du Vicaire savoyard, on découvre dans le même homme avec stupeur les côtés ténébreux et les abîmes de Machiavel; soit que, par les Riquetti, il tienne par une chaîne invisible aux traditions du secrétaire de Florence, soit que la nature ait voulu former à l'entrée de la Révolution française un esprit qui dispose également du bien et du mal, du vrai et du faux, de la lumière et des ténèbres, pour figurer dans un seul toutes les routes les plus diverses où les hommes peuvent s'engager.

Et quand je parle de Machiavel, il ne faut pas se représenter en Mirabeau un imitateur, mais un émule; il met aussitôt lui-même en pratique les leçons nouvelles qu'il donne aux autres :

« On ne se sauvera que par un plan qui amalgame les combinaisons de l'homme d'État et les ressources de l'intrigue, le courage des grands citoyens et l'audace des scélérats... Il nous faut une sorte de pharmacie politique, où le chef seul, également muni de simples salutaires et de plantes vénéneuses, dose ses compositions sous la direction de son génie et sous les auspices d'une confiance aveugle de la part du malade. »

Au sortir du moyen âge, l'art conseillé par Machiavel au prince consiste surtout à envelopper, à tromper des individus, et il fait un grand usage des moyens violents auxquels son temps était accoutumé. A cet art, Mirabeau ajoute celui de tromper des masses, un peuple, une Assemblée. Il ne conseille ni le poison ni le fer, mais la perfidie, le mensonge continu, le cynisme dans la fraude *.

Veut-on un exemple? Mirabeau dresse pour la cour le

1. Que ceux qui seraient tentés de trouver ce jugement sévère lisent les Notes secrètes de Mirabeau.

plan de deux embûches dans lesquelles il promet de faire tomber l'Assemblée et la France. Le premier de ces moyens est un vaste atelier de police ou d'espionnage dont il couvrira le royaume. On saura par cette voie quels sont, en chaque endroit, les chefs qu'il faut se hâter d'acquérir à tout prix, jusque dans le fond des provinces. Les agents secrets, auxquels il donne le nom de « voyageurs ». iront du centre aux extrémités nouer le complot royal, pousser toute chose à l'extrême, désorganiser le royaume, préparer la guerre civile, rendre Paris odieux, multiplier l'anarchie, et décider ainsi la crise.

Le second moyen est un atelier de presse vénale qui conservera toutes les apparences de l'indépendance. Il faudra se procurer un très-grand nombre d'auteurs , ne laisser en dehors de cette fraude « aucun homme de premier talent ». L'opinion publique se trouvera, à un moment donné, submergée sous un flot de paroles achetées. De chaque point du territoire partira le même mot d'ordre que répéteront des voix que l'on croira libres; et cet accord, dans un thème secrètement convenu et imposé, réduira bientôt à l'impuissance les hommes et les partis abandonnés à leur seule sincérité.

On peut dire que du premier regard Mirabeau a atteint, dans l'art de corrompre la presse, une perfection qui ne devait être surpassée par personne. Dans ce vaste réseau, où la liberté sert à frauder la liberté, il a omis une seule chose : il n'a pas pensé à organiser la conspiration du silence contre les hommes, les idées et les renommées qu'il voulait étouffer. Mais vous l'excuserez, si vous réfléchissez que la France était alors si retentissante que c'eût été folie de se fier au silence du soin d'étouffer une conscience ou une vérité. Dans tout le reste, il a tracé les règles; il demeure le maître et l'inventeur. Il ne s'agit chez lui que de dèsinfiuenctr la Constituante, & enferrer V Assemblée. — « J'indiquerai, dit-il, quelques moyens de lui tendre des pièges; » — et sur cela il déroule tout un système, qui consiste le plus souvent à pousser les hommes à des excès, à des violences, pour dégoûter la nation de ses libertés nouvelles et la rejeter au pied du prince.

Chez Machiavel, c'est par le silence que doit s'établir l'autorité du prince. Chez Mirabeau, c'est par la parole. Il s'agit de faire servir le discours à dérouter l'intelligence. C'est sous un flot d'éloquence qu'il faut déconcerter et aveugler la raison publique. Dans cet échafaudage où Mirabeau a tout prévu, il trace des règles qui sont devenues plus tard les lois de toute réaction. Ces règles sont excellentes pour le but qu'il se propose, elles sont fondées sur une profonde connaissance de la nature humaine en général; elles ouvrent la voie dans laquelle on entrera après lui. Elles ont comme système une valeur incontestable; mais il leur manque une qualité essentielle, c'est d'être en rapport avec l'époque à laquelle elles étaient proposées.

Les maximes de Machiavel n'étaient qu'un écho du seizième siècle en Italie, et c'est pour cela qu'elles se sont si aisément réalisées. Celles de Mirabeau étaient en dehors du dix-huitième siècle, personne ne pouvait encore les comprendre. Ce siècle, brillant, humain, expansif, ingénu même, était incapable du sang-froid, de la dissimulation rampante, de la perversité calculée qu'exigeait de lui Mirabeau.

Comment faire de Louis XVI ce scélérat que demandait, que réclamait le système du tribun de la royauté? Comment assujettir la reine à ces habitudes de duplicité, de mensonge glacial dont il avait besoin? Les murailles mêmes parlaient, et dans aucune époque les hommes ne se déguisèrent moins : il y avait encore trop d'espérances et trop de passions dans les âmes pour que le mensonge permanent fût scellé sur toutes les lèvres.

D'ailleurs, quel moyen d'obtenir cette universelle hypocrisie quand les classes étaient déjà aux prises? Comment ce jeu était-il possible, quand l'émigration jetait le cri de guerre? Aussi Mirabeau ne put-il alors convertir personne à sa théorie frauduleuse. Il proposait à des partis jeunes encore, et qui ne désespéraient de rien, un système propre à des générations usées. Il resta seul. Il avait devancé son siècle en corruption de plus de soixante ans.

Ce qui montre, au reste, la valeur de ses idées, c'est

qu'elles ont régné plus tard. Elles sont devenues comme le code ou le génie de toute contre-révolution; et je ne crois pas que l'on puisse citer de nos temps un prince qui se soit mal trouvé de les avoir suivies. Comme Machiavel, à la fin du moyen âge, a marqué le chemin aux princes qui ont voulu usurper violemment sur un peuple qui ne les avait pas provoqués, Mirabeau a montré la route à tous les princes qui,, après avoir été menacés par une révolution populaire, se sont dégagés des liens du peuple, et, en sacrifiant une apparence de l'ancienne autorité, ont recouvré tout le reste. C'est ce que nous avons vu de nos jours en Autriche, en Prusse, en Allemagne, en Espagne, où les souverains, à moitié renversés et qui ne gardaient qu'une ombre, ont pu, en se conformant aux conseils de Mirabeau, ressaisir presque sans lutte l'autorité passée, si bien que Ton peut se demander si, loin de l'avoir perdue, ils ne l'ont pas augmentée.

Tous les princes qui se sont conformés à la théorie de Mirabeau sont aujourd'hui en sûreté, et ont remis sans trop de peine le frein au peuple; tous ceux qui ont agi autrement sont tombés; par où l'on voit que ce qui manquait aux idées de Mirabeau proposées à Louis XVI, ce n'était pas la force du génie, mais la seule conformité avec le temps. Si la Constituante et la France n'ont pas succombé entre ces deux machines de guerre, son atelier de police et son atelier de presse, ce n'est pas sa conception qu'on doit en accuser : l'époque seule lui a manqué, et il faut répéter avec son coopérateur, M. de La Mark : « Le système semblait fait pour d'autres temps et d'autres hommes. » En effet, prématurées au dix-huitième siècle, ces idées se sont trouvées d'accord avec notre époque ; nos esprits fatigués, nos âmes désabusées, détrempées, ont prêté au système la matière corrompue que lui ont refusée nos pères.

Si Mirabeau se trompait sur les princes et la noblesse de son temps en leur demandant une dissimulation dont ils étaient alors incapables, il se trompait plus encore sur la multitude. Il attribuait à la génération contemporaine un instinct mercenaire qui ne devait appartenir qu'à la posté-

rite. Ce n'était pas aux hommes de 1*789 et de 1790 que pouvaient s'appliquer ces paroles : « Le peuple ne jugera de la Révolution que par un seul fait : Lui prendra-t-on plus ou moins d'argent dans sa poche? Vivra-t-il plus à son aise? Aura-t-il plus de travail? Ce travail sera-t-il mieux payé? « L'œil perçant de Mirabeau devançait l'avenir. Comme il arrive souvent aux plus grands génies, il était dupe de sa propre prévision. Les jours qu'il entrevoyait dans la postérité, il les croyait déjà arrivés. Sous le peuple ingénu de 89, il devinait le peuple prématurément vieilli; et au rebours du commun des hommes, il jugeait des contemporains par les descendants.

Avant que le plus grand nombre ne réalisât les prophéties de Mirabeau, que d'expériences étaient à faire! que de jours et d'années brûlantes devaient se succéder! Avant que l'homme entier se réduisît au calcul, qu'il restait d'espérances à épuiser! Dans cet intervalle, la conscience publique demeurait debout. Elle veillait, elle perçait les masques; elle apercevait, elle dénonçait Mirabeau à travers les murailles; et la seule puissance qu'il ne connut pas, dont il ne se défia jamais, fut celle qui l'enveloppait au moment où il tendait ses embûches.

Je ne veux point dire que Mirabeau, dans son œuvre souterraine, ait livré sans recours la cause de la liberté. Tout semble au contraire prouver qu'il s'était persuadé qu'il sauverait à force de perfidies, non-seulement la royauté, mais la Révolution ; c'est ici seulement que son esprit paraît inférieur à celui de Machiavel. Dans la langue de Machiavel, liberté et corruption sont des termes qui s'excluent. La trempe inaltérable de son esprit d*acier lui a fait clairement voir qu'il est impossible d'affranchir un peuple en le corrompant, et il a repoussé ce système non comme immoral, mais comme faux. Par quelle illusion, par quelle chute, Mirabeau a-t-il pu, au contraire, s'imaginer que la dépravation pouvait être le chemin de l'émancipation des peuples? Tromper, dépraver, dégrader, voilà selon lui le seul plan possible, et ce plan doit conduire à l'affranchissement.

Comment ce génie si ferme a-t-il pu se figurer qu'en

jetant l'immoralité et le mensonge dans les fondations d'une révolution, il en ferait sortir la régénération d'un peuple? Jusque-là, Mirabeau avait conservé le plein équilibre de ses facultés ; ici on a le spectacle d'un grand esprit démâté, désorienté, désemparé de toute conscience, de toute droiture, de toute sincérité, et qui sombre dans l'abîme. Quel naufrage! Et si c'était en même temps le naufrage d'un peuple!

Machiavel avait gardé dans la corruption du seizième siècle la justesse de l'esprit, avec laquelle tout peut se réparer; il savait qu'il y a deux chemins : la corruption qui mène à la servitude, la régénération qui mène à la liberté. Jamais il n'a confondu ces deux routes; par l'une ou Fautre, il a toujours su où il allait. Mirabeau a brouillé ces chemins. Il a mis la confusion où Machiavel avait mis la lumière. Si Mirabeau, par la méthode de dépravation qu'il dressait en code, eût pensé faire graviter le monde vers la servitude, son esprit fût resté logique et son intelligence sauve et entière. Mais en assouplissant la nation au mensonge, il croyait sauver la liberté. Ici est la chute de l'intelligence.

Ce qui était excellent dans le Prince n'a plus de sens dès que vous l'appliquez au peuple. N'avoir qu'un même système pour donner ou ôter la liberté, c'est détruire la nature des choses.

Quand de pareils hommes font de semblables méprises, c'est ce qu'il y a de plus difficile à pardonner; car il semble que, lorsque ces grands esprits s'abusent, ils dépouillent l'humanité d'une partie de son plus juste orgueil, sans compter que leur chute devient bientôt l'objet de l'imitation d'un grand nombre.

Une chose explique ce point d'infériorité de Mirabeau sur Machiavel : c'est le préjugé toujours renaissant, chez les Français, qu'une fois la liberté conquise, ils ne peuvent plus la perdre. Mirabeau parle ici pour les Français de tous les temps : « Le despotisme est pour jamais fini en France; ïa Révolution pourra avorter, la constitution pourra être subvertie, le royaume déchiré en lambeaux par l'anarchie, mais on ne rétrogradera jamais vers le despotisme. » Avec

•cotte persuasion, toutes les armes sont indifférentes. On peut puiser à flots dans les doctrines du Prince, sans craindre jamais d'arriver au résultat pour lequel elles sont faites. L'expérience a montré que l'extrême perversité de Mirabeau touche ici à une sorte d'ingénuité; on finit par s'étonner que, sous cet amas de ruses, de pièges, il y ait une certaine impossibilité de croire aux chutes que l'avenir tenait en réserve.

Je suppose que le plan de Mirabeau eût réussi à souhait; que les voix de ceux qui n'ont que leur suffrage à fournir eussent été séduites à bon marché ou par de simples promesses; que lès autres eussent été entraînés par l'ambition, ou par un intérêt plus substantiel; qu'après avoir corrompu les hommes, on eût corrompu les livres, en les dosant suffisamment de patriotisme; que les assemblées eussent été enferrées, le peuple enveloppé dans le filet d'une intrigue obscure et d'une artificieuse dissimulation,^ nation empoisonnée de ces plantes vénéneuses dont il se réservait le secret; je vois bien au sortir de là une nation mutilée, usée, flétrie, désabusée, mercenaire, telle que Machiavel la demande pour l'asservir; mais, dans cette multitude hébétée, au sortir de la chambre des poisons, je ne vois pas un point moral où puisse s'appuyer la monarchie sage et tempérée que veut fonder Mirabeau. Evidemment le système qu'il édifie le trompe lui-même. Après l'emploi de ces poisons subtils, ce qui manquerait à sa monarchie tempérée serait un peuple. Il ne resterait qu'un cadavre indigne même de servitude.

Toute la nation suivait des yeux ces machinations souterraines de Mirabeau; chacun le voyait travailler dans sa chambre de Locuste, et lui seul ne s'en doutait pas. Comment a-t-il pu oublier que tout se sait, tout se voit, de ce qui se passe dans l'intérieur d'un esprit tel que le sien? Grâce à la grandeur de ces esprits, il leur est impossible de se cacher même sous la terre. Les échos répètent leur parole, même sans qu'ils l'aient prononcée. Un grand homme n'a pas un secret qui ne devienne aussitôt le secret de l'univers.

Les machinations de Mirabeau eurent deux effets qui se

montrèrent dans la suite de la Révolution. Un tel exemple éveilla d'abord et légitima le soupçon. Chacun put se croire trompé. La nation à cette découverte vieillit, en un moment, de plusieurs années.

Qui sera fidèle, si celui que la nation avait payé de tant d'admiration s'était vendu dès la première heure? A qui se fier désormais? Le traître n'est-il pas partout? Voilà le premier résultat.

Le second, c'est de chercher l'incorruptible. Où est-il, cet homme intègre que tout l'or du monde ne peut acheter? Existe-t-il quelque part? Qu'il se montre seulement le cœur et les mains nets : toutes les consciences naïves iront vers lui, elles lui appartiendront d'avance. On aura un tel besoin de droiture, qu'on sera prêt à tout y sacrifier. Mirabeau vendu, c'est l'avènement de Robespierre V Incorruptible.

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